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Le roi de la poutine n’avait «plus le goût à la vie»

Ashton Leblond a souffert d’une dépression majeure après une séparation douloureuse

En dévoilant son histoire au grand jour, l’homme d’affaires Ashton Leblond espère inciter les jeunes à surmonter les obstacles pour réaliser leurs rêves. 
Photo Stevens Leblanc En dévoilant son histoire au grand jour, l’homme d’affaires Ashton Leblond espère inciter les jeunes à surmonter les obstacles pour réaliser leurs rêves. 

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À 69 ans, Ashton Leblond fait des révélations surprenantes dans sa biographie qui sera lancée mardi. On y apprend que l’homme d’affaires, qui a élevé la poutine parmi les mets préférés des Québécois, a souffert d’une dépression majeure, en 2015.

Pour la première fois, le fondateur de la chaîne Chez Ashton brise le silence. Avant d’apprendre qu’il avait le cancer de la prostate, M. Leblond a vécu péniblement la fin d’une relation amoureuse qu’il entretenait depuis une dizaine d’années.

«J’étais fatigué. J’avais travaillé fort pendant des années. Pour moi, il n’y a rien de pire que la trahison. Cela m’a porté un dur coup. J’étais K.-O. Je n’avais plus le goût à la vie», a raconté M. Leblond au Journal à la veille de la sortie officielle de son livre Ashton Leblond: Juste du vrai!, écrit par l’auteure Sonia Reid.

Ashton Leblond et l'auteure de la biographie Ashton Leblond: Juste du vrai!, Sonia Reid
Photo Stevens Leblanc
Ashton Leblond et l'auteure de la biographie Ashton Leblond: Juste du vrai!, Sonia Reid

Un secret bien gardé

L’entrepreneur qu’il était ne se reconnaissait plus. Lui, toujours combatif et prêt à repousser les limites, s’est senti vaincu.

«Je ne voulais plus voir mes amis. Je m’isolais. Ç’a duré 10 mois, jusqu’à ce que je me décide d’aller voir mon médecin», a-t-il ajouté, confiant du même souffle avoir dû recourir à des antidépresseurs pour remonter la pente.

Au bureau, seulement quelques membres de sa garde rapprochée étaient au courant. Pendant un an, il n’a pas mis les pieds dans ses restaurants. Il a été opéré pour son cancer et il s’est refait une santé physique et mentale avant de revenir. M. Leblond a déjà perdu deux membres de sa famille par suicide, un frère et une sœur, à quelques années d’intervalle.

«J’avais déjà connu des hauts et des bas, mais comme tout le monde, je m’étais repris en main sauf que cette fois, j’étais à terre.»

Une enfance malheureuse

Issu d’une famille de 18 enfants, Ashton Leblond a été élevé à la dure sur une ferme du 4e Rang de Saint-François-Xavier-de-Brompton, dans les Cantons-de-l’Est.

«J’étais très malheureux. Nous avons été des enfants battus et exploités. On a appris à travailler avant de marcher. On n’avait pas d’amour ni d’affection», a-t-il exprimé.

Son désir de fuir cette «prison» a fait en sorte qu’il a quitté l’école avant d’avoir terminé sa sixième année pour laver la vaisselle dans un restaurant pour 3 $ par jour.

En dévoilant son histoire au grand jour, l’homme d’affaires Ashton Leblond espère inciter les jeunes à surmonter les obstacles pour réaliser leurs rêves. 
Photo Stevens Leblanc

Ces souvenirs rebrassent des émotions. Bien des gens d’affaires ont été obligés de mettre un genou au sol pour mieux se relever, dit-il, mais personne ne veut se vanter de ses faiblesses.

«On garde ça secret. On n’a jamais le droit d’avoir un air battu. Comme propriétaire d’entreprise, on doit toujours être positif et de bonne humeur, mais on est humain. Pour ma part, je trouve ça libérateur de le dire.»

Le décès de son ami Guy Drouin, fondateur du Village Vacances Valcartier, l’an dernier, l’a ébranlé.

«J’ai trouvé ça pénible regarder dans le rétroviseur, car, quand je suis parti de la maison à 15 ans, j’ai fermé la porte sur mon enfance», a ajouté M. Leblond qui a appris à combattre ses vieux démons.

Chez Ashton n’a pas écrit le dernier chapitre de son histoire

La réflexion d’Ashton Leblond sur la succession de son entreprise se poursuit. Le fondateur compte rester en selle au moins jusqu’en 2019, ce qui correspond au 50e anniversaire de la chaîne.

M. Leblond a déjà refusé des offres d’achat, notamment du Groupe MTY de Montréal.

«On a vécu la fin de Jardin Mobile qui a été vendue à un groupe et l’on voit ce que c’est devenu aujourd’hui. Je veux que ce soit mon personnel qui reprenne les rênes de l’entreprise. Il l’opère déjà comme si elle leur appartenait. Ils sont capables de maintenir ce qui est bâti et de le faire grandir», a partagé l’homme d’affaires.

En dévoilant son histoire au grand jour, l’homme d’affaires Ashton Leblond espère inciter les jeunes à surmonter les obstacles pour réaliser leurs rêves. 
Photo Stevens Leblanc

Le respect des employés est ce qu’il y a de plus important à ses yeux et il souhaite la continuité à ce chapitre.

D’ailleurs, au cours de sa carrière, il n’a élevé la voix qu’une seule fois envers une employée et il l’a aussitôt regretté.

Expansion à venir

À deux reprises, dans les années 1980, M. Leblond a tenté de percer le marché de Montréal, mais sans succès.

«Je suis capable de dire que j’ai mal choisi mes emplacements. J’aurai dû viser davantage le sud de Montréal. Dans les années qui ont suivi, ça ne me tentait plus. J’ai préféré me concentrer à Québec.»

L’expansion de la chaîne n’est pas terminée. M. Leblond laisse toutefois à ses successeurs le soin de définir les stratégies.

Au cours des derniers mois, l’entreprise a acheté un entrepôt dans le parc industriel de Vanier pour y aménager une cuisine centrale et une usine de transformation de pommes de terre pour un investissement total de 5 M$.

CHEZ ASHTON

  • Fondateur : Ashton Leblond (7 mars 1948)
  • 1965 : arrivée à Québec avec 20 $ en poche pour travailler dans les cuisines du Collège de Champigny.
  • 1969 : achat de la roulotte Chez Laurette, sur le boul. Hamel (en face du restaurant de L’Ancienne-Lorette).
  • 1972 : introduction de la poutine au menu. Il faudra six ans avant que le public l’adopte définitivement.
  • L’entreprise compte 25 établissements.
  • Chaque année, Chez Ashton utilise 4 millions de livres de patates et 617 000 livres de fromage en grains.

Source: Ashton Leblond, Juste du vrai! (Les Éditions Le Dauphin Blanc)