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Les fées clochette

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Avoir une baguette magique qui me donnerait le pouvoir de changer quelque chose dans mon quotidien de prof.

Le rêve.

Je pourrais d’abord régler le problème de manque de service dans les écoles.

Ou baisser le ratio d’élèves par classe.

Ou garnir les bibliothèques scolaires. Les rendre attrayantes.

Rafraîchir les cours d’école.

Augmenter mon budget photocopie.

Mais je ne ferais rien de cela. Non.

Damnée cloche

J’éliminerais la cloche. Comme un acouphène. Elle peut rendre folle.

La gestion de ma vessie, les rendez-vous à prendre pour la famille, les courses à faire le midi en catastrophe...

Du lundi au vendredi, ma vie est gérée par une cloche. Quoi que je fasse, tout se passe entre deux non négociables sonneries.

Certains ont comme défi un demi-marathon. Moi, c’est de réussir à joindre mon fournisseur internet pour renégocier mon tarif. Ou prendre rendez-vous pour l’hypothèque.

Et j’ai la récréation pour le faire. 15 minutes top chrono. Je suis sur le projet depuis 3 semaines. Parce que j’obtiens toujours la ligne quand la récré se termine.

«Désolée, je dois raccrocher, mes élèves entrent dans la classe...»

Être vital

Que ma fille vomisse dans l’auto. Que ma voiture ne démarre pas. Que les routes soient mauvaises. Ou que la baignoire coule par le plafond du salon...

Je n’ai aucune possibilité d’arriver en retard. Aucune.

Parce qu’à 7:52, du 29 août au 23 juin, la cloche sonne.

Et comme des petits canetons ou des chatons après leur maman, mes élèves m’attendent.

Je suis leur seul et unique répondant. Et mes 26 élèves sont sous MA responsabilité.

Il faudrait que je fasse le test. Qu’adviendrait-il de mes élèves si j’arrivais en retard, un matin, pour cause de crise cardiaque? La mienne ou celle d’un proche?

Mon cerveau, en semaine, se transforme en chronomètre. Je suis capable d’estimer la durée d’absolument tous mes faits et gestes par rapport au prochain son de cloche.

Brosser mes dents. Aller déposer ma boîte à lunch dans le frigo. Faire imprimer une évaluation. La photocopier.

Si à 7:41, je n’ai pas fait mon café, tant pis. C’est trop tard pour ce matin.

À 10:11, j’ai le temps pour un pipi. Mais pas à 10:13. Ça ira donc à 11:24. Pas le choix.

À 12:35, j’ai encore le temps d’aller au photocopieur avant la deuxième cloche du midi. Mais à 12:40, non.

Considérant que je dois toujours prévoir quatre minutes en cas de bourrage au photocopieur. Ou de collègues vraiment lentes, arrivées avant moi.

Planifiée au quart de tour... ou presque !

Mais j’ai développé des trucs. Je vais aux toilettes avec mes feuilles à photocopier dans une main, ma tasse et mon dollar pour la machine à café dans l’autre, ma brosse à dents dans la bouche et le guide-corrigé de ma collègue sous le bras.

Voilà que je dois illico mettre fin à cet ambitieux projet.

Car la cloche de la surveillance sonne. Et qu’une voix insistante m’interpelle du bas des escaliers.

Parce qu’il s’agit de MA surveillance.

Que j’avais oubliée...