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1991 - Mourir dans la dignité

Me André Carrier et Me Anne Lapointe défendaient les intérêts de Nancy B. devant la Cour supérieure.
Photo d'archives Richard Cloutier Me André Carrier et Me Anne Lapointe défendaient les intérêts de Nancy B. devant la Cour supérieure.

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En novembre 1991, une jeune femme de la région de Québec atteinte de la maladie de Guillain-Barré s’adresse à la Cour supérieure pour qu’on la débranche d’une machine qui l’aide à respirer et à la maintenir en vie contre sa volonté.

Nancy B., paralysée de la tête aux pieds depuis plus de deux ans, est parfaitement consciente et en possession de toutes ses facultés mentales. Lors d’une commission rogatoire à l’Hôtel-Dieu de Québec où elle est aux soins intensifs, elle déclare au juge Jacques Dufour qui s’était rendu à son chevet pour entendre son témoignage : « Je ne veux plus vivre sur une machine. La seule affaire que j’ai, c’est la télévision... C’est assez. »

De nombreux avocats et journalistes venus des quatre coins du pays assistèrent à cette cause peu ordinaire. « C’est comme si on l’aidait à se suicider », analysaient les juristes intéressés par cette affaire qui soulevait des problèmes tant moraux que judiciaires, étant donné notre système social et notre code criminel.

Débats de société

À cette même époque, soit autour de 1993, deux autres cas d’euthanasie ou de suicide assisté faisaient les manchettes.

D’abord l’affaire Robert Latimer, un fermier de la Saskatchewan qui mit fin aux souffrances sa fillette de douze ans lourdement handicapée et fut accusé de meurtre par compassion. Après avoir épuisé tous ses recours juridiques et avoir vu la Cour Suprême maintenir sa condamnation à la prison à perpétuité, il devait recouvrer sa liberté en 2010.

Toujours en 1993, atteinte d’une sclérose latérale amyotrophique et désireuse de mourir dignement, Sue Rodriguez, 42 ans, de Colombie-Britannique, voyait sa demande de suicide assisté rejetée par la Cour Suprême. Elle devait néanmoins passer à l’acte l’année suivante, avec l’aide d’un médecin.

Mme Danièle Marceau, médecin traitant de Nancy B., avait longuement expliqué au juge et aux médias les raisons pour lesquelles sa patiente avait demandé à être débranchée de l’appareil respiratoire qui la maintenait en vie.
Photo d'archives
Mme Danièle Marceau, médecin traitant de Nancy B., avait longuement expliqué au juge et aux médias les raisons pour lesquelles sa patiente avait demandé à être débranchée de l’appareil respiratoire qui la maintenait en vie.

Le juge accepte

Le Journal a toujours suivi de près les débats de société qui ont jalonné notre histoire. Cette volonté de mourir dans la dignité a été suivie de près par nos lecteurs au début des années 1990 et dans notre passé plus récent.

Le juge Jacques Dufour acquiesça finalement à la requête de Nancy B. Après avoir passé les Fêtes avec ses proches, « parce qu’elle ne voulait pas les laisser avec de mauvais souvenirs en cette période », avait confié son médecin Danièle Marceau, la jeune femme demanda à être débranchée.

Elle mourut le 13 février 1992.

Le Québec à l’avant-garde

Il aura fallu attendre près de 20 ans, autour de 2010, pour que l’Assemblée nationale du Québec décide enfin de se pencher sérieusement sur le dossier de la mort dans la dignité.

Après de nombreux débats et consultations, un sondage révélait en 2013 que 85 % des Québécois étaient en faveur d’une loi qui irait dans ce sens, à condition qu’elle soit clairement balisée. Fina­lement, la Loi sur la mort dans la dignité fut adoptée en juin 2014.

En février 2015, la Cour Suprême se basait sur la Charte canadienne des droits et libertés pour modifier sa position. Les juges se prononcèrent en faveur d’un patient incurable qui voulait mettre fin à « d’intolérables souffrances avec une aide médicale ».

Le plus haut tribunal du pays ordonnait au gouver­nement canadien, dans son jugement, de modifier la loi en ce sens.

En juin 2016, la loi cana­dienne était adoptée pour permettre l’euthanasie et le suicide assisté des personnes dont la mort est « raisonna­blement prévisible », entre autres critères.

La mémoire du Parti libéral du Canada

Un autre débat de société a été au centre des discussions au cours des dernières années : la légalisation de la marijuana. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet semble important pour le Parti libéral du Canada.

Fait plutôt cocasse dégoté dans les Archives du Journal, lors d’un caucus du Parti libéral qui se déroulait en février 1978 sous la gouverne du premier ministre Pierre-Elliott Trudeau, l’aile jeunesse du parti déposait une proposition pour « décriminaliser la possession du pot ». Après des débats houleux, les délégués se prononcèrent en faveur de ce projet par 379 voix contre 159.

Depuis cette époque, la consommation de marijuana est passée de 5 % de la popu­lation à quelque 12 % en 2002, soit plus de trois millions de personnes âgées de plus de 15 ans qui admettent en avoir déjà consommé.

Sans en faire son principal cheval de bataille, Justin Trudeau a repris le flambeau des militants qui avaient porté son père au pouvoir en s’engageant lors de sa campagne électorale à décriminaliser la marijuana.

2017 sera-t-elle l’année de la légalisation de ladite substance? C’est à suivre.