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Pont rouillé, ministère pourri

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Comme ça, d’un claquement de doigts, l’excellent ministère des Transports a fermé le pont Dubuc aux camions lourds. Un détour obligatoire d’une cinquantaine de kilomètres, question de bien ralentir l’économie en général et le quotidien des camionneurs en particulier.

On peut dire un gros bravo sarcastique. La décision a quand même été prise alors que les travaux de l’Assemblée nationale sont suspendus. Il fallait laisser aux politiciens tout le temps nécessaire pour aller prendre des selfies en bottes à tuyau à l’autre bout de la province...

Ce sera par contre les seules félicitations. Il est inacceptable et indigne d’être à la merci de fonctionnaires et d’ingénieurs qui ne sont pas en mesure de nous donner l’heure juste sur l’état et la sécurité de nos infrastructures.

TANT QU’IL N’Y A PAS DE MORTS...

L’état plus que délabré du pont Dubuc doit nous faire réfléchir. À tous ces ponts et toutes ces routes que nous tenons pour acquises. Au fait qu’on les regarde seulement après une tragédie ou, justement, pendant des travaux. Et là, on réalise l’état de ce qu’on voit. Et on craint l’état de ce qu’on ne voit pas.

Une sérieuse réflexion doit aussi être faite sur un ministère qui a déjà vu un viaduc s’affaisser pour entraîner des Québécois dans la mort. C’est ce que ça avait pris à l’époque pour que le pire ministè­re du gouvernement s’intéresse à l’état de nos routes et à ce qui les tient en place. Quelques années plus tard, ont-ils déjà oublié les leçons importantes de cette catastrophe?

J’imagine qu’on doit s’estimer chanceux que des travaux aient été nécessaires. Mais partout où les ponts et les viaducs ne paraissent pas trop mal de l’extérieur, aurons-nous la même «chance»?

Pour le pont Dubuc, le ministère n’était pas au courant de l’état réel du pont. Un défaut de conception. De l’eau s’étant infiltrée à l’intérieur, la rouille s’est installée sans qu’on sache vraiment depuis quand ni comment. À l’image du MTQ, quoi. Pour l’étendue des dommages, les coûts et la durée des travaux? Il faudra attendre. Probablement longtemps.

EXIGER PLUS POUR AVOIR PLUS

Le maire Tremblay s’est dit lui aussi surpris de l’état réel du pont Dubuc. Qu’il aurait été bien choqué si ç’avait été sa responsabilité. Sur le fond, il a raison. Mais ça reste une façon peu habile de s’en laver les mains.

Parce qu’on va se le dire, l’état des routes à Saguenay donne des impressions de lendemain de bombardement. Et si c’est comme ça au-dessus, on est en droit de se questionner sur l’état en dessous.

L’aventure du pont Dubuc devrait nous servir de leçon. Pour qu’on soit plus exigeants avec nos élus sur ce qui est vraiment important, même si ce n’est pas sexy dans un programme électoral. Et ça, avant les ministères et les élus, c’est notre responsabilité.

L’inertie du ministère des Transports, au fond, n’est qu’un reflet de la nôtre. Notre démocratie prend la rouille et ça devrait être notre plus grande inquiétude.