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Les lunettes vertes

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Photo MARTIN ALARIE Un autobus 100 % électrique.

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Une étude de l’IEDM conclut que les subventions à l’achat d’un véhicule électrique constituent du gaspillage. Ces travaux confirment ceux de la Commission de l’écofiscalité du Canada dont le rapport sur diverses façons de réduire nos émissions de carbone disait la même chose.

Cette commission qui a sa chaire à l’Université McGill regroupe des économistes qui évaluent les politiques environnementales. Selon ces deux organisations, chaque tonne de réduction d’émission avec lesdites subventions coûte entre 300 $ et 400 $. C’est infiniment plus cher que les autres moyens d’atteindre le même objectif.

Image politique

Je suis toujours éberlué de constater à quel point on évalue peu les politiques environnementales. Tout ce qui est vert est payant politiquement. Les politiciens n’en finissent plus de vouloir se faire photographier à côté d’un véhicule électrique.

Même le pragmatique maire Labeaume s’est fait prendre avec des «écolobus» pas du tout adaptés aux pentes et au climat de sa ville. Ces jouets ont dû être poussés dans les côtes par des passagers, à la risée générale. Puis ils prenaient feu. Ils sont maintenant dans une bonne vieille «cour à scrap»!

Que dire du maire Coderre qui met 24 millions dans la Formule E cet été à Montréal; 24 millions, c’est plus que dans la Formule 1. Mais les retombées économiques réelles ne seront pas à la cheville de la Formule 1. Quelle est la retombée recherchée? Oooohhh! Notre maire est tellement vert! Montréal est donc verte! Tout le monde sur la photo avec les autos électriques! Hourra!

Attention. Je n’ai rien contre les autos électriques. Au contraire, j’ai bien l’impression qu’elles ont un brillant avenir. J’en ai contre l’irrationalité qui naît dès qu’on traite l’environnement comme une religion.

C’est vert, c’est bon

Les journalistes poseront sans doute moins de questions sur les dépenses liées à la Formule E. Parce qu’on présume que si c’est vert, c’est bon. Pas de controverse.

Les subventions aux voitures électriques soulèvent aussi des questions de justice fiscale de base. Les acheteurs de Tesla à plus de 100 000 $ sont des gens bien nantis. Les acheteurs de véhicules d’occasion à essence de 5000 $ et moins sont plutôt des gens à faible revenu.

En région par exemple, ils ont besoin d’un véhicule pour aller travailler et se procurent ce qu’ils peuvent compte tenu de leurs moyens. Ils ne sont pas de vils pollueurs inconscients. Si vous leur offrez une Tesla neuve en cadeau ou un chic VUS hybride de luxe, ils vont le prendre et vont devenir verts eux aussi.

Prendre les taxes et impôts de tout le monde pour financer les véhicules de luxe parce qu’ils sont électriques? Une grosse farce. Dans n’importe quelle situation semblable où la religion verte ne serait pas en cause, l’opposition et les médias dénonceraient intensément l’absurdité.

L’opposition? Ce printemps, le chef du PQ veut se montrer plus vert. Et Québec solidaire crie pour être le plus vert de tous! La CAQ a peur de passer pour pas assez verte. Et Philippe Couillard tient à être vert foncé.