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1000 $ de plus pour leur foyer à cause d’entrepreneurs insoucieux

Les propriétaires de condos de Montréal paient pour les installations mal faites

Normand Hamel, propriétaire de la boutique Poêles et foyers Rosemont, à Montréal, soumissionnait, dans les années 1980, pour la vente et l’installation de foyers dans les condos de Montréal. Il regrette que des propriétaires paient trop cher aujourd’hui.
Photo Stéphan Dussault Normand Hamel, propriétaire de la boutique Poêles et foyers Rosemont, à Montréal, soumissionnait, dans les années 1980, pour la vente et l’installation de foyers dans les condos de Montréal. Il regrette que des propriétaires paient trop cher aujourd’hui.

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Des centaines de propriétaires de condos de Montréal doivent payer cher pour faire inspecter et modifier leur foyer parce que les entrepreneurs ont mal fait leur boulot dans les années 1980.

Normand Hamel s’en souvient comme si c’était hier. Dans les années 1980, le propriétaire de Poêles et foyers Rosemont soumissionnait pour la vente et l’installation de foyers dans les condos de Montréal.

«Si je soumissionnais à 2000 $, il y en avait toujours qui proposaient de faire le travail pour 1500 $, alors les constructeurs les choisissaient, même s’ils n’avaient aucune qualification pour l’installation. Aujourd’hui, ce sont les propriétaires de condos qui paient le prix pour ces cabochons», dit-il.

Tannés de payer

Plusieurs d’entre eux faisaient le travail à la va-vite. Les entrepreneurs, eux, négligeaient d’installer des coupe-feu réglementaires dans les cloisons des tuyaux de cheminée, ce qui facilitait la propagation de l’incendie.

«Sur 3000 inspections faites par une des entreprises, pas une seule de ces cloisons ne respectait les normes», résume Michael Richard, président de l’Association des professionnels du chauffage (APC).

Après de retentissants incendies, les assureurs se sont fatigués de payer. De sorte qu’aujourd’hui, la plupart imposent systématiquement une inspection des foyers de Montréal, partie de la province où les entrepreneurs auraient été particulièrement négligents.

Nouvelles normes

Aujourd’hui, avec tous ces Montréalais qui magasinent un foyer pour se conformer à la future réglementation de la Ville, les problèmes de construction refont surface.

«C’est en magasinant mon assurance habitation que mon courtier m’a dit que ça allait me coûter 1000 $ pour faire inspecter et mettre aux normes mon foyer», peste la Montréalaise Julie Calvé.

Juste l’inspection par un ingénieur ou un architecte certifié coûte près de 500 $.

Sinon? Si elle refuse de payer ce montant pour obtenir son certificat de conformité, l’assureur ne voudra même pas qu’elle garde son foyer, même si elle promet de ne pas l’utiliser.

«Plusieurs imposent de les convertir en foyer électrique ou d’enlever le foyer», confirme Normand Hamel.

L’autre problème de Julie est que, même si elle fait mettre son foyer aux normes cette année, il lui sera interdit de l’utiliser à partir d’octobre 2018, quand elle devra payer au moins 8000 $ pour le remplacer.

Bien magasiner

Cela dit, tous les assureurs ne gèrent pas ce problème de la même façon. Même que de gros assureurs, comme Desjardins, n’exigent plus une inspection et un rapport d’expert pour chaque foyer de condo.

«Il y a eu beaucoup de sensibilisation dans ce dossier depuis quelques années. On voit moins de problèmes qu’auparavant, alors on a retiré l’exigence d’inspection préalable», assure André Chapleau, porte-parole chez Desjardins.

Les citoyens vont payer 20 M$ de trop

La Ville s’acharne à imposer des normes inutilement élevées qui vont coûter cher aux Montréalais, estiment des experts.

À partir d’octobre 2018, la Ville ne tolérera aucun foyer qui ne respecte pas sa nouvelle réglementation. Pour diminuer la pollution, les foyers ne pourront émettre plus de 2,5 grammes à l’heure (g/h) de particules fines. Une norme sévère puisque la norme EPA (pour Environmental Protection Agency) impose un maximum de 4,5 g/h.

«Ç’a l’air du double présenté comme ça, mais un foyer qui émet 4,5 g/h diminue de 94 % les émissions comparativement à un foyer plus conventionnel, alors que celui à 2,5 g/g les diminue de 98 %», dit Michael Richard, président de l’Association des professionnels du chauffage (APC).

Facture élevée

M. Richard, aussi propriétaire de Nergiflex, qui vend des foyers, trouve que la Ville «s’acharne à conserver cette norme inutilement élevée».

Surtout qu’elle va coûter très cher aux Montréalais.

Il faut savoir qu’on fabrique peu de foyers aussi efficaces. Ils coûtent «au bas mot» 8000 $, selon Michael Richard, comparativement à 4000 $ pour des foyers émettant moins de 4,5 g/h.

L’expert estime qu’environ 5000 des 50 000 propriétaires de foyers à Montréal vont opter pour un remplacement de leur foyer au bois. Les autres vont soit les remplacer par des foyers au gaz, les détruire ou les garder comme ça, ce qui leur permettra de les utiliser uniquement en cas de panne électrique de plus de trois heures.

Le calcul est simple. Si 5000 Montréalais paient un supplément de 4000 $ pour avoir un foyer conforme aux normes imposées par la Ville, c’est 20 millions $ qu’ils paieront en trop, selon les experts.

C’est un règlement «absurde», martèle Normand Hamel.

À Montréal, on nous répond qu’on veut dès aujourd’hui se conformer à une norme EPA qui devrait passer à 2,5 g/h en 2020.

Mais rien n’est moins sûr. D’une part, ce rehaussement a été plusieurs fois repoussé dans le passé. D’autre part, le président Donald Trump a menacé d’abolir l’Agence américaine d’environnement, ce qui menacerait la survie d’une telle norme.