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Le Journal en France: Jeunesse sceptique

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AFP Un homme passe devant des affiches de campagne vandalisées des candidats à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

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PARIS | La campagne électorale est terminée en France.

Depuis vendredi, minuit, candidats, médias et même citoyens – du moins en théorie – doivent observer une stricte réserve républicaine jusqu’à la fin du vote. Rendez-vous dimanche 20 h (14 h au Québec).

Une campagne que beaucoup de Français ont trouvé trop longue. «Ça traîne depuis plusieurs mois maintenant. Il y a beaucoup de scandales sur un politique, sur un autre... Ça donne encore moins confiance», déplore Julien, 22 ans.

Travailleurs nomades

C’est vrai que la campagne a été très longue. Depuis la fondation du mouvement En Marche! d’Emmanuel Macron, puis avec les primaires tenues par les grands partis, ça fait un an que les Français se sentent en élection. On se croirait aux États-Unis!

J’ai rencontré ces jeunes dans un de ces coworkings, des cafés où les nomades se réunissent pour travailler et socialiser.

Ça pullule à Paris, dans les quartiers branchés autour de la place de la République. (Transparence totale: j’en exploite un moi-même à Québec.)

On pourrait penser que le favori pour l’emporter, Emmanuel Macron, sera très populaire auprès de cette clientèle. Or, ça ne semble pas si vrai que ça.

Les jeunes Astrid, Julien, John et Samuel se sont exprimés, hier, sur les élections en France, dans un café de Paris.
Photo Claude Villeneuve
Les jeunes Astrid, Julien, John et Samuel se sont exprimés, hier, sur les élections en France, dans un café de Paris.

Faire barrage à Marine Le Pen

John, 21 ans, fait partie des sceptiques. «Il tombe un peu du ciel, j’ai l’impression. Il est jeune, il est à la mode...» Julien renchérit. «Il a juste une bonne gueule, il sait parler et puis voilà... Tu sens que le banquier escroc veut te vendre un truc.»

Leur ami Samuel, 20 ans, n’est pas d’accord avec eux. «Je le vois comme quelqu’un qui est passé par tous les hauts cercles, mais qui apporte une vision différente de tout ce qu’est la politique actuelle. Il est plutôt clair dans le sens où il veut aller. Il peut faire des trucs plutôt cool si on lui en donne les moyens», croit-il.

À la fin, ils pensent tous aller voter pour faire barrage à Marine Le Pen, «le pire truc du monde», selon eux. À l’exception de Julien. Il s’abstiendra parce qu’il a été dégoûté par les débats. «Ils ne respectent même pas l’autre personne qui parle.»

Les travailleurs indépendants veulent une solution

PARIS | J’ai rencontré Thomas, 31 ans, chez NUMA, un espace de travail partagé de la rue du Caire, où s’amoncellent les «start-ups» et les boutiques de designers. C’est en face de La Maison du Bitcoin.

Il travaillait chez Twitter, puis s’est lancé à son compte pour vendre de la publicité dans le «e-sport», le jeu vidéo au niveau compétitif.

«Ce qu’il [Emmanuel Macron] propose pour le régime social des indépendants, c’est vraiment bien. Ça tient compte des nouveaux besoins en matière d’économie», croit-il.

Mêmes protections

Avec le droit du travail très rigide qu’on retrouve en France, Emmanuel Macron veut favoriser les petits entrepreneurs et les travailleurs autonomes en créant un régime qui leur permettra d’avoir accès aux mêmes protections que les salariés.

Les syndicats ont protesté, dénonçant une précarisation de l’emploi.

La solution ne convainc pas non plus Anouk, 24 ans. Elle est designer d’intérieur. «Pour avoir le chômage, on ne pourra pas refuser plus de deux offres d’emploi. Or, les contrats dans mon secteur, ils ne sont jamais affichés.»

Premier vote

Tiffany, 21 ans, est néanmoins très enthousiaste en vue de l’élection dimanche. «C’est mon premier vote!»

Au premier tour, elle a longuement hésité. «J’ai fini par voter Macron. Pas par dépit, parce que je n’aime pas voir les choses comme ça, mais parce que c’est ce que je croyais être le plus proche de ce que la France avait besoin.»

C’est une des seules personnes que j’ai rencontrées qui s’attend à ce qu’Emmanuel Macron perde dimanche. «J’ai tellement peur que Marine Le Pen gagne que je préfère me dire qu’elle va passer et être surprise!» Elle éclate de rire.