«C’était crise par-dessus crise»
Un vent de renouveau souffle sur l’ensemble de la région après plusieurs coups durs
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GASPÉ | La Gaspésie, championne du chômage et de la dévitalisation pour plusieurs, a collectionné les coups durs, mais refuse de donner raison à ceux qui la voient s’éteindre. Déterminée, la région entend bien survivre à cette mort annoncée qui lui colle à la peau.
Le Journal a parcouru la Gaspésie au cours des dernières semaines afin de voir ce que devient vraiment la région. De Sainte-Anne-des-Monts à Carleton, en passant par Gaspé, Percé et Chandler, les défis sont nombreux, mais une forte volonté de tourner la page sur une longue période noire prend le dessus.
Cette période noire, ce sont les 25 dernières années, où de nombreux échecs ont fait grand bruit dans la petite région. Au fil des rencontres avec les citoyens et les élus du coin, les souvenirs du moratoire sur la pêche aux poissons de fond, de la fermeture de la mine et de la fonderie de Murdochville, ou de la disparition de la Gaspésia refont surface sans cesse.
Les clous s’accumulaient à une vitesse inquiétante dans le cercueil de la Gaspésie. « C’était crise par-dessus crise jusqu’au creux du cercle de la dévitalisation », admet sans détour le maire de Gaspé, Daniel Côté.
Contrer l’exode
Ce pernicieux cercle de la dévitalisation a ouvert la voie à des mouvements migratoires qui font aujourd’hui que la Gaspésie fait face à d’importants enjeux démographiques. De plus de 105 000 au milieu des années 1990, les Gaspésiens ne sont plus que 90 000 pour affronter les défis qui se dressent devant eux.
« Le taux de vieillissement a augmenté à une vitesse folle depuis 1990, ce qui fait que notre population a aujourd’hui plus de 50 ans en majorité », observe André Morin, préfet de la MRC de la Matanie. Et là est le principal enjeu.
« Le problème demeure d’attirer la main-d’œuvre et des jeunes », fait remarquer le professeur de développement régional de l’Université Laval, Mario Carrier. « On ne va jamais ramener 50 000 personnes en Gaspésie, mais se stabiliser serait une victoire en soi. »
Pour ce faire, la Gaspésie n’a donc d’autre choix que de se tourner vers de nouvelles industries et, surtout, de faire confiance à la jeunesse.
« Les jeunes, il va falloir les écouter et travailler avec eux parce que la Gaspésie va être à eux autres demain », illustre le président de la table des préfets, Guy Gallant.
Tout n’est pas joué
Une évidente volonté de faire revenir les jeunes en région et de dynamiser l’économie s’opère actuellement, dans le secteur éolien notamment.
Mais le taux de chômage demeure élevé et la population diminue. Les enjeux sociaux comme le taux de suicide et les faillites personnelles continuent de progresser. « Malgré tout, il n’y a pas beaucoup de projets majeurs actuellement dans les cartons. Après l’éolien et la cimenterie de Port-Daniel, on attend le beau projet qui va relancer l’économie », observe le syndic en insolvabilité chez Raymond Chabot Grant Thornton, Stéphane Gauvin.
« Oui, c’est difficile, mais il y a de l’espoir. On est comme un frappeur dans le cercle d’attente. Peut-être que le match est encore difficile, mais on est en position de frapper un coup de circuit à la prochaine présence », rationalise le préfet de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier.
Une région en déclin démographique
Baisse de 20 % sur une période de 30 ans. D’ici 2021, la population de la Gaspésie devrait à nouveau décliner de 0,4 % selon les prédictions alors que celle de la province augmentera de 3,8 %. Il s’agit du déclin le plus important parmi les régions du Québec.
Population
2016 : 90 311
2011 : 94 079
2006 : 94 336
2001 : 96 924
1996 : 105 174
1991 : 105 968
1986 : 112 455
(Source : Ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation)
Une population vieillissante
54 426 Gaspésiens avaient plus de 45 ans en 2016, ce qui représente 60 % de la population.
Moyenne d’âge par année
2016 : 47,6
2015 : 47,2
2014 : 46,9
2013 : 46,4
2012 : 46,0
2006 : 43,3
2001 : 40,9
En route vers une relance économique ?
Le taux de chômage semble vouloir diminuer
2017 : (Jusqu’à juillet) 13,9%
2016 : 16,7%
2015 : 14,7%
2014 : 16,4%
2013 : 16,2%
De municipalité dévitalisée à paradis des retraités
Alors que les habitants de petits villages de Gaspésie quittent la région depuis plusieurs années, voilà qu’une nouvelle tendance amène bon nombre de retraités dans des municipalités comme Grosses-Roches, qui passe de championne de la dévitalisation à royaume de la retraite rêvée.
« La Gaspésie est partie à Montréal et à Québec, mais Montréal et Québec veulent la Gaspésie », lance tout sourire Liliane Gilbert, mettant ses travaux de jardinage sur pause pour accueillir le représentant du Journal.
Les mots de la dame originaire de Québec, mais propriétaire d’une charmante maison à Grosses-Roches depuis huit ans, expliquent parfaitement la situation actuelle dans la petite ville qui a longtemps trôné au sommet de « l’infâme liste » des municipalités les plus dévitalisées de la province.
« C’est devenu un village de retraités à temps partiel », explique Mme Gingras qui passe ses étés à Grosses-Roches et qui y vient toutes les trois semaines l’hiver. « C’est le projet de retraite parfait. Je traverse la rue et je vais m’asseoir au bord de l’eau pour lire et profiter de la vue », ajoute celle qui dit ne pas ressentir la dévitalisation du secteur au quotidien.
Situation commune
Dans le voisinage autour de la charmante maison, la situation est identique. Un peu plus loin, à gauche, un couple de Gaspésiens qui a habité Montréal toute sa vie est revenu à Grosses-Roches pour y trouver la tranquillité, alors qu’en face Alain Bouchard et Maryse Plourde sortent de leur Saguenay natal pour venir relaxer au bord de l’eau.
« C’est le bonheur ici », s’exclame le couple lorsqu’on leur demande s’ils regrettent leur choix de s’être installés dans la petite municipalité de moins de 400 habitants. D’autant plus qu’au niveau financier, la Gaspésie représente une aubaine pour plusieurs.
« C’est très accessible au niveau des coûts. Comme plusieurs sont partis, il y a plusieurs maisons à vendre et les prix ont baissé. Ailleurs, tout ce qui est bord de l’eau, c’est terriblement cher », fait remarquer M. Bouchard en jetant un petit coup d’œil vers la vue qui a été un coup de foudre pour sa conjointe et lui.
Fierté d’être ami des aînés
Même s’il travaille fort pour ramener des jeunes en ville et pour créer un environnement propice à la création d’entreprises, le maire de Grosses-Roches est conscient de l’attrait de sa municipalité pour les gens en quête de la retraite parfaite.
À ce sujet, rien n’est laissé au hasard et beaucoup d’efforts sont mis pour occuper tout ce beau monde. « Grosses-Roches a gagné l’an dernier un prix provincial du meilleur programme de soutien au vieillissement de la population. On a développé plusieurs programmes pour sortir nos gens de leur maison et ça a été une grande réussite pour nous », souligne André Morin pour qui le titre de « municipalité amie des aînés » veut dire encore plus que celui de « municipalité dévitalisée »
