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Le grand voyage de Philippe B.

Philippe B.
Photo 24 Heures, Ariane Labrèche Philippe B.

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Avec La grande nuit vidéo, Philippe B. offre un album cinématographique, utilisant le couple comme toile de fond sur laquelle projeter le quotidien et la fiction. Fasciné par le 7e art, le musicien nous entraîne dans l’histoire de deux protagonistes qui basculent constamment entre le banal et le grandiose.

Outre son sacre au Gala de l’ADISQ en 2014 comme auteur-compositeur de l’année pour Ornithologie, la nuit, Philippe B. est la tête pensante derrière les albums des Sœurs Boulay, d’Émile Bilodeau et l’opus Merci Serge Raggiani, d’Isabelle Boulay. Le musicien consomme toutefois plus de films que de musique, et son cinquième album témoigne d’un souci narratif et musical qui nous propulse presque dans un long métrage.

«Ça évoque autant la petite vie et les grands moments du couple, que la fiction dans laquelle ils se projettent à travers les films ou la télé. Musicalement, on retrouve aussi cette alternance-là : autant il y a des passages centrés sur l’intime, acoustiques, et des moments cinématographiques avec l’orchestre», explique-t-il.

Si la nouvelle œuvre traite de grands chamboulements, elle est à mille lieues du quotidien de Philippe B., lui qui évolue dans une relation amoureuse stable. «C’est drôle, parce que ce n’est pas né d’un élément perturbateur, mais c’est de ça dont je parle. Je suis allé fouiller dans mon passé et dans l’hypothétique, parce que pour faire de bonnes histoires, ça prend des événements traumatiques», affirme-t-il.

Cinéaste du son

 

Philippe B.
Photo 24 Heures, Ariane Labrèche

 

Souvent figées sur un instant précis, les morceaux de Philippe B. évoquent des photographies furtives, des plans fixes et songeurs. Ces images s’assemblent ici pour former le récit d’un couple, toujours composé des deux mêmes protagonistes, dont le volet féminin est incarné par la voix aérienne de Laurence Lafond-Beaulne, du duo Milk & Bone.

«Je voulais que la voix que je choisirais se fonde dans mon univers. Idéalement, j’aurais pris une fille qui n’a jamais chanté! Avec Laurence, c’est un faux gamble, parce qu’avec elle, c’était certain que ça fonctionnerait. Oui, les gens la connaissent au sein de Milk & Bone, mais de l’entendre chanter en français, ça donne l’impression qu’on la découvre et c’est ce qui était payant», souligne le musicien.

Ce choix a été fait avec la même minutie qui caractérise le travail de composition de Philippe B. depuis le tout début. «Je me sens comme un artisan, qui part toujours du même morceau de bois et qui essaie de faire mieux qu’avant», lance-t-il.

Modeste, le musicien se borne à décrire ses disques comme étant corrects, «pas pires» tout au plus. Sa motivation réside peut-être dans son regard éternellement porté vers le haut, lui qui admire profondément le travail de Leonard Cohen et de Richard Desjardins.

«Mon inspiration trouve sa source dans toute la musique qui ressemble à la mienne, mais qui est meilleure. Si je prends ce que je suis, mais que je monte la barre, je peux tu m’approcher de ça? En même temps, si je faisais une toune meilleure que Tu m’aimes-tu, je pense que je ferais une dépression. Sauf que ça risque pas d’arriver», laisse-t-il tomber, plein d’autodérision.

Il a fait sien le travail acharné qui a caractérisé Cohen sa vie durant. Sauf qu’avec cinq albums derrière la cravate, son souci d’élévation ne sert plus simplement à garder la tête hors de l’eau et Philippe B. est désormais capitaine de son propre navire.

«Une bonne chanson ne tombe pas du ciel : parfois ça vient, parfois non. Même Richard, ses tounes sont pas toutes aussi bonnes, note-t-il. C’est une affaire qui arrive par hasard. En même temps, je me sens plus en contrôle de mes outils, du quand et du comment. Je maîtrise l’environnement qui peut mener à mon propre imprévu», croit-il.

S’il a effectivement le sentiment d’avoir produit son meilleur travail, Philippe B. est pour le moment un peintre au visage trop collé sur sa fresque. Quelques pas de recul suffisent pourtant déjà pour constater que ses coups de pinceaux ont réussi à former un de ces joyeux petits accidents.

  • La grande nuit vidéo est disponible dès le 12 mai.
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