/weekend
Navigation

La chanson qui a tout changé

Coup d'oeil sur cet article

Quand sa pièce Un jour, un jour a été désignée chanson-thème de l’Expo 67, la vie de Stéphane Venne a pris un nouveau tournant. En remportant ce concours dans le cadre duquel 2200 compositions en provenance de 35 pays avaient été soumises, l’auteur-compositeur s’est assuré une carrière fructueuse, rêve qui lui paraissait inaccessible jusque-là.

«Je n’ai jamais vraiment eu une belle voix, nous explique Stéphane Venne, en entrevue. Moi, j’aimais écrire et composer, mais, à l’époque, tu ne pouvais pas gagner ta vie comme ça. Là, du jour au lendemain, plein de gens se sont mis à me demander des tounes. Ça a changé ma vie exactement dans le sens que je le voulais.»

C’était il y a cinquante ans. L’artiste, qui estime avoir composé plus de 400 chansons, dont Et c’est pas fini (Emmanuëlle), Le temps est bon (Isabelle Pierre) et Le début d’un temps nouveau (Renée Claude), n’avait pas encore 25 ans lorsqu’il a écrit Un jour, un jour.

«Ce n’est pas une grande toune, c’est juste qu’elle est terriblement efficace, un peu comme un jingle publicitaire», a-t-il souligné, ajoutant que les paro­les lui avaient été inspirées par une image bien précise.

«En première page de La Presse, j’avais vu un dessin d’architecte plutôt fabuleux qui nous montrait ce qui n’existait pas encore, c’est-à-dire les îles de l’Expo, a-t-il raconté. Je me suis dit: “V’là ma toune!” C’est là que nous allons être bien, que nous allons recevoir le monde.»

Donald Lautrec

En raison d’une «indiscrétion», Stéphane Venne a su qu’il allait remporter le concours une dizaine de jours avant l’annonce officielle, qui a eu lieu dans le cadre d’une émission spéciale diffusée à Radio-Canada.

À ce moment-là, Michèle Richard, la «superstar du temps», avait déjà été dési­gnée pour chanter la pièce. Le compositeur, cependant, avait un autre interprète en tête: son bon ami Donald Lautrec.

«Dans l’organisation, personne ne savait que j’étais au courant que j’étais le gagnant, a-t-il raconté. J’ai parlé au gérant de Donald. Nous devions être discrets. Nous avons donc booké des séances d’enregistrement la nuit afin que nous puissions avoir des disques tout de suite après la diffusion de l’émission spéciale. Personne n’a jamais su pourquoi la toune était arrivée si vite sur le marché.»

Cela n’a rien changé au fait que Michèle Richard ait pris part à l’enregistrement de l’émission et qu’elle ait même endisqué sa version de la chanson (NDLR une «intro» et une «outro» avec les mots «Montréal» et «Expo» y ont été ajoutés).

Lorsqu’on lui demande si son attitude lui a attiré les foudres de l’organisation, Stéphane Venne nous répond avec un sourire narquois.

«Personne n’allait taper sur les doigts d’un gagnant, a-t-il dit. Ça me prenait l’énergie de Donald. C’était mon ami et il était populaire. Il était où, le problème?»

Donald Lautrec
Photo courtoisie
Donald Lautrec

Ouverture sur le monde

Vu sa grande popularité, Donald Lautrec n’a pas pu vivre pleinement la frénésie entourant l’ouverture de l’Expo.

«Je ne pouvais pas vraiment me promener dans la rue, nous a-t-il raconté, en entrevue. Toutes proportions gardées, c’est comme si on demandait à Paul McCartney d’aller se promener sur la rue Sainte-Catherine!»

Dans les années suivantes, alors qu’il animait le Donald Lautrec Chaud (émission diffusée à la SRC de 1969 à 1971) sur le site de l’Expo, la situation n’était guère mieux.

«Il y avait vraiment beaucoup de monde sur le site, même durant ces années-là, a-t-il expliqué. J’ai même développé une espèce de phobie des foules, à un moment donné.»

Pour Stéphane Venne, l’expérience a été tout autre. L’auteur-compositeur garde des souvenirs intarissables de ses journées passées à l’Expo.

«On m’avait donné un passeport VIP et je pouvais aller à l’Expo quand je voulais et entrer par l’arrière, dans les différents pavillons. Je pouvais amener des gens avec moi. Je peux vous dire que je suis devenu très populaire!»

Marqué par les découvertes culinaires, artistiques, architecturales et culturelles qu’il a pu faire grâce à la tenue de l’événement, l’artiste se considère encore chanceux aujourd’hui d’avoir pu y prendre part.

«Il faut rendre grâce à Jean Drapeau, a-t-il dit. Il a mis Montréal sur la face du monde, mais il a aussi fait l’inverse, sans s’en rendre compte. Il a mis le monde dans la tête des gens, au Québec.»