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Médecin diplômé à l’étranger et sans travail au Québec

Arrivé au pays il y a 7 ans, un physiatre algérien ne peut toujours pas exercer

Quebec
Photo Stevens LeBlanc « Il en coûte des milliers de dollars pour former un médecin spécialiste au Québec, alors que des centaines de médecins formés à l’étranger seraient aptes à exercer ici », soulève Noureddine Soual qui détient un diplôme de médecin spécialisé en réadaptation physique, obtenu après douze années de formation universitaire.

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Arrivé au Québec il y a sept ans, un physiatre algérien désespère d’exercer un jour la médecine en sol québécois, alors que les délais dans cette spécialité s’étirent sur des mois pour les patients.

«Je savais que ce ne serait pas facile d’obtenir mon permis d’exercice, mais je ne pensais pas me heurter à un mur. Même quand on franchit les obstacles, il se dresse de nouvelles embûches. On n’est pas préparé à cela», critique Noureddine Soual.

Cet Algérien de 41 ans détient un diplôme de médecin spécialisé en réadaptation physique, obtenu après douze années de formation universitaire. Comme ce diplôme algérien ne lui permet pas de pratiquer ici. M. Soual travaille comme chef thérapeute dans une clinique chiropratique du secteur Cap-Rouge, à Québec.

Premier revers

Il a connu un premier revers en décembre 2013, après avoir échoué à l’examen d’évaluation du Conseil médical du Canada. «Je travaillais à temps plein pour faire vivre ma famille. Je me suis rendu compte que j’étais mal préparé. J’ai renoncé à repasser l’examen, car il aurait fallu que je débourse à nouveau 1600 $, sans aucune garantie que j’obtiendrais par la suite une place dans une faculté de médecine au programme de résidence», explique M. Soual, qui a trois jeunes enfants.

Selon lui, des médecins diplômés hors Canada et États-Unis qui ont réussi l’examen d’équivalence attendent depuis quatre ou cinq ans d’être admis au programme de résidence, autre étape obligatoire pour l’obtention d’un permis d’exercice au Québec.

«Une deuxième condition est d’avoir travaillé au moins un an en spécialité dans les deux dernières années. Or, le processus est tellement long qu’on ne se qualifie plus!» s’exaspère M. Soual.

Aucune garantie

L’autre voie offerte aux médecins diplômés hors Canada et États-Unis est de reprendre ses études en médecine à partir de l’externat (3e année de médecine). «Le problème, c’est que le nombre de places est très limité et qu’il n’y a pas de garantie d’un poste à la clé. On voit une fois de plus la porte se refermer», dit-il.

«Comme je ne voulais pas rester les bras croisés, j’ai postulé à l’Université de Montréal, en sciences infirmières, mais c’était trop contingenté. J’ai contacté l’Ordre des physiothérapeutes du Québec pour obtenir une équivalence. On m’a dit que je devais tout refaire. J’en avais les larmes aux yeux», confie M. Soual.

Médecins diplômés hors Canada et États-Unis

  • 40 permis restrictifs accordés en 2016 et en 2014
  • 15 % d’échecs au stage d’évaluation de 13 semaines
  • 90 candidats parvenus à l’obtention du permis régulier en 2016
  • 53 candidats en 2015
  • 28 demandes de permis en vertu de l’entente France-Québec, en 2016
  • 53 demandes en 2015
  • 41 candidats sur 126 admis à ce jour dans un programme de résidence en 2017
  • 51 candidats en 2016
  • 52 candidats en 2015

Une partie des médecins diplômés à l’étranger se qualifient

En 2016, 130 médecins diplômés hors Canada et États-Unis ont franchi toutes les étapes conduisant à un permis d’exercice régulier ou restrictif au Québec, un nombre qui se compare aux deux années précédentes, selon les données du Collège des médecins.

Bon an, mal an, entre 250 et 280 médecins étrangers s’installent au Québec. Recrutement santé Québec-médecins reçoit pour sa part près de 400 demandes par année de permis restrictif. Très peu ont un dossier conforme, selon le ministère de la Santé, de sorte qu’une quarantaine de permis seront accordés.

Une partie seulement de ceux qui viennent tenter leur chance ici, se rendront au bout du processus. «Plusieurs quittent pour d’autres provinces, tandis que certains retournent dans leur pays. Dans certains cas, on va suggérer une réorientation professionnelle. Il y a peut-être un peu de protectionnisme de la part des ordres professionnels», analyse Guy Trottier, coordonnateur au Cédis, le Centre d’évaluation des diplômés internationaux en santé.

Gain

Cette année, environ le tiers des 126 candidats ayant postulé dans une des quatre facultés de médecine québécoises ont été admis dans un programme postdoctoral de résidence, en vue d’obtenir leur permis d’exercer.

«C’est un bel effort, selon nous. C’est le taux le plus élevé depuis que ces données existent. Auparavant, nous étions à moins de 20 % d’admissions en résidence. La moyenne canadienne est de 22,4 %. Il reste encore des places libres», souligne le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec et le recteur élu de l’Université de Sherbrooke, le Dr Pierre Cossette.

« Discrimination »

Par ailleurs, tout au plus une douzaine de candidats par an sont admis au programme d’externat, en troisième année de formation en médecine. En 2010, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait statué que les universités québécoises faisaient preuve de «discrimination» à l’endroit des médecins diplômés hors Canada et États-Unis (DHCEU).

Le Dr Pierre Cossette assure que ces derniers sont traités sur le même pied que les candidats formés au Québec. «Depuis 2010, on a accentué plusieurs choses et clarifié nos critères de sélection pour faire reconnaître ces candidats», précise-t-il.