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Courir à contre-courant

Blaise Dubois veut inculquer à la population de bonnes techniques basées sur la science

Blaise Dubois
Photo courtoisie Dans ses conférences, Blaise Dubois va à contre-courant des idées reçues.

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Il pourrait être considéré comme le gourou de la prévention des blessures en course à pied. Physiothérapeute, clinicien et conférencier, Blaise Dubois n’est pas un sportif comme les autres. Grâce à une forte crédibilité forgée au fil des ans, le Québécois se promène aujourd’hui à travers le monde pour enseigner l’art de bien courir.

À l’heure où la course à pied connaît ses heures de gloire dans la province, Blaise Dubois et sa Clinique du Coureur, qui forment les professionnels de la santé pour la prévention des blessures en plus d’offrir des conférences au grand public, ont le vent dans les voiles. Leur secret? La science.

«Il y a un engouement pour ce qu’on donne par le fait qu’on a une rigueur de recherches scientifiques qui est au-delà de tous les autres groupes de recherches en course dans notre domaine d’expertise», explique ce résident de Lac-Beauport, joint par Le Journal en France, où il se trouvait pour une série de conférences.

Des pionniers de l’industrie

Depuis ses premières conférences à Québec en 2005, qui l’ont mené à lancer la plateforme de la Clinique du Coureur quelques années plus tard, ce diplômé en physiothérapie de l’Université Laval n’a cessé de voir grand. Dubois et son équipe sont présents dans 15 pays, incluant des divisions aux États-Unis, en Angleterre et en France. Leur mission englobe aussi les autres aspects de la course à pied, que ce soit la biomécanique ou la bonne chaussure à utiliser.

«En 2017, il n’y a pas de frontières au niveau de l’éducation [...] Quelqu’un qui se crée une réputation avec cette rigueur de recherches a la possibilité d’être reconnu à travers le monde et c’est ce qu’on a fait. Puis, nous n’avons aucun lien commercial, notre message est donc extrêmement crédible», souligne le Suisse d’origine, lui-même un coureur, qui a immigré au Lac-Saint-Jean durant son enfance.

C’est après avoir commencé à s’intéresser aux écrits scientifiques que Blaise Dubois a compris que quelque chose clochait dans le monde de la course à pied. Il s’est attaqué aux mentalités et pratiques établies. À l’époque, ses recommandations en conférences, basées sur ses lectures, étaient à des années-lumière de ce qui était véhiculé dans la sphère populaire, notamment par les géants de la chaussure de sport.

«Je constatais que les recommandations classiques faites pour le coureur détonnaient avec ce qu’on lisait dans la littérature scientifique. Par exemple, quand je disais dans mes conférences qu’il faudrait avoir moins d’amortis dans les chaussures et plutôt avoir des chaussures plus simples, plus minimalistes, ça détonnait avec ce qu’on recommandait dans les magasins.

«Quand je disais qu’il faut arrêter de s’étirer avant de faire du sport, ça détonnait. Quand on bouleverse les pratiques, il y a un message qui est retenu, et quand on dit aux gens le contraire de ce qu’ils ont toujours cru et qu’on arrive à leur expliquer avec logique, ça fait des petits un peu plus rapidement», soutient le sportif de 43 ans.

Dubois se rappelle encore un débat à Montréal, à ses débuts. Il était alors le seul panéliste à promouvoir la chaussure minimaliste. «J’étais tout seul dans mon coin contre les cinq autres! Aujourd’hui, ce serait l’inverse. Ce qu’on dit actuellement choque beaucoup moins que ce qu’on disait il y a dix ans.

«On a été un peu avant-gardistes. En lisant la littérature scientifique, tu connais les réponses avant que le grand public les connaisse et avant que les pratiques se changent», prend-il le soin d’ajouter.

Éternelle bataille

Même si son discours a porté ses fruits au cours des dernières années, il reste encore un bout de chemin à accomplir afin que tous soient sur la même longueur d’onde en ce qui concerne ce sport.

«C’est [un travail] de longue haleine et je dirais que ce sont les professionnels de la santé et de l’entraînement, et même les détaillants de chaussures, qui, en étant sensibilisés, vont changer la donne très graduellement», estime Dubois.

Un défi à l’échelle planétaire

La percée internationale de la Clinique du Coureur, qui enseigne son expertise sur cinq continents, amène son lot de défis pour Blaise Dubois et son équipe.

Avouant être moins habile en anglais que dans sa langue d’origine, l’homme à la tête de l’organisme s’adapte lorsqu’il s’adresse à une clientèle qui s’exprime dans une langue étrangère.

