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Agente double à 87 ans

Agente double à 87 ans
Photo Dario Ayala

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À 87 ans, Suzanne Lebrun a joué les agents doubles pour l’arrestation de deux fraudeurs «de grands-parents», dont l’un est associé à 130 affaires de ce type à travers le Québec.

Il y a quelques semaines, Mme Lebrun recevait un appel de détresse de son supposé petit-fils qui venait de se faire arrêter. Reconnaissant le stratagème que l'on avait déjà utilisé contre elle, la dame a feint l’inquiétude et est parvenue à piéger les malfaiteurs avec l’aide du Service de police de Montréal (SPVM).

Pour souligner sa contribution, le SPVM lui remettait, hier, une plaque de reconnaissance pour avoir rendu service à la population. «Nos policiers ont été impressionnés de votre contribution», a affirmé l’inspecteur Mohamed Bouhdid, du poste 21, lors de la cérémonie qui avait lieu aux Résidence Soleil Manoir Plaza.

Mathieu Farley, l’agent responsable de l’enquête, était présent hier soir pour reconnaître la bravoure de Suzanne Lebrun.
Photo Dario Ayala
Mathieu Farley, l’agent responsable de l’enquête, était présent hier soir pour reconnaître la bravoure de Suzanne Lebrun.

Berner les fraudeurs

Le doute s’est installé dans l'esprit de Mme Lebrun quand son interlocuteur s’est présenté comme «son petit-fils préféré». «Aucun de mes deux petits-fils ne dit ça, affirme l’héroïne. Il m’a dit qu’il avait eu un pépin avec sa voiture et qu’il avait été arrêté à cause de l’alcool», poursuit-elle.

Le fraudeur lui demandait alors la somme de 3500 $ pour l’aider à sortir de prison. Encore fâchée de s’être fait piéger auparavant, Mme Lebrun a joué le jeu. «J’ai pris ma voix tremblante et j’ai posé des questions, comme si j’étais vraiment inquiète», raconte-t-elle.

L’interaction avec le malfaiteur s’est faite en plusieurs appels téléphoniques, ce qui a permis à Mme Lebrun d’aviser le service de police, qui a pu monter une opération pour arrêter les complices.

L’inspecteur Mohamed Bouhdid (à gauche) et l’agent de police Mathieu Farley (à droite) donnaient une plaque de reconnaissance à Mme Suzanne Lebrun pour souligner sa contribution à une intervention policière.
Photo Dario Ayala
L’inspecteur Mohamed Bouhdid (à gauche) et l’agent de police Mathieu Farley (à droite) donnaient une plaque de reconnaissance à Mme Suzanne Lebrun pour souligner sa contribution à une intervention policière.

À aucun moment Mme Lebrun ne s’est sentie apeurée ou en danger. «J’étais enragée par ce qu’ils m’avaient fait! Je voulais les faire payer», dit celle qui a osé défier les fraudeurs. «Quand je lui ai tendu l’enveloppe, je l’ai tout de suite reprise et je lui ai dit: “Bien, tu l’auras pas!”» C’est à ce moment que les policiers sont intervenus pour procéder à l’arrestation des complices.

Ce n’était pas la première fois que Mme Lebrun recevait ce type d’appel. Elle a été piégée en 2014. Voulant aider celui qu’elle croyait être son petit-fils, elle avait consenti à remettre 2800 $ au suspect. La chose s'est produite une deuxième fois, mais, furieuse, elle a haussé le ton en parlant au fraudeur, qui a raccroché immédiatement, et elle ne lui a pas versé d’argent. Finalement, en avril dernier, elle a reçu l’appel de trop et a décidé d’intervenir.

La «fraude des grands-parents» est une fraude téléphonique dans le cadre de laquelle un individu demande une somme d’argent importante en se faisant passer pour un membre de la famille de sa victime. Généralement, les fraudeurs invoquent une situation d’urgence (accident, arrestation, etc.) qui nécessite des fonds rapidement. Les victimes, souvent des personnes âgées, prises au dépourvu et de bonne foi, n’hésitent pas à transférer ou à remettre l’argent rapidement à celui qu’elles croient être leur proche.

Comment se protéger d’une arnaque:

► Demander toujours l’identité de son interlocuteur, même si on croit le reconnaître;

► Prendre le temps d’analyser la situation, ne pas se laisser intimider ou presser;

► Vérifier l’information auprès d’un autre membre de votre famille.