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50 % des routes du Québec en mauvais état

Le déficit d’entretien pour les ponts et chaussées du MTQ atteint 12,8 milliards $

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Photo Simon Clark Cette année seulement, 1800 kilomètres de routes s’ajoutent aux tronçons qui ont atteint «une durée de vie de moins de trois ans». Il y a donc davantage de routes en mauvais état dans la province.

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Les routes du Québec se détério­rent plus rapidement qu’on ne les répare, alors que 50 % des chaus­sées de la province sont en mauvais ou en très mauvais état.

«Ça, c’est une très mauvaise nouvelle», commente l’ingénieur Gabriel Assaf, professeur au Département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure de Montréal.

Malgré des réparations qui ont coûté 780 M$ en 2016-2017, le déficit d’entretien du ministère des Transports du Québec (MTQ) pour les routes va continuer d’augmenter en 2017-2018 pour s’élever à 6,3 milliards $. Ce déficit était de 5,2 milliards l’an dernier.

Plus de chaussées en mauvais état

Concrètement, il y a davantage de chaussées en mauvais état. Cette année seulement, 1800 km de routes s’ajoutent aux tronçons qui ont atteint «une durée de vie de moins de trois ans». Ils se retrouvent dans les catégories D et E: mauvais état et très mauvais état.

Si on y ajoute les structures, par exemple les ponts, les viaducs et les échangeurs, le déficit atteint 12,8 milliards $. Près de 45 % des ponts du réseau municipal gérés par le MTQ sont en mauvais ou en très mauvais état.

«La question qu’on doit poser c’est: a-t-on trop de routes pour notre capacité financière? C’est un peu comme si quel­qu’un a six maisons, mais n’a pas les moyens de toutes les entretenir. Le toit finit par couler», estime l’ingénieur Assaf, un expert en gestion des routes qui a travaillé à titre de consultant auprès de la Banque mondiale.

Conseil du trésor critiqué

Il ne critique pas le MTQ, qui offre un portrait «véridique» de la situation, mais le Conseil du trésor, qui laisse les infrastructures se dégrader.

«Le problème, c’est que le MTQ doit réparer les infrastructures les plus mal en point et qu’il néglige celles qui sont en meilleur état, dans les catégories A et B», souligne-t-il. Il utilise la métaphore d’une automobile: le MTQ met tout son argent pour acheter de nouveaux moteurs et néglige les changements d’huile qui permettraient d’allonger la durée de vie de ses camions.

Conséquence: une route avec quelques fissures est laissée à elle-même, l’eau salée s’y infiltre et le gel puis le dégel font leur œuvre. On doit finalement la refaire au complet, note M. Assaf.

«Il ne faut jamais, jamais, laisser une route A ou B se détériorer, ou ça finit par coûter beaucoup plus cher. On refait les mêmes erreurs que par le passé», a-t-il déploré.

Le MTQ convient d’ailleurs qu’il investira encore moins dans les chaussées au cours des deux prochaines années qu’en 2016, soient 600 millions $ annuellement.

Les routes mal en point

  • 50 % des chaussées du MTQ sont en mauvais ou très mauvais état
  • 25 % des ponts, viaducs et échangeurs du MTQ, comptant pour 47 % de la valeur des infrastructures, sont en mauvais ou très mauvais état.
  • 5,2 G$ : Déficit d’entretien des infrastructures du MTQ en 2016
  • 6,3 G$ : Déficit d’entretien des infrastructures du MTQ en 2017
  • Québec a pourtant investi 780 M$ cette année

Les explications du MTQ

«Un vieillissement naturel a été constaté sur 1829 km de chaussées qui ont atteint une durée de vie résiduelle de moins de trois ans.»

«Un niveau d’intervention plus important et donc plus coûteux est requis sur 783 km de chaussées, pour lesquelles des interventions de moindre envergure ne sont plus possibles.»

Le MTQ assure que «la sécurité des personnes» n’est pas en jeu et que ces infrastructures «n’affectent pas leur santé».

Catégorie « D » Mauvais

«L’infrastructure présente un niveau élevé de dégradation et de défectuosité. [...] Habituellement, l’infrastructure dépasse sa durée de vie utile. Au besoin, des mesures importantes d’atténuation de risques sont en place.»

Catégorie « E » Très mauvais

«L’infrastructure présente un niveau très élevé de dégradation et de défectuosité. L’équipement nécessite des travaux de maintien d’actifs très importants et souvent urgents [...], dépasse nettement sa durée de vie utile.»