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Justin au pays de l’or vert

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Ça vous inquiète, la légalisation du cannabis d’un océan à l’autre? Pourtant, ça ne devrait pas. La substance est déjà plus que tolérée au pays, et ce, depuis fort longtemps.

Penser que les lois concernant la vente et l’utilisation du cannabis sont respectées, c’est faire preuve d’une grande naïveté ou d’un aveuglement volontaire. Tous ceux qui veulent fumer le font déjà. Le pot est déjà dans les cours d’école, dans les partys, dans la vie de tout un chacun. À moins de tomber sur un policier vraiment zélé ou de le faire exprès, vous pouvez en consommer, cultiver et même vendre sans vous faire de soucis.

DÉJÀ PARTOUT

La légalité ou non d’un produit ne fait pas une grosse différence chez les jeunes. Ils n’attendent pas 18 ans avant de prendre leur première bière. Ils n’essaient pas tout, mais ils ont tout vu passer. Les parents, l’environnement, les amis et même la chance peuvent jouer un rôle sur leur prise de décision d’en prendre ou pas. Mais il ne faut pas jouer à l’autruche.

Légal ou pas, le pot est partout.

La seule différence du jour au lendemain avec du cannabis légal au grand jour, c’est pour l’organisation qui ramas­se l’argent. C’est le nerf de la guerre, le seul enjeu d’importance: le cash provenant de l’exploitation de l’or vert.

Les criminels ne sont pas nerveux et je les comprends. Ils ont déjà diversifié leurs activités et ils vont continuer de faire des fortunes avec la vente de drogues dures et de pilules cheap. Et ils savent très bien que ce n’est pas demain la veille que le pays va s’entendre avec les provinces sur la distribution légale. Ils savent aussi que la qualité et le prix risquent de ne pas correspondre aux normes du marché déjà bien installé, même s’il est illégal. Le client régulier qui sera déçu par l’expérience légale revien­dra vite à ses anciennes habitudes.

LA LOI DE LA JUNGLE

Donc, pas aussi facile que bien des gens semblent le croire que d’aller chercher la clientèle «criminalisée». L’argument de la léga­lité ne sera pas suffisant. Il devra y avoir de la qualité, de la variété et des prix concurrentiels. Impossible d’arnaquer les consommateurs sur les prix comme dans les SAQ. Ce n’est pas un mono­pole, c’est un secteur d’économie déjà très concurrentiel.

On perd beaucoup de temps et de salive à faire le débat éthique autour de l’utilisation du cannabis. C’est un débat qu’on aurait dû faire il y a plusieurs décen­nies, si on le voulait vraiment. On devrait plutôt concentrer les efforts à réussir la transition du marché. Je dis ça parce que c’est beaucoup d’argent ramas­sé par terre. Et Dieu sait qu’on a besoin de gros bidous, à JustinLand, où endet­ter le pays est une priorité.

Le pot légal ne rendra pas le produit plus accessible, il l’est déjà. Il ne fera pas tomber les empires criminels, ils sont déjà ailleurs. On le fait pour une seule raison: remplir les coffres de l’État. C’est un pari plus risqué qu’on pense. Et le Canada n’a pas les moyens de manquer son coup.