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Récit épique de nos héros méconnus

Alain Stanké
Photo courtoisie Alain Stanké

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L’écrivain et journaliste Alain Stanké montre avec Jean-Louis Morgan, coauteur, le parcours incroyable de deux héros de guerre méconnus, Lucien Dumais et Raymond Labrosse, dans un nouveau récit palpitant, digne des meilleurs romans d’action, Le réseau Shelburne. Le livre est préfacé par Jane Birkin, dont le père était membre du réseau.

Dans ce document d’exception, basé sur des recherches et des témoignages rares, Alain Stanké et Jean-Louis Morgan décrivent le parcours incroyable des Canadiens francophones qui firent exfiltrer, au péril de leur vie, 307 agents dans la France occupée par les Allemands, entre 1942 et 1944.

Ces «étrangers de l’ombre», membres du réseau secret Shelburne, ont aidé les résistants français à s’approvisionner en armes et en faux papiers, les ont aidés à faire des actes de sabotage, et ont assuré les communications avec les Alliés. Ils ont également permis aux aviateurs dont les appareils s’étaient écrasés en territoire occupé de rentrer au pays, par toutes sortes de moyens.

Alain Stanké, né en Lituanie en 1934 et installé au Québec depuis 1951, a lui-même vécu l’horreur des camps de concentration à l’âge de 10 ans. Il s’est passionné pour la vie de ces héros canadiens francophones qui appartenaient au Special Operations Executive (SOE) et au 9e Bureau militaire britannique, et qui opéraient au cœur du réseau secret Shelburne.

«Quand j’ai entendu parler de cette histoire, je pensais que c’était une légende. Mais ça m’a tellement emballé! J’ai commencé à fouiller, fouiller... et la réalité dépassait vraiment la fiction!» commente-t-il en entrevue téléphonique. «Je me suis dit: je vais faire connaître ces gens qui sont tombés dans l’oubli complètement, malheureusement. Ce sont des héros qui méritaient vraiment d’être connus et reconnus. Alors, j’ai vendu l’idée à Radio-Canada et à mon éditeur pour qu’ils m’aident à accomplir cette mission.»

« Prouesses inimaginables »

Alain Stanké fait remarquer qu’au cours des dernières années, la société a versé dans la glorification des vedettes, des conquérants du business. «Aujourd’hui, on n’entend plus parler de ces hommes qui, par amour des autres et au prix d’énormes sacrifices, ont risqué leur propre vie pour que la liberté triomphe dans le monde. Ils ont fait des prouesses inimaginables. J’ai pensé que si on racontait cette histoire aux gens et qu’on ne leur disait pas que c’était vrai, ils penseraient que le scénariste a beaucoup d’imagination!»

Il rappelle que les membres du réseau n’avaient pas de moyens technologiques, pas de walkies-talkies, qu’ils devaient se méfier de tout. Certains aviateurs faisaient semblant d’être sourds et muets pour échapper aux contrôles des Allemands dans les trains.

Dumais et Labrosse n’ont pas souvent témoigné de leur expérience. «Ils sont restés dans l’ombre, c’est ça qui est absolument exceptionnel. Pour eux, ils ont fait leur devoir et ne se vantaient de rien. Dumais, c’était un gars exceptionnel qui avait beaucoup d’imagination. Il a été dans la clandestinité tout le temps.» Du vrai James Bond! «Guy Hamilton, qui aidait Birkin, est devenu à la suite de ça réalisateur des James Bond!» note M. Stanké avec amusement.

À la télé

Un documentaire consacré à ce récit et réalisé par Alain Stanké, As-tu vu Alphonse?, sera diffusé ce mois-ci à 1001 vies à ICI Radio-Canada Télé et aux Grands Reportages à RDI. Jane Birkin ne cesse de lui répéter de faire un long métrage sur le sujet. «Il y aurait tellement à dire. C’est tellement fabuleux, tellement extraordinaire, cette histoire! Je le vois, le long métrage, dans ma tête...»


 En librairie le 9 juin.


 Alain Stanké et Jean-Louis Morgan, Le réseau Shelburne, Ces héros québécois méconnus, préface de Jane Birkin. Éditions L’Archipel, 272 pages.


 Alain Stanké raconte ses souvenirs de camps de concentration dans Des barbelés dans ma mémoire, publié à l’Archipel en 2004.


 Il a aussi signé avec Jean-Louis Morgan Histoires vécues du Débarquement, publié à l’Archipel en 2014.

 

Extrait

Alain Stanké et Jean-Louis Morgan<br />
Le réseau Shelburne <br />
Éditions L’Archipel<br />
Environ 272 pages
Photo courtoisie
Alain Stanké et Jean-Louis Morgan
Le réseau Shelburne
Éditions L’Archipel
Environ 272 pages

« En une douzaine de minutes, seize aviateurs et trois résistants français embarquèrent dans les baleinières, qui laissèrent six valises enveloppées de toile imperméable à l’équipe Shelburne, trempée jusqu’aux os. Les hommes se chargèrent de remonter, non sans difficulté, les bagages jusqu’à la Maison d’Alphonse, où tout le monde se réchauffa à grandes lampées de café-cognac. Pendant ce temps, Mike Marshall avait embarqué ses passagers et ses hommes grâce aux filets de sauvetage, puis levé l’ancre et démarré le moteur central. Puis il stoppa, fit ranger filets et canots. Ce n’est qu’après avoir mis le cap sur le Grand Léjon, dont la tourelle les protégeait des balayages radar allemands, qu’il ordonna de mettre en route les deux autres moteurs pour filer vers Dartmouth.»

— Alain Stanké et Jean-Louis Morgan, Le réseau Shelburne