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Quand un mystère hante trois générations

Marc levy
Photo courtoisie, Christian Geisselmann 2020

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Dans son nouveau roman, La dernière des Stanfield, le romancier Marc Levy propose à ses lecteurs un voyage extraordinaire de la France occupée de l’été 1944 jusqu’à Londres et le Québec d’aujourd’hui, en passant par Baltimore dans les années 1980. La quête: résoudre un mystère qui hante trois générations.

L’amour, l’amitié, les œuvres d’art, la loyauté, les affres de la Seconde Guerre mondiale, la quête de liberté dans les années 1980 et la recherche de la vérité en toutes choses sont au cœur de ce livre intense, émouvant, très divertissant, écrit avec sensibilité et intelligence.

Eleanor-Rigby, journaliste au National Geographic, vit à Londres. Un matin, elle reçoit une lettre anonyme l’informant que sa mère a eu un passé criminel. De l’autre côté de l’océan, dans les Cantons-de-l’Est, un ébéniste appelé George-Harrison reçoit lui aussi une lettre semblable. Les deux ne se connaissent pas... mais l’auteur de la lettre – le mystérieux corbeau – leur donne rendez-vous à tous les deux dans un petit resto du port de Baltimore, au Maryland. Quels liens les unissent? Et quel crime terrible leurs mères ont-elles bien pu commettre?

Écrire une saga

Marc Levy explique, en entrevue téléphonique de sa résidence de Manhattan, que l’élément déclencheur a été l’envie d’écrire une saga. Il avait été marqué par l’écriture du film italien Nos meilleures années, parce que le thème rejoignait ce qui est au cœur de l’ensemble de ses romans: la quête identitaire.

«Le fait d’essayer de comprendre à la fois d’où on vient et où on va, et de quelle façon on porte l’héritage de nos parents, de nos grands-parents, de l’histoire de nos familles. L’histoire des non-dits aussi, et des fratries, un sujet que je trouve aussi passionnant que l’amour et l’amitié.»

L’auteur de best-sellers vendus dans 49 pays considère que l’écriture d’une saga est quelque chose de très difficile. «Il m’a fallu travailler des années pour me sentir capable d’écrire une saga, parce que, justement, dans une saga, il faut être capable de faire avancer plusieurs histoires en même temps, plusieurs époques, plusieurs lieux, qu’il y ait en permanence un lien qui relie tout ça et où le lecteur comprend qu’on avance dans une histoire où tout va finir par se dénouer, et où tout est lié, comme dans la vraie vie.»

La Résistance

Marc Levy s’est inspiré de l’histoire de son propre père pour la partie du roman se déroulant en France pendant la Seconde Guerre mondiale, traduite par l’histoire d’Anna et de Robert. «Mon père était dans la Résistance. Il a été arrêté. Il a été torturé. Il a été déporté dans un train dont il s’est évadé. Et il a rejoint la Résistance pour continuer à se battre.»

Il connaît bien ce milieu des maquisards et des résistants. «J’ai eu la chance de rencontrer un certain nombre des survivants de cette époque quand j’avais écrit Les enfants de la liberté. Je me suis énormément inspiré de leurs histoires et de leurs témoignages. La petite gare de Loubers qui servait de planque aux membres de la 35e Brigade Marcel-Langer a inspiré le relais de chasse que j’ai placé dans une région qui est proche, puisqu’on est dans la région de Montauban.»

Les romans de Marc Levy sont traduits en 49 langues et vendus à 40 millions d’exemplaires.

Il est considéré comme l’auteur français contemporain le plus lu dans le monde.

Marc Levy sera en signature à la librairie Renaud-Bray (4380 rue Saint-Denis, à Montréal) le jeudi 11 mai dès 17 h.

Extrait

« Je m’appelle Eleanor-Rigby Donovan. Mon prénom vous dit peut-être quelque chose. Mes parents étaient fans des Beatles, «Eleanor Rigby» est le titre d’une chanson écrite par Paul McCartney.

Mon père a horreur que je lui fasse remarquer que sa jeunesse appartient au siècle dernier, mais dans les années 1960, les fans de musique rock se divisaient en deux groupes. Rolling Stones ou Beatles; pour une raison qui m’échappe, il était inconcevable d’apprécier les deux.

Mes parents avaient dix-sept ans quand ils ont flirté pour la première fois, dans un pub londonien près d’Abbey Road. Toute la salle entonnait «All You Need Is Love», les yeux rivés sur un écran de télévision où un concert des Beatles était retransmis en mondovision. Sept cents millions de téléspectateurs accompagnaient leurs émois naissants, de quoi marquer le début d’une histoire à l’encre indélébile.»

— Marc Levy, La dernière des Stanfield, Éditions Robert Laffont/Versilio

Edward Hopper

Il est beaucoup question d’art dans ce roman — et le peintre américain Edward Hopper, portraitiste de l’Amérique profonde, à la fois urbaine et rurale, est au cœur de l’intrigue. «J’ai un rapport avec Hopper qui a été très important dans ma vie parce que j’ai vu mon premier tableau de Hopper quand j’avais 17 ans. J’ai plongé à l’intérieur de ce tableau en le regardant, dans un livre, et je suis sorti de ce tableau à Baltimore... et on était en 1983! J’ai compris que l’Amérique était autre chose que les westerns que nous voyions à la télévision et qu’elle était peuplée de vraies gens, profonds, denses, aux vies dures, à travers les tableaux de Hopper.»

Clin d’œil aux Beatles

Marc Levy fait un clin d’œil aux Beatles à travers Eleanor-Rigby et George-Harrison. «J’ai toujours été fou d’humour anglais, parce qu’il y a une autodérision et les Anglais se permettent des choses que, très souvent, les Latins n’osent même pas se permettre. J’ai été shooté à l’humour des Monty Pythons. Quel homme politique aujourd’hui peut se revendiquer, dans le monde, d’un programme aussi beau que celui de la chanson Imagine? Cette chanson nous montre tellement ce qu’il peut y avoir de magnifique dans l’humanité. Il y avait ce cri d’amour... et cette chose drôle: les deux personnages se doutent que s’il y en a un qui s’appelle Eleanor-Rigby et l’autre, George-Harrison, ça ne peut pas être qu’une coïncidence!»

Dans les Cantons-de-l’Est

Marc Levy fait voyager ses lecteurs dans ce nouveau roman. Il se promène entre Londres, New York, Baltimore, la France... et les Cantons-de-l’Est, une région du Québec qui lui plaît beaucoup.

Au niveau linguistique, son personnage de George-Harrison, un ébéniste des Cantons-de-l’Est, ne détonne pas! Marc Levy rit. «J’ai beaucoup travaillé pour le faire parler en québécois sans tomber dans les clichés, en empruntant de vraies expressions. C’était important pour moi d’être dans le vrai et vous connaissez mon attachement pour le Québec... et particulièrement à la région des Cantons-de-l’Est!» Qu’est-ce qu’il aime le plus dans cette région? «Je le raconte dans le roman: c’est à la fois la beauté des paysages et la beauté des gens. Vous voyez? Ce sont les deux. Ce que j’aime dans les Cantons-de-l’Est, c’est l’esprit qui y règne, c’est la beauté des lieux, c’est la vie, ce sont les gens. C’est tout ça!»