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Cher Patrick (à propos des milléniaux...)

Cher Patrick (à propos des milléniaux...)
Montage Philippe Melbourne Dufour

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Cher Patrick,

On se connait depuis longtemps, toi et moi. Plus de 20 ans, je pense. Même si j’ai grisonné plus vite, je suis à peine plus vieux que toi et on a souvent travaillé ensemble.

Je t’ai connu à tes débuts : jeune, fringant, talentueux et disons-le, baveux. Tu n’hésitais jamais à remettre en question les «vieux» journalistes, bien enfoncés dans leurs pantoufles. Tu as voulu faire les choses différemment. Ça t’a valu des jalousies et des frictions avec tes collègues et, parfois, avec tes patrons. Avec ton blogue chez Canoë, il y a une douzaine d’années, tu as amené à un autre niveau l’interaction entre un journaliste et ses lecteurs. Tu te souviens de cette première fois où un de tes billets avait généré plus de 100 commentaires ? T’étais pas mal fier. Avec raison. Bref, Patrick, à ta façon, tu étais un peu comme ces milléniaux qui semblent tant te taper sur les nerfs aujourd’hui. Tu innovais, tu repoussais les limites et oui, tu faisais chier les plus vieux.

Ton texte a fait jaser pas mal. Je l’ai vu passer ad nauseam dans mon fil d’actualités Facebook. Plusieurs de mes estimés collègues, plus âgés, m’ont dit : «Tu liras Lagacé, il est right on à matin». Ça m’a pris du temps pour te lire. Parce que comme beaucoup de milléniaux, je n’utilise pas vraiment de tablette, donc pas de Presse+ ;). Mais là, je viens finalement de cliquer sur un lien partagé sur Facebook et de finir ton texte...
En gros, tu accuses les milléniaux de penser qu’ils sont spéciaux, brillants, géniaux, etc. Même si tu sers dès le départ une mise en garde («Je n’ai rien de particulier contre ta génération»), le reste de ton texte n’est qu’une enfilade de reproches que tu adresses à l’ensemble d’une génération, en réponse aux propos tenus par quatre d’entre eux. Ça sonne un peu comme un sermon. On sent que tu veux leur apprendre des choses sur la vie. Comme le font les mononcles, Patrick.

Tu as touché quelque chose, c’est certain. Tu t’attaques à la génération qui dérange. Un classique. Et ça marche. Parce qu’on est toujours content quand quelqu’un prend le clavier pour «planter» ceux qui nous agacent.

Pour tout dire, j’en ai rencontré des milléniaux comme ceux que tu décris, des solutions creators, des parvenus qui réussissent à s’insérer et à se faufiler dans les entreprises à coups de phrases creuses et de concepts marketing bidons. Ben oui, je les ai croisés aussi, ces milléniaux-là. Comme j’en ai croisés des pareils, mais plus vieux, des «peddlers». Ça ne date pas d’hier, les vendeurs de vent, les pelleteux de nuages, les enfirouapeurs et les paresseux.
Comme disait si bien Brassens, «le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con...» Tu connais la suite.

Le problème, Patrick, c’est que tu nous fais croire qu’ils se croient tous comme ça, meilleurs que les autres. Cette génération est pas mal plus complexe et diversifiée que voudraient nous le faire croire les génies du marketing de NOTRE génération.

Car vois-tu, travailler avec et pour les milléniaux, c’est devenu mon quotidien. Non seulement au moins deux de mes trois enfants le sont, mais la grande majorité des gens avec qui je travaille sont des milléniaux. Je les ai presque tous embauchés moi-même. Bref, je dirige une gang de milléniaux.
Laisse-moi te parler d’eux, un petit peu.

Les milléniaux que je connais sont de véritables bourreaux de travail. Ben oui, ils sont un peu tout croches avec leur horaire et peuvent faire du télétravail juste parce qu’il neige fort, mais ils entrent aussi parfois avant leur quart de travail et quittent souvent après la fin. Une fois chez eux, j’en connais plusieurs qui font avancer leurs projets personnels, des idées de start-ups, des rêves un peu fou.

Tu les crois paresseux ? Si les quartiers de Montréal revivent en ce moment, si on voit éclore ici et là des cafés originaux, des restaurants audacieux, des boutiques étonnantes, des foodtrucks et des fashiontrucks ingénieux, c’est souvent grâce à eux, Patrick. Si l’industrie du multimédia, du jeu vidéo et de la créativité est devenue ce qu’elle est à Montréal, c’est aussi souvent grâce à eux. Des jeunes qui cumulent souvent deux, trois jobs pour vivre leurs rêves, quand ils ne sont pas encore aux études.
Et tu peux me croire, ils rêvent les milléniaux. Beaucoup. Et ils VIVENT leurs rêves. Et ça, ça nous fait chier, nous les plus vieux, qui ne les avons peut-être pas assez vécus.
Tu les crois baveux? Tu crois qu’ils en ont long à rechigner sur les titres des postes pour lesquels ils postulent ? Moi, je pense qu’ils s’en fichent. Ils sont moins impressionnés par les titres que nous le sommes. C’est pour ça qu’ils rejettent les termes fades et souvent vides, comme «gestionnaire de projet». Tous ceux que j’ai passés en entrevue étaient des jeunes respectueux, très reconnaissants d’avoir une chance de se faire valoir. Pas une fois, je n’ai senti l’ombre d’une attitude prétentieuse. Je les ai souvent trouvés même très gênés, pas du tout hautains comme tu les décris.
Elle n’est pas parfaite cette génération, pas plus que les précédentes. Les milléniaux sont unanimement anxieux (une mode, je crois), ils sont cyniques et n’écrivent pas de lettre ouverte, sauf ironiquement. Ils doivent être tannés aussi de faire parler d’eux sans arrêt comme d’une marque.

Moi, j’ai l’impression que cette génération sait ce qu’elle veut, plus que tout autre auparavant. J’ai aussi l’impression que c’est
une génération qui vivra plus heureuse. En tout cas, je leur souhaite.

Allez, bisous, chill, mon Pat.