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Un autre brillant roman d’Arnaldur Indridason

Un autre brillant roman d’Arnaldur Indridason
photo courtoisie, Ljósm Gassi

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Faisant partie des grandes stars du polar nordique, Arnaldur Indridason signe un captivant thriller qui nous plonge dans les eaux troubles de l’occupation islandaise.

Parce qu’elle baigne dans les eaux glaciales de l’océan Atlantique Nord et qu’elle est de ce fait géographiquement isolée du reste de l’Europe, l’Islande n’a jamais été envahie par l’armée allemande. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle a échappé à l’emprise de la propagande hitlérienne: juste avant d’être dissous, vers la fin des ­années 1930, le parti nazi islandais comptait plusieurs membres actifs prêts à tout pour servir le troisième Reich. Et en 1941, à Reykjavik, un représentant de commerce sera retrouvé assassiné le front barbouillé d’une sanguinolente croix gammée...

Avec Dans l’ombre, premier volet d’une nouvelle trilogie se déroulant au cœur de la Seconde Guerre mondiale, Arnaldur Indridason revient sur une époque qui, selon lui, a trop peu souvent été décrite. «Si quelques historiens l’ont fait, aucun romancier islandais ne s’est vraiment penché sur ces ­années de guerre pourtant très riches en histoires, explique-t-il d’emblée.

Dans l’ombre, Arnaldur, Indridason, aux Éditions Métailié, 352 pages
Photo courtoisie
Dans l’ombre, Arnaldur, Indridason, aux Éditions Métailié, 352 pages

Du coup, je n’ai pas pu m’empêcher d’en reparler, la Deuxième Guerre mondiale ayant marqué le début de changements énormes en ­Islande. Au cours de cette période, il y a ­notamment eu un exode rural massif et peu à peu, la société paysanne a fait place à une société aussi riche que moderne.

C’est aussi à ce moment-là que les Britanniques et les Américains ont commencé à occuper ­l’Islande [pour assurer la protection des convois alliés dans l’Atlantique Nord], et grâce aux 40 000 soldats envoyés sur place, les femmes du coin ont soudainement eu plein de bonnes raisons de s’émanciper. À travers la fiction, j’ai voulu raconter tout ça en partant d’un meurtre.»

Mort d’un commis voyageur

Pendant qu’Hitler gagne du terrain, que les Alliés se démènent afin de prévenir le pire et que les Islandais tentent tant bien que mal de s’accommoder de la présence de milliers de militaires beaucoup mieux armés qu’eux pour séduire les plus belles filles du pays, Flovent sera par conséquent fatalement chargé de découvrir qui a bien pu tuer un simple représentant de commerce.

Depuis le début de l’Occupation, tous ses collègues ont en effet été affectés à différents postes et, en tant qu’unique représentant de la brigade criminelle de Reykjavik, il est le seul à pouvoir officiellement enquêter sur les circonstances de ce crime obscur. Officieusement, il sera cependant secondé par Thorson, un soldat britannique d’origine islandaise né au Canada, dont le principal atout est de maîtriser parfaitement bien la langue des insulaires.

Autrement dit, Thorson est aussi novice que Flovent pour comprendre en anglais ou en islandais ce qui a bien pu provoquer la mort d’un pauvre type peinant à joindre les deux bouts en vendant vernis et crèmes à récurer aux quatre coins de l’île.

«J’ai volontairement tenu à ce que Flovent­­ et Thorson soient inexpérimentés parce qu’en Islande, les meurtres étaient alors si rares que personne n’avait l’habitude d’enquêter sur ce genre d’affaires, précise Arnaldur Indridason. Pour lever le voile sur un crime peut-être lié à la présence des troupes ­militaires, ce tandem de policiers amateurs devra donc apprendre sur le tas et improviser au fur et à mesure.»

Jamais un sans trois

Fidèle à lui-même, Arnaldur Indridason gardera toutefois le meilleur pour la fin. Car plus l’intrigue avancera, plus on sera confronté de près aux manigances du contre-espionnage­­ allemand, les nazis­­ rêvant de trouver au sein de cette lointaine contrée, colonisée dès le 9e siècle par les premiers guerriers scandinaves, une race pure descendant directement­­ des Vikings.

«Au Moyen Âge, nous avons écrit et conservé plusieurs vieilles histoires et vieux poèmes germaniques mieux connus sous le nom d’Edda poétique, ajoute-t-il. Les nazis ayant considéré la période viking comme l’âge d’or de la race aryenne, ils se sont beaucoup intéressés à cet antique héritage nordique et en envoyant­­ des émissaires en Islande, ils ont voulu voir s’il restait chez nous quelque chose de la gloire passée de ces valeureux combattants. Malheureusement, je pense qu’ils ont rapidement été déçus.»

Flovent et Thorson n’ayant pas encore­­ eu vent de ces théories eugénistes, on pourra ainsi découvrir en même temps qu’eux toutes les répercussions de ces folles élucubrations qui ont, hélas, donné cours à quantité d’expériences qui horrifieraient aujourd’hui presque tous les scientifiques de la planète.