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Le (dé)goût de l’eau

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La moitié du Québec est sous l’eau. L’autre moitié surveille ses rivières. La nature nous rappelle qui est le vrai boss des bécosses.

La région a déjà vu pire, évidemment. Ça ne peut pas toujours être notre tour, et je ne vois pas personne s’en plaindre.

LE MONDE À L’ENVERS

On assiste chaque fois au même cirque. D’abord, la course aux journalistes qui seront les plus mouillés et qui réussiront à avoir de la flotte par-dessus leurs bottes.

Ensuite viennent les politiciens. Toujours habillés propres, avec le regard grave. Ils auront de bons mots, ils auront l’air concernés. Mais vous ne les verrez pas aider les sinistrés à pomper l’eau ou à sortir les biens endommagés. Ça pourrait salir leurs beaux habits.

S’ils ont de la politique à faire avec le malheur des autres, aussi bien le faire au Parlement, à l’Assemblée nationale ou à l’hôtel de ville. Mais non, ça fait de plus belles images qu’on pourra utiliser pour un montage dans la prochaine campagne électorale. Pour dire que Monsieur Machin et Madame Chose sont près des gens.

En plus d’avoir à endurer la crue des eaux, les pauvres sinistrés doivent servir de décor pour les bulletins de nouvelles et de toile de fond pour des politicos en manque d’exposure. Leur détresse est accessoire.

Ironiquement, les derniers qui arrivent sur place, ce sont les secours. On a été long à permettre à l’armée d’aller donner un coup de main dans des secteurs sous-marins depuis déjà plusieurs jours. Avec les pompiers et les policiers, ce sont les seules personnes qu’un résident inondé a le goût de voir sur son terrain. De l’huile de bras plus que bienvenue, alors qu’il y a tant à faire.

LE QUÉBEC, CETTE ZONE INONDABLE

J’ai eu la «chance» de vivre huit ans sur le bord d’une rivière dans une zone inondable. Une année sur deux, c’était ma petite pompe, puis la grosse pompe des pompiers. Le dernier coup d’eau que j’ai vécu aura eu raison de mon terrain, puis de ma maison. J’ai quitté avec une poche de linge et mon chien sur une pelle mécanique.

Je me suis retrouvé exproprié dans une joute interminable avec les ministères et la Ville. Demandez-moi si je trouve ça encore enchanteur une petite cabane en bordure d’un cours d’eau. Plus jamais.

On sait que ça peut arriver, que ça fait partie des risques. Mais le décor enchanteur a raison de notre raison. On peut blâmer les téméraires, peut-être. Mais les sinistrés ne le sont pas tous.

Et puis, on est au Québec. La province s’est construite autour de l’eau. Difficile d’exproprier tout le monde. Difficile de revenir en arrière.

Le Déluge nous rappelle que nous ne sommes pas à l’abri, même quand nous pensons l’être. C’est encore le cas pour bien des Québécois, en ce printemps sombre, froid, interminable. La vie est un long fleuve tranquille tant et aussi longtemps qu’il ne déborde pas.