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Tuerie de la mosquée 6 mois plus tard: 24 heures d’horreur qui ont marqué Québec

Six personnes ont été tuées après la dernière des cinq prières quotidiennes à la mosquée

Tuerie de la mosquée 6 mois plus tard: 24 heures d’horreur qui ont marqué Québec
Photo d'archives Annie T Roussel

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Il y a six mois, l’inimaginable s’est produit à Québec. Le dimanche 29 janvier 2017, une tuerie de masse a eu lieu à l’intérieur de la grande mosquée, dans le secteur de Sainte-Foy. Minute par minute, Le Journal a retracé la tragédie grâce aux témoignages recueillis dans les jours ayant suivi l’attentat.

19 h 45 : En ce froid dimanche de janvier, les fidèles viennent de terminer la Salat Al Isha, dernière des cinq prières quotidiennes musulmanes. Plusieurs quittent tranquillement les lieux. D’autres se réunissent en petits groupes pour socialiser. Quelques enfants s’amusent. Pour les adultes, la grosse nouvelle du jour, c’est sans conteste la victoire de l’Égypte contre le Maroc en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations de foot (soccer).

Entre 19 h 48 et 19 h 54 : La soixantaine de fidèles qui sont encore à l’intérieur du lieu de culte entendent soudainement un bruit venu de l’extérieur. Plusieurs croient à un feu d’artifice. Le tireur vient d’arriver sur les lieux et démarre son carnage. Mamadou Tanou Barry (42 ans) et Ibrahima Barry (39 ans), deux Guinéens, sont tués à bout pourtant à leur sortie de la mosquée. À l’intérieur, une certaine confusion règne. Personne ne sait encore ce qui se passe.

Le fusil d’assaut (probablement un CZ 858) du tireur s’enraye par miracle. Ce dernier abandonne cette arme d’épaule et utilise une arme de poing (pistolet 9 mm) qu’il chargera à au moins trois reprises durant le massacre.

L’assassin entre dans la mosquée. Étonnamment calme et posé, il tire méthodiquement sans prononcer un mot. Il prend le temps de recharger son arme. Azzeddine Soufiane, un épicier de 57 ans bien connu dans la communauté musulmane, est proche de la porte d’entrée du bâtiment. Il aurait pu se sauver. Courageux, il choisit plutôt de se jeter sur l’assassin et tente de le ceinturer. Malheureusement, sa manœuvre échoue. Azzeddine tombe en héros sous de nombreuses balles assassines.

Le visage impassible, le tueur s’avance de plus en plus à l’intérieur du lieu de prière. Il tire encore et recharge son arme de temps à autre. Les fidèles se sauvent tant bien que mal. C’est le chaos le plus total. Aymen Derbali et Nizar Ghali, deux amis, se cachent derrière des colonnes, alors que le tueur s’approche du minbar (endroit où l’imam prononce son sermon). Aymen saute héroïquement sur le tireur pour le désarmer. Le tueur se retourne et tire sept balles successives sur Aymen qui s’effondre. Plongé dans le coma pendant des semaines, ce père de trois enfants survivra miraculeusement.

Autour du minbar, plusieurs fidèles essayent désespérément de se cacher. C’est à cet endroit que Khaled Belkacemi (60 ans), Aboubaker Thabti (44 ans) et Abdelkrim Hassane (41 ans) sont tués de sang-froid. Plusieurs personnes, y compris des blessés graves, empruntent une porte et se réfugient au sous-sol de l’édifice.

19 h 54 : Un premier appel est fait au 911. On y parle d’un homme qui vient « de se faire tirer au coin du Centre culturel islamique de Québec, situé au 2877, chemin Sainte-Foy ».

Tuerie de la mosquée 6 mois plus tard: 24 heures d’horreur qui ont marqué Québec
Photo d'archives Simon Clark

19 h 58 : Les premiers patrouilleurs arrivent sur les lieux. Leur arme de service est « pointée vers la menace ». Le policier Jonathan Filteau demande au constable Benoît Desrosiers de « surveiller ses arrières ». Les constables pénètrent à l’intérieur du centre de culte par la porte principale. « Ils enjambent la 2e victime au sol qui semble être décédée » alors que la première se trouvait dans le hall, lit-on dans des rapports policiers.

