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Plaidoyer pour un train de banlieue à Québec

L’architecte Érick Rivard va faire la promotion de ce projet auprès des élus et des autres membres du comité consultatif sur le transport collectif

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Érick Rivard ne voit pas le train de banlieue comme une «solution de remplacement» au SRB, mais comme un complément afin de permettre aux citoyens de se déplacer vers d’autres pôles d’emploi qui sont déjà situés à distance de marche d’une voie ferrée. 

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De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la mise en place d’un train de banlieue à Québec, un projet porteur, selon l’architecte Érick Rivard, qui a la ferme intention de le mousser au sein du comité sur la mobilité durable.

Nommé à ce comité consultatif par le maire Régis Labeaume, qui connaît ses intentions, M. Rivard entend profiter de la chance qu’on lui offre pour faire germer cette idée et vider la question qui n’a jamais vraiment fait l’objet d’études approfondies.

M. Rivard prône l’utilisation des rails existants pour desservir des pôles importants comme le ministère du Revenu, le Parc technologique, le centre commercial Place Fleur de Lys, l’amphithéâtre, le Cégep Limoilou et divers lieux achalandés en ville tout près de la gare du Palais.

«Entre la gare de Sainte-Foy et la gare du Palais, il n’y a qu’un seul passage à niveau, ce n’est quand même pas banal, insiste-t-il en entrevue. Ce train-là, à toutes fins pratiques, il n’est jamais freiné, il n’est jamais dans le trafic, il n’enlève pas de voie de circulation aux automobiles. Tout le reste, ce sont des traverses sécurisées avec des viaducs, donc il y a vraiment une belle opportunité et il faut réfléchir là-dessus», plaide-t-il.

En mars 2016, dans un billet publié sur monlimoilou.com, ce designer urbain se dé­solait que le maire rejette l’idée d’aménager une gare à proximité du Centre Vidéotron, comme le réclamait Michel Granger de Québecor. Le contexte a changé avec l’abandon du projet de SRB Québec-Lévis. Au micro du FM93 mercredi, M. Labeaume se disait dé­sormais «très ouvert» à un train de banlieue.

Un levier de négociation avec le CN ?

Même si le maire a fermé la porte à tout projet de transport collectif interrives pour l’instant, M. Rivard maintient qu’il faudra étudier, un jour ou l’autre, l’option d’un train de banlieue qui emprunterait le pont de Québec jusqu’à la gare de Charny et, ultimement, jusqu’à Saint-Rédempteur. Il croit même que cela donnerait un levier de négociation aux gouvernements avec le CN pour régler définitivement le problème de peinture du pont.

«Si les secteurs publics sont appelés à intervenir [financièrement] dans ce dossier, ce n’est pas normal qu’on n’obtienne rien en retour. Un des trucs qu’on pourrait obtenir, ce sont des heures prioritaires d’utilisation de la voie ferrée» pour les trains de passagers.

Parcs industriels mieux desservis

Un autre membre du comité consultatif, l’homme d’affaires Pierre Dolbec (Corporation des parcs industriels de Québec), croit qu’un train pourrait régler en partie les problèmes de mobilité pour de nombreux ouvriers. «Le train de banlieue, je l’ai vécu [à Montréal], ça fonctionne excessivement bien dans l’ouest et je pense que c’est une des composantes qui peut faire partie de l’équation.»

Le train de Charlevoix jusqu’à la gare du Palais ?

Le train léger du Réseau Charlevoix, qui relie Baie-Saint-Paul au parc de la Chute-Montmorency, pourrait se rendre un jour jusqu’au secteur D’Estimauville ou même à la gare du Palais, rêvent des élus et gens d’affaires de la Côte-de-Beaupré.

«Nous, c’est un projet qu’on travaille avec nos partenaires à la Ville de Québec, à la CMQ et au RTC depuis plus de deux ans maintenant. On est sur un plan à long terme d’investissement pour réussir à mettre le plus possible de citoyens à bord du train», confie Bernard Paré, directeur de Développement Côte-de-Beaupré, l’organisme qui a remplacé le défunt CLD (Centre local de développement).

«L’idée, à long terme, c’est de faire en sorte que le train de Charlevoix ait une base d’affaires plus élargie, pas juste la clientèle touristique, mais aussi des travailleurs et des étudiants. Les élus de la Côte-de-Beaupré ne s’en sont jamais cachés et voient dans le train un outil de développement de notre territoire», a-t-il expliqué en entrevue.

Revoir les plans

L’objectif visé, jusqu’à tout récemment, consistait à prolonger le tracé du train jusqu’au pôle d’échange d’un futur service rapide par bus (SRB) dans le secteur D’Estimauville. Des discussions formelles ont eu lieu avec le Bureau de projet du SRB. L’abandon du projet force M. Paré et ses partenaires à revoir leurs plans à court terme. «Tout ça va être à rebrasser avec les projets à venir.»

Un train 12 mois par année

Le train de Charlevoix est en fonction de juin à novembre. M. Paré aimerait le voir sur les rails à l’année, surtout si le projet de Club Med au Massif voit le jour. L’ajout d’une gare à Château-Richer ou à L’Ange-Gardien est également dans les plans à plus long terme.

Chose certaine, avant de se rendre à D’Estimauville ou à la gare du Palais, des investissements seront nécessaires afin de sécuriser les passages à niveau dans le quartier Montmorency.

«Les maisons sont très près de la voie. Il faut prendre le temps de bien faire les choses.»

Selon Rivard et dolbec - Pas une seule solution pour régler la congestion

Un train de banlieue ne résoudra jamais à lui seul tous les problèmes de congestion à Québec, conviennent l’architecte Érick Rivard et l’homme d’affaires Pierre Dolbec.

Les deux hommes, qui siègent au comité consultatif sur la mobilité, entendent promouvoir ce moyen de transport collectif tout en étant conscients de ses limites.

«Ça ne passera pas par une seule solution, c’est impossible», insiste M. Dolbec, qui est également maire de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

«Il faut bricoler une solution sur mesure pour Québec. Toutes les villes en Amérique du Nord ont le même défi. Si la solution passe par trois moyens, il faut mettre en place trois moyens. Il ne faut pas penser qu’une seule solution va régler tous les problèmes», a nuancé M. Rivard en entrevue.

Aucune étude de faisabilité - Le CN refuse de commenter un projet hypothétique

Souvent perçu, à tort ou non, comme un obstacle à la réalisation d’un train de banlieue sur les rails qui lui appartiennent, le Canadien National (CN) s’est refusé à tout commentaire lorsque Le Journal l’a approché pour évaluer son niveau d’ouverture.

«Nous n’avons jamais reçu de demande de la part des autorités compétentes pour un train de banlieue dans la région de Québec. Dans l’absence d’une étude de faisabilité, je ne peux commenter cette idée», a indiqué succinctement par courriel le porte-parole du CN, Jonathan Abecassis, en réponse à notre longue série de questions.

L’architecte Érick Rivard maintient que cet enjeu est souvent évoqué en coulisses. «Aussitôt qu’on arrive près du CN, tout le monde nous dit que c’est impénétrable, c’est comme le dossier du pont de Québec.»