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Il change de métier pour aider

Après deux cancers, un jeune de 26 ans réorganise sa vie pour épauler les survivants

Tristan Williams est entouré de l’infirmière Gilda Lebron (à gauche) et de la Docteure Geneviève Chaput, du Programme de soins suite au cancer qui est offert depuis près de quatre ans au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Le jeune homme de 26 ans a profité du programme après sa maladie.
Photo Pierre-Paul Poulin Tristan Williams est entouré de l’infirmière Gilda Lebron (à gauche) et de la Docteure Geneviève Chaput, du Programme de soins suite au cancer qui est offert depuis près de quatre ans au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Le jeune homme de 26 ans a profité du programme après sa maladie.

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Un Montréalais victime de deux cancers a changé de métier pour venir en aide aux survivants.

«Guérir le corps du cancer est une chose. Mais se remettre psychologiquement de cette épreuve est parfois encore plus difficile», chuchote Tristan Williams de sa voix douce et posée.

À la suite de son cancer des os, en 2012, l’homme de 26 ans a plongé dans une grave dépression. Il a alors pu profiter d’un programme unique au Québec qui aide les cancéreux à retrouver une vie normale après leurs traitements.

Aujourd’hui, c’est lui qui soutient les victimes après leur chimiothérapie.

Guichet unique

Le Programme de soins suite au cancer, qui rassemble, entre autres, les services de médecins, d’infirmières et de psychologues, est offert depuis près de quatre ans au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) grâce aux dons de la Fondation du cancer des Cèdres.

C’est la Dre Geneviève Chaput, chef de ce programme, qui a engagé le jeune anglophone, considérant que tout le bénévolat qu’il faisait pour donner aux suivants méritait qu’il soit rémunéré.

«Gilda [l’infirmière du programme] et moi donnons des séances d’éducation aux survivants, mais c’est vers Tristan qu’ils se tournent. Ils veulent savoir comment il s’est sorti de cette période difficile. La présence et les mots de Tristan leur offrent réconfort et espoir.»

Il revient de loin

Plusieurs se demandent en effet comment Tristan Williams s’en est sorti. Parce qu’il a vécu en 10 ans des problèmes de santé que plusieurs ne vivront pas dans toute une vie.

En 2002, le jeune de 12 ans avait un gros mal de gorge qui s’est finalement avéré être un cancer de la glande thyroïde. Il a dû subir deux opérations pour en venir à bout.

«Dans ma tête d’enfant, le cancer signifiait la fin, alors j’étais prêt à mourir. Toutes ces journées à l’hôpital, c’était comme une prison pour moi», se souvient-il.

Sept ans plus tard, alors que l’adolescent de 19 ans se croit rétabli, il se demande pourquoi ses jambes sont soudainement engourdies. Des examens neurologiques indiquent que le jeune homme devra vivre avec la sclérose en plaques pour le restant de ses jours.

«J’avais une peur bleue que le cancer revienne, mais c’est autre chose d’inattendu qui m’a frappé», dit-il.

Le jeune homme est quelqu’un de très fier. Durant l’entrevue et la séance de photos dans l’hôpital, Tristan s’est déplacé sans sa canne. Ce n’est qu’à la toute fin de la rencontre, au moment de lui serrer la main, qu’on l’a remarquée à côté de lui.

Encore...

Donc, un cancer et la sclérose en plaques avant ses 20 ans. À ce moment-là, il ne le savait pas encore, mais il n’était pas encore sorti du bois.

En 2012, alors qu’il apprend à vivre avec cette maladie, il fait une chute sur une plaque de glace et se blesse gravement à une hanche. Un problème suspect pour un jeune de 22 ans. Après qu’on lui eut fait passer des tests, le diagnostic est brutal: cancer des os.

Après les séances de chimio et trois opérations pour remplacer sa hanche, le jeune homme prend mal cette nouvelle tuile.

«À cet âge, tu fais des partys, tu joues au basketball, tu mords dans la vie avec ta copine. Là, j’étais en fauteuil roulant. C’était embarrassant. J’étais perdu, vulnérable, j’avais juste peur que le cancer réapparaisse», dit celui qui a alors sombré dans une profonde dépression.

Après ses traitements, il a reçu une aide salutaire de ce programme de soutien. «Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans eux. Je leur serai éternellement reconnais­sant.»

Après toutes ces épreuves, il se considère comme une personne complètement transformée.

«Et c’est beaucoup grâce à ce programme. C’est pour ça que je veux tenter de redonner ce que j’ai reçu.»

Et il donne beaucoup. Même qu’il a aussi mis sur pied la Fondation Tristan Williams pour la sclérose en plaques afin de faciliter la vie des malades.

Tristan a beau poursuivre ses études en nutrition, «c’est ici que je suis utile. C’est ici que je veux travailler», conclut-il.