«Il faut s’adapter aux différents pays. J’enseigne en cinq langues. Par exemple, quand je suis en Italie, j’enseigne en anglais et on me traduit en italien. Quand je vais en Espagne, c’est du français à l’espagnol et au Brésil, c’est du français vers le portugais. Quand je parle en anglais et qu’on traduit en italien, comme je parle français à la base et non l’anglais, il y a une petite perte d’informations, alors faut savoir simplifier», révèle le Québécois.

Celui qui est aussi copropriétaire des cliniques PCN doit se buter aux mœurs des pays qu’il visite en matière de médecine.

«Les degrés de compétences des physios ou des médecins ne sont pas les mêmes partout. Il y a des endroits où le niveau de compétence est très élevé, comme en Australie ou en Angleterre, mais il y a certaines places ailleurs où je dois plus vulgariser mon message.»

Une course pour le plaisir

Parallèlement à ses activités professionnelles, Blaise Dubois organise une course de trail, «pour le plaisir», sous la bannière de son organisme, élue deux fois course de l’année dans la catégorie cross/montagne par la Fédération québécoise d’athlétisme. Il s’agira de la cinquième édition, le 10 juin prochain.

Si l’un des objectifs de la Clinique du Coureur est de faire bouger annuellement des milliers de jeunes grâce à ses mini-marathons et à son Fonds philanthropique, la Trail vise à ramasser des sous pour le programme Tournesol du centre Le Saisonnier, dont la mission est de permettre à des jeunes défavorisés de vivre des expériences de socialisation.

Un jeu d’enfant qui fait des petits

Le Grand club de course, fondé par Natacha Gagné, gagnera bientôt la France.
Photo Roby St-Gelais
Le Grand club de course, fondé par Natacha Gagné, gagnera bientôt la France.

Depuis trois ans, la course à pied est un jeu pour les enfants qui fréquentent le Grand club de course de Natacha Gagné. Une approche originale qui leur permet de se dépasser tout en ayant du plaisir.

L’idée de former le Grand club est venue un peu par elle-même pour Natacha Gagné. Kinésiologue de formation et détentrice d’un baccalauréat en enseignement de l’activité physique, cette Lac-Beauportoise du Saguenay cherchait à faire bouger son fils en compagnie de ses amis. Une trentaine d’enfants ont répondu à son invitation, bien plus qu’elle ne l’espérait.

L’année suivante, devant l’intérêt pour le projet, elle créait huit autres clubs destinés aux jeunes de 5 à 15 ans dans la région de Québec. Aujourd’hui, la petite idée s’est transportée à l’échelle de la province, qui en abrite plus d’une soixantaine. Si la sportive ne peut être partout, elle peut compter sur de solides entraîneurs pour l’épauler. Et la France s’apprête à lui ouvrir ses portes en juin.

«Je m’amuse à dire que j’accompagne le Grand club de course dans sa croissance. Ce n’est pas moi qui le pousse pour que ça aille bien, c’est lui qui me dicte qu’on va aller là ou là», dit modestement la femme de 38 ans rencontrée par Le Journal de Québec.

C’est la formule du Grand club, qui est de «jouer à la course», au même titre que jouer au hockey ou au football, qui plaît. Deux fois par année, au printemps et à l’automne, la magie du projet opère à raison de séances hebdomadaires de 45 minutes étalées sur huit semaines. Pas plus, pas moins.

«Ils courent pratiquement chaque jour, mais au-delà de la course, je veux qu’ils courent en bottant un ballon, en lançant une balle et en tenant un bâton dans leurs mains. C’est important que les enfants, avant 11 ou 12 ans, fassent toutes sortes de choses différentes pour travailler leur littératie physique», explique-t-elle.

Cartes et personnages amusants

Carte de coureur, personnages auxquels ils s’identifient, journal de bord à remplir, chandails à l’effigie du club, l’objectif est d’enseigner les rudiments du sport avec le sourire.

«Il y a des études qui nous démontrent que les enfants qui ont vécu des expériences positives en activité physique avant la puberté, soit vers l’âge de 13 ans, ont plus de chances de vouloir reproduire ces expériences à l’âge adulte que ceux qui n’en ont pas vécues, et ce, même s’il y a eu arrêt d’activités physiques durant la période de l’adolescence», affirme Natacha Gagné. Elle est contre «l’hypervigilance» de certains parents qui redoutent constamment que leurs enfants se blessent en faisant du sport.

Un Grand coureur

De grands noms comme Bruny Surin et Pierre Lavoie sont associés à l’aventure à titre de Grands coureurs. Ils se sont engagés à visiter l’un des différents groupes pour soutenir les enfants.

En juin, la France ouvrira son premier Grand club de course. S’avouant hyperactive, Natacha Gagné ne compte pas s’arrêter là.

«Je suis une fille de projets. Si on peut faire rayonner la course à pied, je vais être partout où la course ou l’activité physique aura besoin de moi parce que je tripe sur le fait que les gens fassent bien les choses.»