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Ci-gît la mobilité durable

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Dure semaine pour Régis Labeaume, qui s’est retrouvé seul au monde à défendre le dossier du SRB, avant de tirer le bouchon dans le fond du bain.

Malheureusement, il semble que même s’il s’engage à ne pas jeter avec l’eau le bébé qui s’y trouve, le plan de mobilité durable présenté en 2011 est bel et bien mort et enterré.

Auprès des intervenants favorables au projet, il affirme le contraire. Isolé comme il est, on se demande bien comment il y arrivera.

Coalition

Québec se gouverne par coalition. Jean-Paul L’Allier avait créé une alliance entre les mouvements populaires des faubourgs et les élites intellectuelles, culturelles et financières de la Haute-Ville.

Pour Régis Labeaume, le plan de mobilité durable, c’était ça. Après avoir promis un amphithéâtre à la banlieue, il allait mobiliser les acteurs du centre désireux d’offrir à Québec un visage plus attractif pour y ramener les jeunes familles.

Cette coalition a vécu. Elle ne renaîtra pas.

Pour l’automobile

L’allocution prononcée jeudi par le maire est intéressante. Manifestement préparée à la hâte, l’ordre de certains bouts de phrase ne fonctionne pas, laissant croire qu’on a utilisé le copier/coller trop lourdement. M. Labeaume bute sur certains mots, comme s’il était émotif ou qu’il ne l’avait pas lue avant.

Surtout, on évite d’y coller les mots «mobilité» et «durable». On ne parle plus de réaménagement urbain ou de vision de la ville, mais simplement de lutter contre la congestion.

Bref, le plan de mobilité qui sortira de la consultation qu’on organisera à la hâte en sera un pour l’automobile ou ne sera pas. Le maire n’aura pas le choix.

C’est ce qui est ironique dans ce débat. Les animateurs de radio présentaient le SRB comme une menace quasi existentielle envers leur mode de vie organisé autour de l’automobile. Comme si l’hégémonie de celle-ci pouvait vraiment être remise en question dans cette ville.

Fenêtre fermée

Avec le SRB disparaît probablement la dernière tentative de doter Québec d’une architecture lourde de transports en commun, avec tous les effets structurants qu’elle aurait pu avoir. N’en doutez pas, personne n’osera plus s’y risquer.

Anne Guérette dira le contraire, promettant un projet plus coûteux et ambitieux si elle est élue.

Or, elle ne le sera pas. Notamment à cause de cette proposition et aussi parce que ceux qui appuyaient le SRB se souviendront qu’alors que la dernière fenêtre permettant de recevoir des sommes pour un projet de cette envergure n’était pas encore fermée, elle s’est placée dans le camp des opposants.

Les payeurs de taxes des quartiers densifiés continueront donc de servir de vaches à lait pour la pose de tuyaux d’aqueduc en banlieue et bientôt pour la construction d’un 3e lien qui viendra encombrer encore plus leurs rues. Alors qu’ils gèleront à l’abribus, ils se rappelleront qu’ils ne sont qu’une quantité négligeable dans cette ville où il n’y en a que pour l’auto.