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Le phénix de Saint-Fulgence

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En tant que fier résident de Saint-Fulgence pendant un peu plus d’une décennie, difficile de ne pas avoir le cœur serré en voyant l’Auberge La Tourelle périr dans les flammes. Difficile aussi de ne pas se demander s’il n’y a pas une malédiction autour du site enchanteur.

Pas de panique, ce ne sera pas un texte ésotérique sur les fantômes de l’Anse-Aux-Foins ou sur la présence d’un triangle des Bermudes version Battu­res! Mais les problèmes qui ont toujours affligé un des endroits les plus paradisiaques de la région sont tout de même difficiles à comprendre.

La carte postale qui ne lève pas

La Tourelle brillait sur le cap Rochefort depuis 1989. Si vous êtes déjà allés sur la terrasse, vous avez profité d’une des plus belles vues de la province, rien de moins. Un paysage qui marque une vie. Et pourtant, ce n’était pas suffisant pour que la bâtisse prenne son envol vers une stabilité financière.

Une pléiade de propriétaires se sont succédé, alternant la vocation de l’édifice. Hôtel, restaurant, résidence privée. Et le cycle recommençait. Toujours des problèmes financiers, toujours des complications. On se souvient de la famille Teufel, originaire de Suisse, qui a exploité l’immeuble pendant quelques années. Elle a finalement vendu, non sans amertume, reprochant le manque de visibili­té et de publicité.

Le propriétaire actuel, Normand Otis, éprouvait lui aussi des difficultés. Il avait placé La Tourelle sous la protection de la loi sur les faillites l’automne dernier. Il résidait à l’hôtel et était présent la nuit où le feu s’est déclaré. Lui et quatre clients s’en sont tirés indemnes. Le feu serait d’origine électrique. Une chose est sûre, il a été impardonnable. Il ne reste plus rien du fameux château blanc qui surplombait le village.

Je serais le premier surpris d’entendre M. Otis annoncer qu’il compte reconstruire La Tourelle. Et je peux le comprendre. Mais pouvons-nous collectivement transformer cette tragédie en oppor­tunité?

Une halte routière de luxe ?

Je le répète: le site et la vue du cap Roche­fort devraient être partie prenante de l’offre touristique régionale. Est-ce que la municipalité ou le gouvernement peuvent racheter le terrain pour ériger une halte routière de luxe? Un endroit pour les food trucks? Un mini-marché permettant de mettre en évidence les jeunes producteurs et artisans de Saint-Fulgence et leurs produits? Ou simplement quelques sentiers permettant d’accéder aux abords pour prendre les plus beaux selfies de la région?

Je ne m’explique toujours pas comment un concept d’hôtel-restaurant a pu autant en arracher au fil des années dans ce coin de paradis. Je rêve qu’un millionnaire mette la main sur le bout de terre et tente sa chance. Peut-être que de repartir à zéro permettrait de moderniser le concept sans être contraint par la construction d’origine. Pourquoi pas un boss de Bombardier, avec son bonus payé par les contribuables?

La Tourelle n’est jamais passée proche d’atteindre son plein potentiel. Mais tout est là pour que ça marche. Au public ou au privé, un projet rassembleur peut assu­rément devenir une fierté régionale. Un phénix qui renaît de ses cendres.