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Requiem pour le bad boy

Requiem pour le bad boy
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L’affaire Daphné Boudreault, jeune femme assassinée par son ex alors qu’elle était sous protection policière, m’interpelle.

En voyant les vidéos Facebook de son assassin, plusieurs ont fait ce qu’on fait trop souvent : blâmer la victime. Pourquoi les femmes sont-elles attirées par les bad boys? demande-t-on une fois de plus. Ça m’est arrivé aussi de me poser cette question au fil de ma vie.

Sauf que... juger sur l’apparence bad boy en soi c’est de la merde. Il y a des milliers d’hommes abuseurs, manipulateurs et violents qui ont l’air de médecins. Ou de gars de la voirie. Ou de profs. Ou insérez le look que vous voulez. La seule chose qu’ils ont en commun c’est leur sexe et leur comportement à l’égard des femmes. Point.

(Et non, je ne dis pas qu’il n’y a que les hommes qui sont manipulateurs ou abuseurs. Y a pratiquement juste eux qui tuent leur ex, par contre).

Dans un monde idéal, tout le monde serait équilibré et les extrémistes en tous genres auraient ça de marqué dans le front pour qu’on puisse les éviter. La vraie vie ne se passe pas comme ça. Les abuseurs ne le sont pas au premier rendez-vous. Ils tissent leur toile, un fil à la fois, et la proie se retrouve prisonnière souvent sans se rendre compte de ce qui lui est arrivé au fil des mois. C’est ça, de la manipulation.

Daphné ne semble pas de celles-là.

Les questionnements machistes habituelles qu’on peut lire lors de ce genre d’incidents ne s’appliquent pas.

«Elle n’avait qu’à le quitter.»

Elle l’a fait.

«Elle n’avait qu’à se plaindre à la police.»

Elle l’a fait.

Elle est morte poignardée quand même, en un éclair, avec une policière assez près pour arrêter le suspect avec les mains encore chaudes de sang.

Faille du système? On le souhaite. Ça ferait quelque chose à corriger, quelque chose sur lequel on peut agir et qu’on peut améliorer pour prévenir la prochaine Daphné, au lieu de trouver ça triste cinq minutes avant de passer à autre chose. L’enquête le dira.

Entretemps, le prochain tueur de son ex se promène déjà parmi nous. Nous le connaissons. Il vient de se séparer. Nous avons peut-être pris une bière avec, hier. Il trouve ça dur, peine à passer à autre chose. Il exprime peut-être beaucoup de ressentiment envers son ex. Il n’a pas nécessairement l’air d’un crotté. Juste d’un gars ordinaire en désarroi qui vient de se faire planter là par celle qu’il est convaincu d’aimer.

Gardons l’œil et l’oreille ouverts. Pour l’aider lui. Et la sauver, elle.