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Ils disent non à Michaëlle Jean

Ottawa et Québec refusent de financer un voyage en bateau qu’elle propose pour 100 jeunes

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Photo AFP L’Organisation internationale de la Francophonie prévoit embarquer 100 jeunes sur L’Hermione, un impressionnant voilier de trois mâts, pour un voyage entre février et juin 2018.

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Ottawa et Québec viennent de fermer le robinet à une initiative de Michaëlle Jean, dans la foulée d’une controverse suscitée par les dépenses de la secrétaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Les deux gouvernements se sont opposés, début juillet, à un projet spécial de 400 000 $ appuyé par Mme Jean, qui souhaitait envoyer 100 jeunes francophones sur un navire, l’an prochain. La croisière en Europe à bord du magnifique voilier l'Hermione devait être financée par un fonds de réserve de l’OIF.

Québec et Ottawa viennent de dire non à la demande de financement de ce projet porté par la secrétaire générale de l’organisation, Michaëlle Jean.
Photo AFP
Québec et Ottawa viennent de dire non à la demande de financement de ce projet porté par la secrétaire générale de l’organisation, Michaëlle Jean.

C’est la publication spécialisée La Lettre du continent qui a révélé ce «camouflet» pour Mme Jean, affirmant que «certains pays, dont le Canada et la province de Québec, se sont farouchement opposés à ce projet».

Joint par notre Bureau d’enquête, le ministère québécois des Relations internationales a indiqué que les fonds de l’OIF ne doivent pas servir à des projets dont la gestion n’est pas assez «efficiente et transparente» ou dont les retombées ne sont pas «concrètes».

«La réalisation du projet (Hermione) appelle à la recherche de sources alternatives de financement autres que celles initialement envisagées», dit le porte-parole, Pascal Ouellet.

Le cabinet de la ministre fédérale de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, a affirmé que l’OIF devra financer «la majorité des coûts» auprès du secteur privé et des villes qui recevront la visite des jeunes à bord de l’Hermione, un trois-mâts dont le port d’attache est à Rochefort, en France.

«L’OIF doit équilibrer ses priorités dans un contexte de ressources limitées», dit le porte-parole Bernard Boutin, en confirmant que le Canada «a soulevé des questions au sujet du projet Hermione».

« Pas de consensus »

Le porte-parole de l’OIF, Bertin Leblanc, n’a pas précisé combien de membres se sont opposés, tout comme le Canada et le Québec. «Il n’y a pas eu consensus au sein de la Commission administrative et financière (CAF)», dit-il.

L’organisation maintient le projet, mais devra trouver d’autres sources de financement. En ce sens, un partenariat avec l’ONU serait d’ailleurs sur le point d’être conclu, assure le porte-parole dans un courriel transmis au Journal.

L’OIF s’est engagée à prendre sous sa responsabilité les frais de voyage, de visa, d’assurance, d’hébergement et de subsistance des participants.

En juin, notre Bureau d’enquête a révélé que Mme Jean avait dépensé un demi-million de dollars pour aménager son appartement de fonction, à Paris, dans un contexte où l’OIF doit réduire les dépenses de ses programmes.

Recrutement en cours

Malgré les révisions en cours, l’OIF continuait cette semaine à lancer des appels sur sa page Facebook afin de recruter 100 participants prêts à s’embarquer sur l’Hermione.

Avant même d’obtenir l’appui des instances de l’OIF pour le financer, Mme Jean avait évoqué, l’hiver dernier dans une entrevue à un journal suisse, un partenariat avec l’association Hermione-La Fayette, qui gère le navire.

L’objectif du projet est que les jeunes participants deviennent des «ambassadeurs [...] des valeurs humanistes dans le monde entier, sur les réseaux sociaux, mais aussi sur le terrain», indique un communiqué de l’OIF.

«Notre première responsabilité est de donner à la jeunesse des raisons d’espérer, de créer pour elle des possibilités», avait alors déclaré Mme Jean.

Candidats recherchés

♦ L’OIF cherche 100 jeunes marins francophones de 21 à 34 ans pour embarquer sur l’Hermione entre février et juin 2018.

♦ L’Hermione est une réplique d’un navire de guerre français de la fin du XVIIIe siècle qui a servi au marquis de La Fayette pour aider les Américains dans leur guerre d’indépendance en 1780.

♦ Comme l’original, le bateau est fait en bois de chêne et est long de 65 m. Il compte 3 mâts, dont le plus grand mesure 54 m.

♦ Le navire est armé. 32 canons sont installés sur deux de ses ponts et peuvent tirer des boulets de 6 et 12 livres.

♦ La construction du bateau a débuté en 1997, mais il n’a été mis à l’eau qu’en 2014.

♦ Après deux ans à quai, son grand voyage pour 2018 prévoit des arrêts à La Rochelle (France), Tanger (Maroc), Barcelone (Espagne) et Monaco, notamment.

Des dépenses controversées

En juin, notre Bureau d’enquête faisait la lumière sur des dépenses de l’OIF sous la direction de Michaëlle Jean:

♦ Un demi-million de dollars pour rénover son appartement de fonction loué pour elle à Paris

♦ 40 %: Pourcentage de dépassement de son budget de déplacement, qui a totalisé 907 000 $ en 2016

♦ 460 000 $: Coûts pour une restructuration administrative à l’OIF

♦ Disparition des dépenses de déplacements de Michelle Jean dans les rapports budgétaires, un manque de transparence critiqué par le gouvernement du Québec