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La classe de Mme C.: les profs ne sont pas patients

La classe de Mme C.: les profs ne sont pas patients

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«Je ne pourrais jamais être prof, j’aurais jamais la patience.»

La patience. Dans l’imaginaire collectif, c’est beaucoup LA compétence à posséder pour être enseignant.

Or, ce n’est pas de la patience que ça prend. Mais un grand talent d’actrice.

Pour camoufler les grognements qui m’habitent parfois. Quand tout s’agite en même temps.

Non. Je ne suis pas patiente. Je reflète la patience. Très différent.

La grand-mère de Passe-Partout était patiente. La maman de Caillou aussi.

Moi, je gère ma vapeur. Je mets le couvercle sur mon chaudron intérieur.

Et c’est mon travail de le faire.

Parfois, les sentiments qui m’habitent quand ça bourdonne trop et partout dans la classe sont tout, sauf apparentés à la patience.

Donc, je joue. Meryl Streep. Susan Sarandon.

Incendies

Je surveillais à la récréation. J’arrive à ma classe un peu derrière mes élèves, les lunettes embuées. Le nez qui coule.

Chloé et Laura sautent sur moi. Comme des fillettes de quatre ans. Et se chicanent pour avoir mon attention.

Elles veulent être choisies pour aller au tableau interactif et terminer la correction de l’atelier de maths.

J’étouffe. Je veux juste me moucher. Essuyer mes verres. Enlever mon habit d’esquimau. Mes bottes lunaires.

Samuel s’agrippe à moi comme un chaton pas dégriffé. Et veut une glace pour un bleu sur sa jambe. Nicolas, scotché après ma manche, veut appeler sa mère: il a mal au ventre. Maude a perdu son agenda. Mathieu veut changer d’équipe de travail.

Tout ça dans le même 30 secondes. Et ils s’adressent tous à moi comme si le feu était pris.

Les 20 autres? En plein «rave» au fond de la classe! Profitant de cet état de grâce que je dégage.

Et en coulisses...

Sentiment comparable à ce moment lorsque j’arrive du travail. Lorsque mon plus jeune joue au mini-hockey dans le salon. Qu’il a invité un ami. Que ma plus vieille râle parce que le menu du souper ne lui convient pas. Que je serai de toute évidence en retard à la réunion de parents pour le voyage scolaire. Et pourquoi pas? Un appel d’une compagnie de terrassement. Pendant que l’eau du spaghetti déborde.

Voyez le genre?

J’explose. Je peux. Le couvercle lève. Mes enfants écopent souvent.

Parce que, non, je ne suis pas patiente.

L’arrivée

Dans ma tête, les mots d’Église les plus explosifs défilent devant ce capharnaüm digne de l’aire des manèges d’un centre commercial un lundi pluvieux, en pleine Relâche.

Je m’imagine planter mes élèves là. Me sauver. En mordre quelques-uns avant de partir.

Plus libérateur encore: monter debout sur mon bureau. Hurler.

Des pensées hautement pédagogiques et éthiques bouillonnent en moi. Mais je suis une actrice professionnelle.

Tout en nuance et avec doigté, je reprends le contrôle de ma ménagerie. Jouant le calme.

Avec ma coiffure «poste-tuque» et mon nez toujours morveux. L’incarnation de la crédibilité.

Sans lever la voix. Ou si peu.

Sans faire ma 57e version de mon discours sur l’autonomie. Ou presque.

Ça sent l’Oscar du meilleur film.

La la land...