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C’était le temps que ça finisse

watercolor young teacher with smiling children happy
Illustration Fotolia

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C’est terminé. Mes élèves ont déserté ma classe. Ma tête. Mon cœur. Tout ça en même temps.

Mettre autant de temps à créer des liens. Et les dénouer aussi rapidement. Comme ça, en un simple son de cloche.

Je pourrais dire qu’ils vont me manquer. Que j’ai donc de la peine de les voir partir. Mais... non! Là, j’ai vraiment besoin de faire le vide. Prendre une longue pause.

Je comptais les secondes

Assise à mon bureau désorganisé, je reprends mon souffle. Ma classe à moitié dégarnie, en mode fin d’année. Au milieu de restes de sandwichs du dîner partagé avec les élèves tout à l’heure. Durant lequel, je l’avoue, je comptais les secondes.

J’ai l’air des résidus de ballons que j’avais gonflés et fixés sur la porte pour faire les décomptes des épreuves du ministère. Et qui pendouillent encore. Ou du bouquet de lilas apporté par Samuel. Les couleurs fades. Fripées. Fanées.

C’était vraiment le temps que ça finisse. Les enfants devaient se dire la même chose. Et leurs parents aussi. C’est sûr!

Tenir les cordeaux

Contenir 26 «sixièmes années» qui ruent dans les brancards pour tout et pour rien. Parce qu’ils sont fatigués. Et avec raison. Ils ont passé le plus clair des trois dernières semaines à déchiffrer des évaluations ministérielles trop nombreuses et trop difficiles. À travailler sur des projets pour lesquels l’intérêt s’effritait un peu plus chaque jour. Parce qu’ils ont la tête ailleurs. Une présentation orale. Une maquette sur les Micmacs. Un projet d’art. Dans une classe non climatisée. Un presto sifflant et odorant.

Rester créative pour garder mes grands motivés. Trouver des tâches à la fois simples et éducatives. Juste assez exigeantes pour ne pas que la classe prenne l’allure d’une cabane à sucre, mais assez agréables pour m’éviter leur «bougonnage».

Quelque chose qui ne me demande pas trop d’énergie. Parce que je n’en ai plus. Ou à peine. En tout cas, juste assez pour rigoler avec eux.

Je suis sur la batterie de secours depuis la fête des Patriotes. La lumière de gaz est allumée. Celle du moteur aussi. C’est le temps que je rentre au garage.

Fermer les livres

Tourner la page sur les incessants conflits de mon trio de filles. La grosse bataille entre Xavier et Simon avant le congé de Pâques. Et qui a laissé des traces.

La mère de Patrice. Les crises d’anxiété de Sophie. Les scènes d’opposition de Maxime. Les retards répétés de Cédric. Les immenses difficultés de Sébastien en maths. Les dictées du vendredi. Les examens de verbes ratés. L’interminable correction des 11 épreuves ministérielles multipliées par 26.

Nos fous rires. Les blagues de Samuel. Son sens du punch. La répartie de Théo. Ses questions saugrenues. La remontée prodigieuse de Léo en français. Et le déclic de Fabrice avec les fractions. Mes jasettes de fin de journée avec mon Alexis. Les avancées de Raphael. Les confidences de Béatrice.

Oui. C’était vraiment le temps que ça finisse. Parce que je pense que je ne les aurais plus laissés partir.

Bonnes vacances!