Autour de 20 h : Dans le chaos le plus total, Mohamed Belkhadir s’enfuit à la vue des policiers qu’il prend pour des tireurs. Au même moment, les agents trouvent ce comportement suspect et pensent, à tort, qu’ils tiennent l’assassin. À ce moment-là, on pense avoir affaire à deux meurtriers. Cette confusion va durer de longues heures. Ce n’est que le lendemain après-midi qu’on confirmera officiellement que Mohamed est un témoin et non pas un suspect.

Alexandre Bissonnette
Photo d'archives
Alexandre Bissonnette

Entre 21 h et 22 h : Le suspect de la tuerie est arrêté non loin de l’île d’Orléans à la suite d’une vaste opération policière. C’est lui-même qui aurait appelé les policiers.

Tuerie de la mosquée 6 mois plus tard: 24 heures d’horreur qui ont marqué Québec
Photo d'archives Stevens LeBlanc

Entre 22 h et 1 h 30 : Images déchirantes de plusieurs familles musulmanes qui accourent sur les lieux du drame pour obtenir des nouvelles de leurs proches. Deux points de presse successifs sont organisés, à la hâte, par les policiers qui donnent très peu de détails sur la tragédie qui vient de se jouer.

Tuerie de la mosquée 6 mois plus tard: 24 heures d’horreur qui ont marqué Québec
Photo d'archives Simon Clark

1 h 30 : Un long point de presse officiel a lieu en pleine nuit. Le premier ministre Philippe Couillard y lance un appel à l’unité contre la violence et ordonne que le drapeau du Québec à l’Assemblée nationale soit mis en berne. Les premiers ministres Trudeau et Couillard parlent d’une même voix d’un « acte terroriste ». Complètement sonné, le maire de Québec, Régis Labeaume, répète ceci : « C’est l’horreur, c’est l’horreur. Dans notre magnifique ville, c’est l’horreur ». Toute la soirée, ce dernier a suivi l’évolution de la situation à partir du centre de coordination mis sur pied pour gérer ce type de situation de crise.

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Photo d'archives Stevens LeBlanc

2 h 30 : Déposés par des citoyens anonymes, les premiers bouquets de fleurs font leur apparition sur la route de l’Église, à quelques mètres de la grande mosquée. Dans les jours qui suivent, d’autres bouquets (photo) sont déposés en mémoire des victimes.

Boufeldja Benabdallah
Photo d'archives Stevens LeBlanc
Boufeldja Benabdallah

Lundi matin : Rencontre et point de presse à l’hôtel de ville de Québec en présence de plusieurs leaders de la communauté musulmane. « Ils ont été assassinés dans le dos, alors qu’ils faisaient la prière », souligne, en pleurs, Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). Mohamed Labidi (photo), vice-président du CCIQ, n’arrive pas à finir ses phrases tellement il est ému. Dans la salle, personne ne peut contenir ses larmes.

Lundi après-midi : Les noms et les âges des victimes sont enfin officiellement confirmés par le bureau du coroner. « 6 morts, 17 orphelins », titre Le Journal, le lendemain, donnant ainsi la pleine mesure de la tragédie. Le nom de l’accusé est désormais connu. Il s’agit d’Alexandre Bissonnette, 27 ans. Ce dernier se serait radicalisé contre l’immigration. Plusieurs le dépeignent comme un jeune solitaire, véritable troll sur les médias sociaux et proche des idées de l’extrême droite.

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Photo d'archives Annie T Roussel

Lundi soir : Une vigile impressionnante et silencieuse, regroupant des milliers de personnes, est organisée à proximité de la grande mosquée, à peine 24 h après la tuerie. Encore aujourd’hui, cet élan de solidarité est vu comme étant la réponse spontanée des citoyens de Québec à la haine.

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Photos d'archives