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Le brillant retour d’Armel Job

Le brillant retour d’Armel Job
Photo courtoisie

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Après avoir signé Loin des mosquées ou Et je serai toujours avec toi, l’écrivain belge Armel Job nous revient avec un autre excellent thriller psychologique... qui risque d’en ébranler plus d’un!

Le 17 mars 2005, Bénédicte Maziri traversera Montange, petit village (fictif) des Ardennes belges, pour prendre le bus vicinal qui la conduit chaque matin au collège d’Arelborn. En ne l’apercevant pas à l’arrêt, Julien Stoquès, le chauffeur du bus, sera donc le premier à constater la disparition de cette jolie et timide adolescente de 15 ans.

«En Belgique, on est toujours très ­marqués par l’épouvantable affaire ­Dutroux et chaque disparition est vécue avec énormément d’angoisse, explique Armel Job, qu’on a pu joindre au téléphone vers la mi-mars. C’est d’ailleurs celle d’une jeune fille, qui s’est volatilisée l’an dernier sur le chemin de l’école, qui m’a donné l’idée de ce livre. Car lorsque ce genre de chose arrive, on a tendance à imaginer que tous les gens vont se serrer les coudes, qu’ils vont être sensibles à la détresse des parents qui ne demandent qu’à retrouver leur enfant. Malheureusement, la nature humaine est beaucoup plus compliquée que ça. Malgré les ­nombreux élans de générosité et ­d’entraide qui en découlent, je crois que les situations de crise donnent surtout aux gens l’occasion de sortir ce qu’ils ­cachaient en eux, de libérer ce qui n’a ­jamais ouvertement été exprimé...»

Avec En son absence, son 14e roman publié aux Éditions Robert Laffont, ­Armel Job a donc volontairement évité de se pencher sur le sort de Bénédicte, qui a peut-être été enlevée par un type aussi tordu que Marc Dutroux, pour décrire en détail toutes les tensions et tous les sentiments refoulés qui diviseront peu à peu les habitants de Montange.

Cafardages et médisances

Divorcés depuis peu, les parents de ­Bénédicte seront de fait les premiers à découvrir qu’une disparition peut favo­­riser l’apparition d’un grand nombre de frictions: même s’ils se rongent les sangs en attendant des nouvelles de la police, ils ne pourront s’empêcher de ­régler leurs comptes en s’accusant ­mutuellement de ne pas avoir été à la hauteur ou de ne pas avoir su offrir à leur fille un foyer sécuritaire. Ce qui, évidemment, n’arrangera absolument rien.

«La réaction des villageois m’a aussi beaucoup intéressé, poursuit Armel Job. Un voisin aperçoit un fourgon de police stationné devant la maison de la mère? Plein de rumeurs commenceront aussitôt à circuler. Une vieille mégère a régulièrement surpris le chauffeur de bus en train de regarder Bénédicte de façon inquiétante? Personne ne sait rien, mais tout le monde l’accusera. Dès qu’on a ­affaire à un microcosme où les gens s’observent­­ et où toutes sortes de rancunes ont été accumulées­­ au cours des ans, l’escalade de conflits susceptible de suivre peut, hélas­­, se produire n’importe où et n’importe quand. C’est un phénomène qui m’a vraiment frappé quand la Belgique a été occupée par les Allemands. Durant cette période, l’administration nazie a été inondée de lettres de délation. À tel point qu’elle a fini par refuser de traiter l’essentiel de ces lettres...»

Le chemin de l’égarement

De chapitre en chapitre, la disparition de Bénédicte fera donc remonter à la surface quantité de vieilles histoires, dont le triste dénouement hante ­toujours bien des mémoires. Parmi elles figurent, entre autres, le décès prématuré de la petite Annelise, qui n’a pu être ­secourue à temps 11 ans plus tôt, ou celui­­ de Kevin, qui se serait apparemment volontairement jeté du haut d’un pont à cause des écarts répétés de Laura, la fille d’un bûcheron du coin dont il était ­éperdument amoureux.

Dans ce tranquille village de la vallée de la Sûre, il n’y aura ainsi bientôt plus qu’une seule chose de sûr: tant que ­Bénédicte ne sera pas retrouvée, les ­habitants de Montange s’égareront peu à peu sur les sentiers de la vengeance.

«Je suis toujours à la recherche de ­sujets qui risquent de choquer les gens et de les amener à réfléchir, souligne ­Armel Job. À mes yeux, la principale fonction du roman est de secouer le ­cocotier! De plus, une bonne partie du métier d’écrivain consiste à capter toute l’attention des lecteurs. Alors, s’il ne se passe rien, il sera forcément beaucoup plus difficile d’y parvenir...»

Happé d’un bout à l’autre par l’intrigue carrément déroutante d’En son absence, on ne peut donc s’empêcher d’ajouter qu’une fois de plus, Armel Job a trouvé le moyen de signer un captivant thriller psychologique valant vraiment la peine d’être lu.

<em>En son absence</em></br>Armel Job, aux Éditions Robert Laffont, 312 pages
En son absence
Armel Job, aux Éditions Robert Laffont, 312 pages