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On s’arrache les préposés aux bénéficiaires

Le privé s’offusque des tactiques du réseau public

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Déjà aux prises avec un manque criant de préposés aux bénéficiaires, les propriétaires de résidences privées pour aînés digèrent mal que le réseau public attire leurs employés.

«On a de la difficulté à recruter des préposés et on vient chercher nos gens. On est devenus l'école du réseau public. Des propriétaires sont fâchés. Ils nous disent: je paie pour former des préposés aux bénéficiaires et après ils s'en vont», fustige le pdg du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins.

Le Journal rapportait, mardi, que des établissements publics déroulent le tapis rouge aux préposés aux bénéficiaires (PAB): postes à temps complet, rehaussement des heures de travail garanties, diplôme non exigé si expérience pertinente.

«Il y a des endroits au Québec où on sollicite nos employés. Lorsque le CIUSSS de la Capitale-Nationale vient me dire qu'il a trouvé 50 préposés aux bénéficiaires, je le sais, car ils viennent de chez nous!», argue M. Desjardins.

Écart salarial

Le taux horaire dans le réseau public va jusqu'à 21$ l'heure, comparativement à moins de 15$, au privé. «La tâche n'est pas la même. Les soins sont plus lourds dans un CHSLD public. Ceci étant dit, les conditions salariales s'améliorent au privé. A compter de l'an prochain, on va retrouver avec du 15$ l'heure dans certains groupes de résidences privées pour aînés», opine-t-il.

Quelque 20 000 préposés aux bénéficiaires travaillent dans le secteur privé. Le taux de roulement dans ces résidences pour aînés est élevé, soit autour de 50%. «C'est l'enjeu numéro 1 de notre industrie. On a un plan d'action pour faire mieux connaître notre secteur et se créer un bassin d'employés», souligne M. Desjardins.

Les services d'abord

Il se dit en faveur d'une formation obligatoire pour les nouveaux PAB. De son côté, le ministre Barrette estime que le diplôme est «préférable», mais, dans le contexte actuel de pénurie, il faut avant tout s'assurer que les services soient rendus de façon adéquate.

Le président de la Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin, prône pour sa part la formation obligatoire pour les nouveaux PAB et une formation continue pour ceux en exercice.

«Mauvaise gestion»

M. Lemelin juge par ailleurs qu'il y a une mauvaise gestion des ressources. «Combien de préposés aux bénéficiaires sont en congés de maladie parce que la tâche est trop lourde? La main-d'oeuvre s'essouffle car les employeurs ne remplacent pas les absences», soulève M. Lemelin.

Ce dernier préconise l'instauration d'un ordre professionnel ou d'une association professionnelle à adhésion obligatoire, permettant l'émission de permis et un meilleur encadrement.

«On espère une décision ministérielle à l'automne. Des préposés aux bénéficiaires ne respectent pas leur contrat de travail. Il y a de l'absentéisme non validé. S'ils reçoivent une sanction disciplinaire, ils s'en vont travailler pour une agence privée», illustre M. Lemelin.

Le réseau public québécois compte près de 39 800 PAB.

-Avec la collaboration de Kathryne Lamontagne, du Bureau parlementaire.