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Portes ouvertes sur l’enfance de l’écrivain

Laurent Seksik
Photo courtoisie, Astrid di Crollalanza — Flammarion Laurent Seksik

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L’écrivain Romain Gary a toujours menti sur son enfance et sur son père. Il s’en est inventé un qui était tour à tour Russe, Mongol ou Tatar, tantôt Cosaque assassin de Juifs, tantôt acteur de cinéma. Laurent Seksik s’est penché sur l’enfance probable du grand écrivain, entremêlant l’Histoire et sa vie intime dans un roman essentiel: Romain Gary s’en va-t-en guerre.

Médecin et écrivain, auteur de sept romans, Laurent Seksik a fouillé l’histoire de la ville de Wilno (aujourd’hui Vilnius, capitale de la Lituanie) et passé l’enfance de Roman Kacew au crible pour écrire ce roman phénoménal, qui nous hante bien après avoir refermé le livre.

Laurent Seksik a eu la sensation que le sujet s’est imposé et qu’il a eu des résonances très vives avec son passé. «Je suis né à Nice, j’ai grandi à Nice et vers l’âge de 14 ou 15 ans, je rêvais déjà d’être écrivain. Et en réalité, j’ai l’impression que la ville de Nice, où il a vécu, est baignée de l’esprit de Romain Gary», dit-il en entrevue.

«J’ai vécu en face de l’église russe qui est tellement associée au souvenir de Romain Gary, et j’ai été lycéen au Lycée du Parc-Impérial, où il s’enorgueillissait d’avoir gagné le tournoi de ping-pong. Il y a une résonnance très forte avec cet écrivain, avec son oeuvre, mais il y avait cette proximité qui m’a longtemps accompagné.»

Faits réels

L’écrivain rappelle que tous les faits sur lesquels son histoire s’appuie sont réels. «Tous les personnages dont je dévoile un peu la vie, qui étaient totalement inconnus, comme le demi-frère de Romain Gary, viennent des biographies et des archives, qui ont été mises à jour il y a trois ou quatre ans, de Lituanie. On ignorait beaucoup de choses sur l’enfance de Romain Gary et j’ai énormément travaillé sur cela.»

Laurent Seksik aime parler à la fois de l’intime, des liens familiaux, de la petite histoire, en ayant pour fond et pour décor, la grande Histoire. «Il y a des villes qui ont tellement vécu, tellement souffert, tellement suscité de joie aussi. C’est pas un roman triste, finalement.» Bien que la fin soit bouleversante.

«Il y a des liens entre ma vie d’écrivain et ce que j’écris, même si je ne parle jamais de moi dans mes livres. J’écrivais la mort du père de Romain Gary au moment où mon propre père disparaissait. Je parle d’autre chose, d’un autre personnage... et pour l’instant je n’ai jamais écrit d’autofiction... mais ce qui m’importe avant tout, c’est l’émotion. Un livre doit être comme une nécessité, doit être nourri de toute son expérience.»

Père imaginaire

Dans le roman, l’écrivain a ressuscité le père de Romain Gary, s’est placé dans les pas de sa mère. «Il n’a jamais voulu parler de son père. Il a écrit une dizaine de lignes dans La promesse de l’aube et après n’a plus jamais parlé de son père.»

«Évidemment, on ne connaissait pas qui était son père et qui plus est, il a menti sur son père et s’est lui-même bâti une légende, en disant que son père était un grand acteur du cinéma muet russe. Et cela, ce père imaginaire qu’il s’est bâti, a complètement masqué son vrai père. Il y a une photo magnifique de Romain Gary avec son père à Varsovie, en 1934. Son père n’a pas été absent. Il a compté beaucoup, mais j’ai essayé de mettre ce mystère à jour: pourquoi est-ce qu’il n’en a jamais parlé. Pourquoi il s’est inventé un autre père.»


  • Laurent Seksik est médecin et écrivain. Il a écrit sept romans dont Les derniers jours de Stefan Zweig et Le Cas Eduard Einstein.
  • Laurent Seksik sera de passage à Montréal, à titre d’invité du Festival littéraire international Metropolis Bleu, du 27 au 30 avril.­
Laurent Seksik<br>
<i>Romain Gary s’en va-t-en guerre</i><br>
Éditions Flammarion, 228 pages.
Photo courtoisie
Laurent Seksik
Romain Gary s’en va-t-en guerre
Éditions Flammarion, 228 pages.

EXTRAIT

«Elle voulait offrir à son fils le meilleur des futurs et ne devinait nulle part de lendemains qui chantent au milieu des rues de Wilno. À lire les nouvelles du monde, à entendre les bruissements de haine, elle sentait comme une menace, quelque chose de trouble et de confus mais qui semblait couver, gronder au-dessus d’elle, des coups de tonnerre lointains et dont l’écho se rapprochait. Elle voulait fuir cette menace, mettre Roman à l’abri de ce monde gorgé de ressentiments tout prêt à exploser au-dessus de sa tête.»

— Laurent Seksik, Romain Gary s’en va-t-en guerre, Éditions Flammarion