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135 Québécois floués en achetant des dinars irakiens

On leur faisait croire que la valeur de la devise allait augmenter, mais ils ont tout perdu

Selon une poursuite civile, les fraudeurs allégués auraient vendu des dinars aux Québécois en leur faisant miroiter que la devise irakienne allait s’apprécier lorsque le pays sortirait de l’instabilité politique. Mais l’Irak est plutôt plongé dans la guerre depuis au moins 15 ans.
Photo AFP Selon une poursuite civile, les fraudeurs allégués auraient vendu des dinars aux Québécois en leur faisant miroiter que la devise irakienne allait s’apprécier lorsque le pays sortirait de l’instabilité politique. Mais l’Irak est plutôt plongé dans la guerre depuis au moins 15 ans.

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Au moins 135 Québécois se seraient fait flouer en achetant de la monnaie irakienne à un groupe d’individus qui fait l’objet d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Les investisseurs se seraient fait promettre des rendements mirobolants et rapides atteignant 1000 % sur les dinars irakiens. Plusieurs, qui pensaient devenir riches, sont maintenant ruinés. C’est le cas de Jacques Latulippe, un retraité qui dit avoir perdu plus de 100 000 $.

L’affaire a pris un tournant dramatique lorsqu’un des individus suspectés par l’AMF, un chiropraticien bien en vue de Drummondville, s’est suicidé en novembre 2015. Le Dr Luc Roberge s’est enlevé la vie en se pendant dans sa clinique.

<b>Luc Roberge</b></br>
<i>Chiropraticien</i>
Photo courtoisie
Luc Roberge
Chiropraticien

Selon nos informations, d'autres personnes sont dans la mire de l’AMF. Elles sont liées à une ordonnance de blocage sur des fonds entreposés chez un avocat :

  • Un courtier immobilier de Saint-Constant, Nicolas De Smet, a dû s’engager à ne pas exercer d’activités de conseiller.
  • Un individu du nom de Daniel Kaufmann, qui a comme alias René Desmarais.
  • Un avocat de Montréal, Jean-Paul Gagnon, qui doit conserver des sommes versées dans son compte en fidéicommis.

Progrès dans l’enquête

«Les nouveaux noms qui se sont ajoutés découlent de la progression de notre enquête dans le dossier initial [...]. Je ne peux en dire plus toutefois pour des raisons de confidentialité d’enquête», nous a écrit le porte-parole de l’AMF, Sylvain Théberge, il y a quelques semaines.

Selon les documents, l’AMF «a toujours des raisons de croire que l’argent bloqué [appartenant à ces individus] est relié à des formes d’investissement [...] reliées à une devise étrangère, soit le dinar irakien».

«Des investisseurs étaient amenés à investir des sommes devant servir à l’achat de dinars par l’intermédiaire de [...] trois individus [Roberge, Kaufmann et De Smet], qui ne détiennent aucune inscription auprès de l’Autorité», affirme l’AMF.

Poursuite civile

Une poursuite civile de 2015 lève le voile sur un modus operandi allégué. Selon la poursuite, deux investisseurs, Jean-Luc Boutin et sa conjointe, Ying Yuan, se sont fait monter un véritable bateau par Roberge pour acheter des dinars irakiens.

Il aurait ensuite multiplié les excuses pour ne pas leur remettre les dinars et expliquer l’absence de réévaluation. L’Irak a été dirigé par le dictateur Saddam Hussein jusqu’en 2003, moment où les Américains ont envahi le pays. Le pays est en proie, depuis, à une instabilité chronique. Le groupe terroriste État islamique a notamment conquis la deuxième ville du pays, Mossoul, en 2014.

Extrait de la poursuite

« Une recherche permet de conclure à une vaste fraude internationale de type pyramidal relativement aux transactions à l’égard des dinars. »

(Aucune accusation formelle de fraude n’a encore été portée)

 

Il a perdu plus de 100 000 $

Jacques Latulippe dit avoir perdu l’essentiel de ses économies pour la retraite dans l’achat de dinars irakiens. Il pensait qu’ils le rendraient riche à craquer.
Photo Stevens LeBlanc
Jacques Latulippe dit avoir perdu l’essentiel de ses économies pour la retraite dans l’achat de dinars irakiens. Il pensait qu’ils le rendraient riche à craquer.

Un entrepreneur de Québec dans le textile de 76 ans dit avoir perdu l’essentiel de ses économies, soit plus de 100 000 $, dans l’achat de dinars.

«Le Dr Roberge me disait qu’il était en contact avec un général présent dans la zone verte de Bagdad qui avait reçu de l’information privilégiée», a raconté Jacques Latulippe.

Celui-ci nous a raconté s’être fait promettre un rendement rapide de 1000 % par le Dr Roberge s’il achetait.

«Je ne dors plus la nuit, j’ai perdu tellement d’argent», dit-il.

La fortune

Une certaine Carol Hudson, établie en Floride, lui a été donnée comme la personne ressource pour les transactions, selon son témoignage.

Son nom figure aussi dans la poursuite de 2015.

Celle-ci n’a pas retourné nos appels. Un avocat floridien, Larry Wrenn, est également nommé dans les documents de 2015.

Il a été arrêté en 2013 dans une affaire de fraude présumée.

Selon Jacques Latulippe, le Dr Roberge aurait réuni une quarantaine d’investisseurs en juin 2012.

«Il nous a fait signer un papier comme quoi il fallait payer des frais d’avocat et que c’était imminent qu’on allait recevoir notre argent. On a tous réinvesti à ce moment-là. On se pensait riches», a-t-il dit.

M. Latulippe a aussi dit que le Dr Roberge avait imité sa signature dans certains documents retrouvés.