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La nouvelle charité en éducation ne compensera pas l’irresponsabilité gouvernementale

Pierre Lavoie et le ministre Proulx
Sébastien St-Jean / Agence QMI Pierre Lavoie et le ministre Proulx

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Sujet de l’heure en éducation, messieurs Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée obtiendront un budget de cinq millions pour nous partager les réflexions qu’ils auront eues «en-dehors de la boîte».

 
D’emblée, soulignons l’engagement. Ce budget n’est pas un salaire, et, pour partager leur expertise, ils donneront de leur temps, voire de leur argent. Ce projet est le leur et je n’ai aucun doute qu’il puisse en sortir des idées formidables.
 
Sans l’ombre d’un doute, l’école québécoise a besoin de toute l’aide que l’on peut lui offrir afin de développer la motivation intrinsèque de nos jeunes dans leurs apprentissages scolaires.
 
Investir dans l’avenir : le paradoxe libéral
 
Néanmoins, certains pourraient qualifier cette dépense d’inutile, de gaspillage irresponsable, en songeant aux effets concrets qu’une telle somme pourrait avoir dans nos écoles, où les besoins urgents sont incommensurables*.
 
À ce titre, il m’apparaît plutôt qu’avec l’importance qu’on accorde à sa controverse, ce projet nous éloigne des véritables enjeux: le budget du gouvernement, malgré son apparente générosité, est loin de combler en éducation les ravages causés par des années de politiques d’austérité. En fait, en terme d’irresponsabilité, il est selon moi beaucoup plus révoltant de voir la part du surplus budgétaire versée au fonds des générations quand on sait que c’est au détriment de celle qui est présentement sur les bancs d’écoles. 
 
Bref, quelles ambitions pourront se permettre nos trois bons samaritains alors que, paradoxalement, le gouvernement considère préférable de sacrifier l’éducation d’une génération d’enfants pour mieux assurer son avenir ? 
 
Ouvrir la boîte
 
D’autre part, affirmer la nécessité de penser «en dehors de la boîte», comme l’a fait un proche du projet, peut paraître incroyablement présomptueux au regard de tous ceux qui dans le passé ont réfléchi – parfois leur vie durant – à l’amélioration de notre système d’éducation. En ce sens, comme le suggère un collègue, je commencerais à leur place par ouvrir cette fameuse boîte, en fouillant par exemple sur les tablettes du ministère. Allez savoir combien d’idées pertinentes et innovantes ont pu être mises de côté ou dénaturées pour des motifs budgétaires, politiques, idéologiques ou logistiques dans les 20 dernières années...
 
Les opinions ne manquent pas pour donner à l’éducation le sens qu’elle doit avoir en ce début de 21ème siècle. Beaucoup d’enseignants et de grands penseurs ont partagé leurs préoccupations quant aux enjeux à prioriser. Dans la dernière année, plusieurs ont même carrément affirmé la nécessité de revoir dans son ensemble le système d’éducation, dont les problèmes exigent, comme j’ai déjà tenté de le souligner, bien plus qu’un simple rapiéçage improvisé
 
Il serait assurément sage de les écouter. J’oserais même ajouter : de se distancer de l’attitude d’un ministre qui balaie du revers de la main un avis du Conseil supérieur de l’éducation, mais qui, sur une question plus complexe encore, recherche l’opinion de trois personnalités étrangères au domaine.
 
Quoi qu’en pense ce dernier, la nouvelle école québécoise, pour être la plus belle au monde, nécessitera l’implication et la collaboration de tous les acteurs du monde de l’éducation, verticalement et horizontalement. L’expertise certainement pertinente de nos trois compatriotes entrepreneurs contribuerait alors à un débat essentiel, d’une ampleur infiniment plus vaste, mais dont le Ministère et le gouvernement se refusent toujours à reconnaitre l’urgence. 
 
L’irresponsabilité gouvernementale
 
Pour cinq millions, le gouvernement libéral ne pouvait évidemment pas se passer d’une telle opportunité qui, avant les élections, redorera sans aucun doute son image de saccageur impitoyable de l’école publique. 
 
Dans les faits, le premier effet pervers de cette noble initiative sera sans aucun doute d’encourager l’irresponsabilité du gouvernement en compensant par l’engagement citoyen les effets d’un sous-financement qu’il aurait pourtant pu éviter en priorisant réellement l’éducation plutôt que le fonds des générations. En ne néglieant pas ce présent dont sera fait l’avenir.
 
Un peu, hélas, comme le font déjà trop d'enseignants qui se brûlent à faire au-delà de leur tâche ce que personne ne fera à leur place, c’est jouer le jeu d’un gestionnaire sans scrupule que de pallier bénévolement les lacunes dont il est incontestablement responsable. 
 
Le deuxième effet, plus préoccupant, serait que la nomination d’une équipe de seulement trois personnes, de surcroît étrangères au milieu de l’éducation, minimise non-seulement la gravité des problèmes accumulés dans ce domaine par des années d’austérité libérale, mais aussi la complexité des défis que dresse déjà sur notre route le 21ème siècle et auxquels l’école devrait mieux préparer.
 
 
*lien ajouté le lendemain de la publication originale