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La classe de Mme C.: Les enfants de profs

Illustration Fotolia
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Constat: il n’y a pas pire dans la vie que d’être enfants de prof.

Selon mon ado de 14 ans, en tout cas. Pire que coudre des ballons de soccer au Pakistan.

Ma fille est revenue de l’école en colère contre son prof, vendredi. Et espérait m’avoir de son bord pour une fois dans sa vie.

Mais une mère prof prend toujours la part de l’école. Et ma grande s’enrage contre moi. Avec la hargne que seule une ado de 14 ans peut manifester.

Elle profite de cette énième engueulade pour me partager la terrible douleur qu’elle porte en elle. Me cracher son fiel.

À propos de cette malédiction qui lui est tombée dessus en venant au monde dans cette famille qui compte une maman prof.

Et son frère de 11 ans qui s’en mêle et seconde. Mon autre éclopé de la vie. Mon amputé de guerre.

Ça prendrait une ligne Tel-Jeunes pour les enfants de prof.

De bien grandes souffrances

Apparemment, quand on est enfant de prof, les devoirs ne sont jamais assez bien faits. Les leçons jamais assez révisées. La calligraphie jamais assez propre. Les avertissements reçus toujours mérités et les conséquences jamais assez sévères.

Être enfant de prof, c’est être forcé d’apporter beaucoup trop de matériel pour la maquette de Sciences et passer pour un petit «parfait».

Ce qui de toute évidence, pour mon fils, semble plus humiliant que de vomir sur les bottes et le manteau des voisins aux crochets. Ou pleurer devant ses amis après avoir un ballon gelé en plein visage.

Être enfant de prof, c’est rapporter sa dictée signée. Mais agrémentée d’un commentaire, en rouge, de sa mère prof: «Tu peux faire mieux...».

Moi qui répète aux parents de mes élèves d’être constructifs. Bravo.

C’est manquer que la matinée pour un rhume. Et si, et seulement si, c’est un gros rhume.

C’est avoir un lunch santé, sans déchets. Surtout lors de sorties scolaires et que l’enseignante de mes enfants pourrait jeter un œil à leur repas...

Les enfants de prof vont à l’école le lundi matin, après une fin de semaine de tournoi d’hockey.

Ils se font souvent dire non pour inviter des amis à jouer et à dormir, les fins de semaine. Parce que leur maman prof a besoin d’une pause de jacassage d’enfants.

Les enfants de prof ont souvent honte en public, aussi. Parce que leur mère prof intervient toujours pour corriger leur ami qui a sacré.

Leur ami ou un enfant totalement inconnu.

Une histoire sans fin

Je comprends mieux pourquoi mes enfants ont toujours eu une peur bleue que je travaille à leur école.

J’irais probablement remettre la tuque de mon fils sur la cour de récréation.

Et lui faire signe de s’asseoir comme il faut sur sa chaise par la fenêtre de sa classe.

Je ne sais pas à quel moment je vais arrêter d’être une prof.

Probablement en même temps que je vais arrêter d’être une maman.

Pour devenir une grand-maman prof...