/entertainment/music
Navigation

Claude Dubois à cœur ouvert

Claude Dubois
Photo Chantal Poirier Claude Dubois, qui combat un cancer, jette un regard sur sa vie et sa carrière.

Coup d'oeil sur cet article

En révélant aux Québécois qu’il était atteint d’un cancer de la moelle osseuse, en novembre dernier, Claude Dubois a vu sa vie basculer une deuxième fois... pour le mieux. Depuis, l’artiste de 70 ans dit vivre des moments d’une rare intensité avec son public, lui qui a troqué la nonchalance pour l’authenticité, sur scène.

C’est dans la demeure de sa gérante Nathalie Charest, située à Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie, que nous avons eu la chance de passer un moment en tête à tête avec Claude Dubois, à la fin mai.

En nous ouvrant la porte, c’est un homme que l’on ne pourrait deviner malade, au premier regard, qui nous a présenté le poing en guise de salutations. Les poignées de main et les accolades entre étrangers sont chose du passé depuis qu’on lui a diagnostiqué son cancer, en mars 2016.

«Lors des séances d’autographe, je dois être prudent, nous a-t-il expliqué. On ne peut plus se faire des accolades et du léchage d’oreilles! Je suis très sensible, maintenant.»

En liberté

Ces séances d’autographes, l’artiste les offre après chacune des représentations de Dubois en liberté, spectacle de deux heures (sans entracte!) dans lequel il interprète ses grands succès, mais également les pièces de son disque Zampano, paru à l’automne.

«C’est assez étonnant. Les gens viennent», a-t-il indiqué, à la fois flatté et songeur.

«Aussi, on peut le dire, il y a le fait que je sois arrivé avec cette histoire de cancer ou plutôt, que cette histoire se soit imposée. Je suppose que les gens se disent qu’ils sont mieux de venir me voir tout de suite, car sinon, ça risque d’être trop tard», a-t-il ajouté en rigolant.

Oui, le moral de Claude Dubois est bon. Sa gérante vous dirait même que son artiste est «zen» malgré l’épreuve qu’il traverse.

«C’est plus souffrant de se retirer des êtres que de faire un petit effort pour continuer sa vie, se joindre à eux et être à l’écoute», soutient le principal intéressé.

Sensibilité

Depuis qu’il a amorcé cette nouvelle série de spectacles, en février, Claude Dubois dit avoir remarqué un changement, chez son public.

«Il est plus sensible qu’avant [...] Je l’entends dans leurs réactions, dans les applaudissements. Ils font des standings souvent. Ils restent longtemps debout. Je leur dis alors qu’on ne peut pas jouer cette carte-là, car on veut pouvoir jouer le plus de chansons possible!»

L’artiste, qui considère chacun de ses spectacles comme un «voyage enrichissant», estime que ce changement est dû aux nouvelles interprétations que l’on peut faire de ses chansons.

«Avant qu’il y ait un événement comme celui-là, chacun de nous allait dans son raisonnement, dans sa vie personnelle, a-t-il expliqué. Là, on partage une vision par rapport au texte qui va dans une direction commune. Nous respirons et nous soupirons en même temps.»

Énergie

S’il y a une chose dont Claude Dubois est sûr, c’est que ses récentes rencontres avec le public lui apportent une énergie nouvelle.

«On dirait que je ressors de scène plus en shape que lorsque j’y entre. Ça me speede, mais dans le bon sens du mot.»

Lors de ses séances de signature, mais aussi lors de ses séances de chimiothérapie, l’artiste reçoit une quantité importante de témoignages de la part de personnes qui sont touchées, de près ou de loin, par la maladie. L’un de ses fans lui a même offert un don de moelle osseuse.

«Il y a des gens qui sont dans un état terrible. Ils sont courageux et je trouve ça sublime. Ce n’est pas vrai qu’on abandonne la vie comme ça. Ce combat-là, d’exister, est d’une grandeur inexplicable», a-t-il affirmé.

«Tu ne peux pas, après avoir été témoin de ça, avoir une nonchalance quand tu montes sur un stage [...] Le côté “je m’en fous”, c’est quelque chose que j’ai toujours adoré. Je l’ai pratiqué largement (rires). Mais aujourd’hui, par la force des choses, je suis à une autre étape. Ce n’est plus une carte que j’ai dans mon jeu. Je l’ai usée, celle-là. Elle a disparu.»

► Claude Dubois se produira dans le cadre des FrancoFolies le 16 juin, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Il sera également du grand spectacle de la Fête nationale à Montréal qui se déroulera sur la place des Festivals, le 23 juin. Plus de dates au claudedubois.ca.

Une nouvelle vie

Lorsqu’il a reçu son diagnostic de cancer, il y a un peu plus d’un an, on a annoncé à Claude Dubois qu’il ne lui restait plus que deux ans à vivre.

«Quand on te dit ça, au début, ça fait “freaker”. Deux ans, c’est court, quand même!»

Depuis quelque temps, cependant, les choses semblent s’améliorer pour l’artiste, dont la fréquence des séances de chimiothérapie a diminué (elles ont maintenant lieu tous les deux mois, plutôt que toutes les trois semaines).

«Quand nous avons fait les biopsies, la réponse est tombée, et elle est drôlement positive. Selon mon médecin, je vais mourir d’autre chose que de ça», a-t-il dit, précisant tout de même qu’il ne pourra jamais guérir de son cancer.

«Ça s’est donc beaucoup amélioré au cours de la dernière année, mais ce n’est pas terminé, a-t-il ajouté. Il n’y a pas d’assurance.»

Un jour à la fois

Claude Dubois aborde aujourd’hui la vie «une journée à la fois». Celui qui courait encore dans «ses forêts» il n’y a pas si longtemps a dû mettre la pédale douce.

«Les déplacements, la vie de tous les jours, c’est plus difficile au niveau de l’énergie. Ça fait des courbes», a-t-il expliqué, ajoutant que les effets de sa maladie peuvent être comparés à ceux de l’anémie.

«Aujourd’hui, je n’ai aucune certitude. Je sais que personne n’en a, mais lorsque c’est nommé, ça change une vie [...] Ça rend plus responsable face à ceux qui nous entourent. Tu es obligé de clarifier les choses, de changer les façons d’être.»

L’artiste, qui dit assumer pleinement sa fragilité – «Le mur est tombé, il n’y a plus de barrière», a-t-il constaté –, ne pense pas à un éventuel retrait de la scène.

«Autant je n’ai pas voulu célébrer mes 50 ans de carrière, autant je ne ferai jamais de shows d’adieu. Pour moi, c’est du même ordre.»

Nouvel album

Claude Dubois
Photo courtoisie

Claude Dubois a récemment lancé, sur son site web et dans certains magasins, son album Mes racines, relecture de son disque Mellow Reggae, paru en 1977.

«Ce qui est arrivé, c’est qu’on avait fait les chansons dans la mauvaise tonalité, mais je n’avais pas les moyens de tout refaire», a-t-il expliqué.

Attention: ce nouvel opus, un alliage d’enregistrements originaux (réalisés aux côtés des Wailers, notamment) et de nouvelles pistes, donne dans le roots plutôt que le reggae, désormais. «À mes yeux, c’est un item de collection [...] Pour moi, c’était quelque chose qui n’était pas terminé. Maintenant, c’est réglé!»