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De gars de construction à musicien au Moyen-Orient

Incapable de percer au Québec, il gagne bien sa vie en vivant son rêve à Abou Dhabi

Jessy Alves Cloutier a sauté dans l'avion sans jamais regarder derrière lui, il y a quatre ans, pour réaliser son rêve de vivre de sa musique.
Photo courtoisie Jessy Alves Cloutier a sauté dans l'avion sans jamais regarder derrière lui, il y a quatre ans, pour réaliser son rêve de vivre de sa musique.

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Jessy Alves Cloutier était prêt. Ses cartes de visite déjà imprimées, le jeune homme de Terrebonne allait renoncer à son rêve d’être musicien pour couler du ciment à temps plein, quand un agent lui a proposé d’aller jouer de la guitare dans un club du Moyen-Orient.

«J’ai tenté le tout pour le tout et j’ai sauté dans l’avion. C’est l’un des meilleurs choix de ma vie», se réjouit quatre ans plus tard Jessy Alves Cloutier, dans son appartement d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis.

Six soirs par semaine, le guitariste de 26 ans monte sur scène avec son groupe Aftershock­­ pour jouer les succès pop et classiques rock à l’Exchange Club, situé derrière le luxueux hôtel quatre étoiles Le Méridien, au bord de la plage.

Il est payé 2200 $ US par mois, en plus d’une allocation mensuelle de 300 $ pour la nourriture. Un très bon salaire étant donné qu’il n’a pas à payer de loyer – et les loyers coûtent très cher. Il est en effet logé gratuitement dans un appartement qu’il partage avec trois autres musiciens­­.

Sacrifices

Pourtant, le musicien s’était résigné à suivre les traces de son père et à lancer sa propre compagnie de cimentier. Il travaillait aussi à temps partiel comme commis à la SAQ.

Après des études en musique, il avait tenté de percer au Québec avec un groupe hard rock, mais sans succès. Ils ont participé à des concours et fait des spectacles dans les bars, mais la musique n’était pas rentable, explique­­-t-il.

Contrairement au Moyen-Orient, certains tenanciers ne payaient non seulement pas de cachet, mais réclamaient même un montant pour qu’ils montent sur scène.

S’il est «beaucoup plus heureux et accompli», Jessy Alves Cloutier a dû faire des sacrifices en quittant le Québec.

Le plus dur aura été de mettre fin à une relation­­ qui durait depuis six ans avec sa conjointe de l’époque. La distance et le train de vie occupé du musicien les ont menés à rompre.

On le voit avec son groupe à l’Exchange Club d’Abou Dhabi où il se produit 6 soirs par semaine.
Photo courtoisie
On le voit avec son groupe à l’Exchange Club d’Abou Dhabi où il se produit 6 soirs par semaine.

Puis, il ne voit sa famille qu’à travers l’écran de son ordinateur pendant les conversations Skype, qui lui permettent de garder contact avec ses parents, ainsi que son frère et sa sœur. «Ça fait peur au monde 15 heures d’avion pour venir dans le désert. Mon père préfère aller à Cuba», lance-t-il en riant.

L’été toute l’année

S’il y a bien une chose du Québec dont il ne s’ennuie pas, c’est l’hiver. À Abou Dhabi, le mercure ne descend même pas sous les 20 °C l’hiver et peut grimper jusqu’à 50 °C l’été.

«Tu cuis sur la plage en plein après-midi», décrit-il, ajoutant qu’il ne pleut qu’environ 10 jours par an.

Dans la capitale des Émirats arabes unis, il aime jogger le long du golfe Persique, se promener à dos de chameau dans le désert ou rouler en Jeep sur les dunes.

Il a aussi un mois de vacances chaque année, lors du ramadan. Pendant ce mois de jeûne, les clubs ferment.

Ce printemps, il compte en profiter pour s’envoler en Indonésie et relaxer à Bali.

 

Pas une vie typique de rockstar

Même s’il joue les rockstars sur scène, Jessy­­ Alves Cloutier assure­­ qu’il mène un train de vie beaucoup plus rangé, loin des tentations du métier.

«J’ai appris à mettre de l’ordre dans ma vie pour être capable de faire­­ cette job-là à long terme et garder une bonne­­ santé», explique l’homme de 26 ans.

Une journée typique: il se lève à 14 h, s’entraîne de 15 h à 17 h, puis répète avec son groupe de 18 h à 20 h. Ils montent sur scène de 22 h 30 à 3 h. Enfin, il va au lit autour de 6 h.

Durant ses deux premières années­­ dans les clubs, il buvait beaucoup plus d’alcool, confie-t-il. Pour des musiciens comme­ lui qui choisissent de partir «à l’autre bout du monde», c’est facile de tomber dans les excès.

C’est pourquoi il va au gym chaque jour, en plus des longues répétitions avec son groupe. Si Selena­­ Gomez ou Coldplay ont un nouveau hit, ils doivent pouvoir le jouer rapidement pour combler les foules.

Pays musulman

L’appel à la prière qu’il entend dans les haut-parleurs de la capitale plusieurs fois par jour lui rappelle aussi qu’il vit dans un pays musulman, bien différent du Québec.

À Abou Dhabi, toutes les femmes ne sont pas voilées et l’on voit souvent des minijupes, par exemple, au centre commercial. Par contre, poursuit-il, ce serait très mal vu de tenir la main d’une femme en public, encore moins de l’embrasser. «Les hommes n’auront pas peur de te le rappeler», dit-il.

Jessy Alves Cloutier se concentre ainsi sur sa carrière. S’il réalise son rêve de gagner sa vie avec sa guitare, il caresse aussi d’autres ambitions. Il aimerait accompagner en tournée de grands artistes­­, que ce soit de retour­­ chez lui ou ailleurs dans le monde.