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1997 - La mort d’un géant

Pierre Péladeau a reçu la médaille d’Officier de l’Ordre national du Québec des mains du premier ministre Robert Bourassa en 1989.
Photo d'archives Pierre Péladeau a reçu la médaille d’Officier de l’Ordre national du Québec des mains du premier ministre Robert Bourassa en 1989.

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La veille de Noël 1997, le Québec apprenait la mort de Pierre Péladeau, 72 ans, décédé des suites d’une attaque cardiaque qu’il avait subie dans son bureau au début du mois de décembre.

Parti de rien, Monsieur « P » comme on l’appelait familièrement entre employés, avait emprunté 1500 $ à sa mère en 1950 pour se lancer en affaires, en achetant le Journal de Rosemont. Cet hebdomadaire devint le point de départ d’une grande aventure qui allait faire de Pierre Péladeau le premier milliardaire né au Québec.

En moins de cinquante ans, cet homme a construit un empire dans le monde de la presse et de l’imprimerie. Au moment de sa mort, Québecor était au dixième rang des plus grandes entreprises au Québec.

Pierre Péladeau a toujours apprécié la compagnie des artistes, on le voit ici en compagnie de Dominique Michèle qui l’a personnifié à quelques reprises dans des émissions d’humour comme le Bye-Bye.
Pierre Péladeau a toujours apprécié la compagnie des artistes, on le voit ici en compagnie de Dominique Michèle qui l’a personnifié à quelques reprises dans des émissions d’humour comme le Bye-Bye.

Fier d’être Québécois

Fervent nationaliste, Pierre Péladeau ne cachait pas qu’il fondait de grands espoirs dans la capacité des Québécois à maîtriser leur destin.

Au cours du référendum de 1995, alors que le camp fédéraliste brandissait les dangers que représentait la souveraineté, M. Péladeau intervint très peu dans le débat. Mais chaque fois qu’il était appelé à se prononcer sur la question économique, il déclarait : « N’ayez pas peur ».

Quelques jours après sa mort, Pierre Bourgault écrivait dans Le Journal un billet qui résume assez bien tout ce qui a été dit ou écrit sur ce grand bâtisseur au fil des ans :

« Ce n’était pas un homme riche comme les autres. Les riches ont l’habitude de rester discrets, pas lui. Il est resté délinquant, ce qui lui a permis d’utiliser son argent à des fins plus nobles que ce que nous connaissons habituellement ».

Pierre Péladeau et Jean Lapointe ont toujours soutenu les causes qui viennent en aide aux personnes dépendantes à l’alcool et aux drogues.
Pierre Péladeau et Jean Lapointe ont toujours soutenu les causes qui viennent en aide aux personnes dépendantes à l’alcool et aux drogues.

Un grand philanthrope

Ses propos pittoresques, sa facilité à communiquer, son charisme et sa profonde humanité sont les principales qualités que les gens qui l’ont côtoyé ont retenues de lui. Il avait l’habitude de dire : « Quand on a beaucoup, il faut donner beaucoup ». Une attitude qu’il a conservée tout au long de sa vie.

Jacques Parizeau avait de l’admiration pour lui : « Ce qui m’a le plus surpris dans sa façon de faire, c’est de voir un chef d’entreprise de cette envergure diriger son action de mécénat dans son milieu immédiat et là où il y avait des besoins. Il a choisi d’aider l’Université du Québec plutôt que l’Université de Montréal, l’Orchestre métropolitain plutôt que l’Orchestre symphonique de Montréal. Il ne cherchait pas la grande reconnaissance ou la grande publicité. Il voulait juste faire sa part. »

Lors du déluge du Saguenay, en 1996, Pierre Péladeau avait fait un don d’un million de dollars aux sinistrés et s’était rendu à Alma rencontrer le premier ministre Lucien Bouchard.
Photo d'archives Karl Tremblay
Lors du déluge du Saguenay, en 1996, Pierre Péladeau avait fait un don d’un million de dollars aux sinistrés et s’était rendu à Alma rencontrer le premier ministre Lucien Bouchard.

En plus des arts, Pierre Péladeau a montré sa grande générosité lors du déluge du Saguenay, en versant un million de dollars pour aider les sinistrés. Aux prises avec un problème d’alcoolisme qu’il n’a jamais caché, il a financé un centre de traitement de cette maladie pendant des années.

En perdant Pierre Péladeau, « ... le Québec a perdu un homme d’argent, mais aussi un homme de bien... », concluait Pierre Bourgault dans son hommage à Monsieur « P ».

Admiration et respect

Le fondateur de Québecor en compagnie du premier ministre Brian Mulroney qui a toujours été un proche de la famille Péladeau.
Le fondateur de Québecor en compagnie du premier ministre Brian Mulroney qui a toujours été un proche de la famille Péladeau.

Ce qui fascine en prenant connaissance de ce qui a été dit ou écrit sur Pierre Péladeau, c’est l’admiration et le grand sentiment de respect qui se dégagent à l’égard de l’homme d’affaires, bien sûr, mais aussi de l’homme tout court. Sa grande compassion pour les gens, et ce, quel que soit leur statut social, était également l’un de ses traits caractéristiques.

Un homme de cŒur

« Au Collège Jean-de-Brébeuf, quand il y avait un mauvais coup, c’était lui. Dans le temps de la guerre, croyez-moi, il n’était pas le plus dévoué au roi. Il avait le cœur grand comme ça. Il doit servir d’exemple, tant pour son sens des affaires que pour sa générosité. »

— L’homme d’affaires Jean Coutu

Un homme d’argent

« Il n’était pas seulement un des plus grands entrepreneurs québécois, il était un des plus grands entrepreneurs en Amérique du Nord. »

— Paul Martin, alors ministre fédéral des Finances

Un homme confiant

« Il est la preuve que c’est faux que les Québécois sont nés pour un petit pain »

— Tour à tour Denise Filiatrault, Céline Dion et René Angelil

Un homme modeste

« Il est parti de rien et a atteint le sommet. Il fut le premier milliar­daire québécois. Et il est resté modeste, en ne se prenant pas pour ce qu’il n’était pas. »

— Bernard Landry, alors vice-premier ministre du Québec

Un homme libre

« Pierre Péladeau était un homme complètement libre. Rare que l’on puisse dire cela d’un homme à la tête d’un empire. C’est un homme que j’aimais et que je respectais profondément. Il va fortement nous manquer. »

— Lucien Bouchard, alors premier ministre du Québec

Un homme charmant

« Je perds surtout un ami qui aimait se confier à moi et réciproquement. Il se plaisait à voler des biscuits et des raisins ou à manger des crevettes pour divertir le personnel. Il ne ratait jamais une occasion de nous taquiner. C’était un homme charmant.

— Johanne Dubé, alors directrice du marché Métro de Sainte-Adèle

Un homme fier

Pierre Péladeau était un homme fier de ses journaux et surtout de ses deux fleurons, comme il appelait, Le Journal de Québec et celui de Montréal. Il était donc des plus heureux lorsque Le Journal de Montréal devint numéro un dans son marché dans les années 1990, avec 300 000 exemplaires vendus. Et du Journal de Québec, qui fit de même dans l’est du Québec, avec plus de 100 000 exemplaires vendus par jour.