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2010 - Un ex-juge tue sa femme

Le juge Jacques Delisle de la Cour d’appel du Québec prenait sa retraite à l’âge de 74 ans. Quelques mois plus tard, le 12 novembre 2009, son épouse Marie-Nicole Rainville, 71 ans, était retrouvée morte au domicile familial.
Photo d'archives Le juge Jacques Delisle de la Cour d’appel du Québec prenait sa retraite à l’âge de 74 ans. Quelques mois plus tard, le 12 novembre 2009, son épouse Marie-Nicole Rainville, 71 ans, était retrouvée morte au domicile familial.

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Le 15 juin 2010, pour une première fois dans l’histoire judiciaire canadienne, un ex-juge était accusé de l’acte le plus grave du Code criminel, soit un meurtre avec préméditation, à la suite du décès de son épouse.

Après une longue carrière dans l’administration de la justice, le juge Jacques Delisle de la Cour d’appel du Québec prenait sa retraite à l’âge de 74 ans. Quelques mois plus tard, le 12 novembre 2009, son épouse Marie-Nicole Rainville, 71 ans, était retrouvée morte au domicile familial.

À la suite d’une enquête de plusieurs mois, les enquêteurs de la police de Québec ont éliminé la thèse du suicide soutenue par Jacques Delisle, et ce dernier a été accusé de meurtre.

La main de la victime présentait des traces de poudre à l’autopsie, un élément confirmant un geste défensif, selon un expert.
Photo courtoisie
La main de la victime présentait des traces de poudre à l’autopsie, un élément confirmant un geste défensif, selon un expert.

Détails troublants

Selon la preuve entendue au procès qui a débuté le 7 mai 2012, l’accusé avait lui-même appelé le 911 lors du décès de son épouse. À l’arrivée des policiers, il leur avait expliqué qu’il s’était absenté environ une heure et qu’à son retour, il avait découvert le corps de sa femme sur le divan. Selon lui, il s’agissait d’un suicide.

Mais plusieurs détails ont semé le doute chez les policiers. D’abord, une trace de poudre à l’intérieur de la main gauche de la victime laissait supposer un geste défensif de sa part. En second lieu, Jacques Delisle avait nettoyé l’arme, un pistolet de calibre 22 considéré comme une arme prohibée, et il avait retiré le chargeur avant l’arrivée des policiers.

Finalement, Marie-Nicole Rainville avait subi un accident vasculaire cérébral (AVC) qui l’avait laissée paralysée du côté droit en 2007 et s’était fracturé une hanche en 2009. Lourdement handicapée et à mobilité fort réduite, elle était de retour chez elle depuis deux semaines seulement au moment du drame.

 

Le substitut du procureur de la Couronne Steve Magnan a convaincu le jury que l’ex-juge Jacques Delisle était coupable du meurtre de son épouse.
Photo d'archives Stevens LeBlanc
Le substitut du procureur de la Couronne Steve Magnan a convaincu le jury que l’ex-juge Jacques Delisle était coupable du meurtre de son épouse.

Éléments déterminants

Pendant les six semaines du procès suivi à la grandeur du pays, il fut démontré que Jacques Delisle entretenait depuis plusieurs années une liaison amoureuse avec sa secrétaire de 20 ans sa cadette. Or, après 49 ans de mariage, un divorce lui aurait coûté 1,4 million de dollars.

Selon le procureur de la Couronne Steve Magnan, ces deux faits représentaient d’importants mobiles pour expliquer le geste de l’accusé.

L’expert en balistique de la poursuite soutient fermement la thèse du meurtre.

Il conclut qu’en raison de son handicap et de la trajectoire de la balle, la victime n’avait pas pu s’infliger elle-même le type de blessure qui avait entraîné sa mort.

L’avocat de la défense, Jacques Larochelle, n’a pas fait témoigner son client au procès.
Photo d'archives Jean-Claude Tremblay
L’avocat de la défense, Jacques Larochelle, n’a pas fait témoigner son client au procès.

L’avocat de la défense, Me Jacques Larochelle, fit lui aussi appel à un expert dont les explications furent beaucoup moins précises que celles de son collègue et ne parvinrent pas à semer le doute dans la tête des huit hommes et quatre femmes du jury.

Après deux jours et demi de délibérations, Jacques Delisle fut reconnu coupable de meurtre au premier degré et condamné à la prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Selon la majorité des observateurs du monde judiciaire interrogés par Le Journal au terme de cette procédure, le fait que Jacques Delisle n’ait pas témoigné pour donner sa version des faits avait probablement pesé lourd dans la décision du jury. L’affaire est toujours en cours.

Longue carrière

  • 1935 : Année de naissance
  • 1957 : Obtention d’une licence en droit
  • 1958 : Admission au Barreau du Québec
  • 1983 : Nomination en tant que juge de la Cour supérieure
  • 1992 : Nomination à la Cour d’appel du Québec
  • 2009 : Prise de la retraite