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2013 - Nuit apocalyptique à Lac-Mégantic

Lac Mégantic
Photo d'archives

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Au petit matin, le 6 juillet 2013, la petite ville tranquille de Lac-Mégantic en Estrie a vécu un véritable enfer lorsqu’un train de 72 wagons remplis de pétrole a explosé en plein cœur de la municipalité.

L’incendie devait durer quatre jours, faisant 47 victimes, détruisant une quarantaine de bâtiments et forçant l’évacuation de quelque 2000 personnes, soit le tiers de la population.

Le train de marchandises de la compagnie Montreal Maine & Atlantic Railway (MMA) s’était arrêté à Nantes, à quelques kilomètres de Lac-Mégantic vers 23 h le 5 juillet. Un début d’incendie était constaté quelques minutes plus tard, mais à la suite d’une intervention des pompiers, tout semblait être rentré dans l’ordre.

L’hécatombe

Vers une heure du matin le 6 juillet, le train laissé sur place sans surveillance se mettait à rouler vers Lac-Mégantic, sans personne à bord. Descendant la pente qui menait vers le centre de la municipalité de Lac-Mégantic, le convoi devait dérailler aux environs de la rue Frontenac, où une quarantaine de personnes profitaient de la belle soirée d’été au Musi-Café.

Le centre de la petite ville paisible de Lac-Mégantic a été détruit par l’incendie.
Photo Karl Tremblay
Le centre de la petite ville paisible de Lac-Mégantic a été détruit par l’incendie.

Plusieurs explosions furent entendues aux quatre coins de la municipalité, et un torrent de pétrole enflammé se déversa en plein centre-ville. En quelques minutes, le feu s’attaqua aux bâtiments et les résidents évacuèrent le secteur en courant. «C’était l’apocalypse, je pensais que c’était la fin du monde», confiait un témoin au Journal quelques heures après la tragédie.

Les 72 wagons incendiés transportaient du pétrole, et une quarantaine de bâtiments ont été détruits par les flammes.
Photo d'archives Jean-François Desgagnés
Les 72 wagons incendiés transportaient du pétrole, et une quarantaine de bâtiments ont été détruits par les flammes.

La désolation

Pendant des semaines, des élans de solidarité de partout au Québec, mais aussi du reste du Canada, des États-Unis et même d’Europe déferlèrent sur Lac-Mégantic.

Sur une superficie de 2 km2, une quarantaine de bâtiments furent détruits, dont la bibliothèque municipale, des bâtiments patrimoniaux, des commerces et des résidences privées. Le gigantesque incendie alimenté par plus de 5 millions de litres de pétrole laissa la petite ville dévastée.

La mairesse Colette Roy-Laroche et la première ministre du Québec Pauline Marois à leur arrivée sur les lieux du sinistre, accessible seulement quelques jours plus tard.
Photo d'archives Daniel Mallard
La mairesse Colette Roy-Laroche et la première ministre du Québec Pauline Marois à leur arrivée sur les lieux du sinistre, accessible seulement quelques jours plus tard.

Cet événement donna lieu à plusieurs enquêtes, et des procès en matière criminelle doivent se tenir cette année. Au civil, des victimes ont été dédommagées financièrement en 2016 à la suite de jugements prononcés par les tribunaux.

Des sinistres meurtriers

Quelques mois après le gigantesque incendie de Lac-Mégantic, le feu faisait à nouveau de nombreuses victimes à L’Isle-Verte. Les flammes s’attaquèrent à La Résidence du Havre, un immeuble d’une cinquantaine de logements pour personnes âgées autonomes et semi-autonomes.

Ce désastre survint peu après minuit le 23 janvier 2014, dans cette municipalité de quelque 1600 habitants située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Rivière-du-Loup. Un problème électrique était à l’origine du drame. Une vingtaine de résidents qui habitaient dans une aile récente du bâtiment, munie d’un mur pare-feu et de gicleurs, purent être évacués.

Le bilan fut lourd, avec 32 décès dans le bâtiment principal qui n’était pas équipé adéquatement de gicleurs. Dans son rapport publié un an après la tragédie de L’Isle-Verte, le commissaire aux Incendies Cyrille Delage critiquait également le manque de compétence des pompiers et du personnel de l’établissement en matière d’évacuation de personnes semi-autonomes. Aucune accusation ne fut portée.

L’incendie de L’Isle-Verte a fait 32 morts en janvier 2014, quelques mois après la tragédie de Lac-Mégantic.
Photo d'archives
L’incendie de L’Isle-Verte a fait 32 morts en janvier 2014, quelques mois après la tragédie de Lac-Mégantic.

Incendie criminel

En 1969, un sinistre encore plus meurtrier survenait dans une résidence pour personnes âgées, située cette fois à une centaine de kilomètres au sud-est de Rivière-du-Loup, dans le Témiscouata.

Le Repos du Vieillard était un ancien hôtel converti en résidence à Notre-Dame-du-Lac (population 2000 habitants). Le 2 décembre au matin, un incendie se déclarait dans le vieil immeuble en bois qui «flamba dans le temps de le dire», selon un témoin de l’époque qui se confia au Journal. Une trentaine de personnes réussirent à évacuer les lieux, mais 39 autres succombèrent.

À la suite d’une enquête, il s’avéra que Louis Chiasson, un homme de 64 ans, avait volontairement allumé l’incendie dans le but de le contrôler par la suite afin de passer pour un héros. Son plan échoua lamentablement et il fut condamné à la prison à perpétuité.

À Chapais en 1980, un incendie allumé à la suite d’une négligence par un jeune homme de 21 ans, Florent Cantin, avait fait 48 morts et 52 blessés.
Photo d'archives
À Chapais en 1980, un incendie allumé à la suite d’une négligence par un jeune homme de 21 ans, Florent Cantin, avait fait 48 morts et 52 blessés.

Homicides involontaires

Un autre cas mémorable s’est déroulé dans la nuit du jour de l’An 1980 à Chapais, dans le centre du Québec, un autre petit village d’à peine 3000 habitants.

Florent Cantin, un jeune homme de 21 ans, s’amusait à passer la flamme de son briquet dans les décorations de Noël faites de branches de sapin. Le feu prit soudainement et se propagea dans la salle communautaire qui se transforma en brasier, piégeant les 300 personnes rassemblées pour fêter la nouvelle année.

Le bilan du sinistre fut catastrophique, avec 48 morts et 52 blessés. Le jeune homme fut accusé d’homicides involontaires et condamné à huit ans de prison. La Cour d’appel ramena plus tard cette peine à deux ans moins un jour d’incarcération.