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Immigration: la tension grimpe à Québec

Deux rassemblements s’opposeront dimanche dans la Vieille Capitale

Baderole anti-immigration
PHOTO courtoisie, FACEBOOK ATALANTE QUÉBEC Les automobilistes de Québec ont pu apercevoir, tôt lundi matin, une banderole de plusieurs mètres de large installée au-dessus de l’autoroute Henri-IV, dans le secteur de Sainte-Foy, par un groupe d’extrême droite.

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​Alors que La Meute critiquera publiquement la gestion des migrants aux postes frontaliers, l’organisation Bienvenue aux réfugiés veut bâtir un « barrage » à cette haine, ce dimanche, à Québec.

Les esprits s’échauffent entre les groupes d’extrême droite et les mouvements antiracistes, à Québec. Mardi, Atalante Québec a installé de nombreuses affiches mentionnant le slogan « remigration », qui prône une inversion du flux migratoire.

Puis, le groupe La Meute se prépare à « protester contre les politiques des gouvernements Trudeau et Couillard » en matière d’immigration, dimanche. La Meute se dit contre le « fléau de l’immigration illégale », alors que des milliers d’Haïtiens frappent aux portes du Canada.

Joint par Le Journal, le porte-parole de la Meute, Sylvain Brouillette, soutient que le gouvernement ment à la population dans le dossier des migrants.

« Ce ne sont pas des réfugiés. Ils commettent un acte illégal en traversant la frontière et en étant des demandeurs d’asile », a-t-il mentionné, réfutant les accusations de racisme contre son groupe.

Pour des questions de sécurité, le lieu du rassemblement ne sera transmis que le 19 août, a indiqué le porte-parole.

Contre-manifestation

Au même moment, le groupe Bienvenue aux réfugiés veut sensibiliser la population de la région de Québec à la réalité des migrants. Ainsi, l’organisation a mis sur pied un événement, dimanche, se nommant « Barrage à la haine ».

« Le 20 août, à 14 h, des organisations d’extrême droite se donnent rendez-vous à Québec pour manifester à l’appel de La Meute. Faisons barrage à la haine et au racisme », peut-on lire sur la page Facebook qui fait la promotion de cette manifestation.

« Disons que c’est la suite logique de l’hypocrisie du discours de ce groupe. Au début, c’était pour informer sur l’islam radical, ensuite pour combattre l’islam radical, mais maintenant on voit bien que c’est véritablement une rhétorique anti-immigration », a mentionné François Deschamps, le porte-parole du groupe.

Violence ?

Il admet qu’il y a toujours un risque de débordement lorsqu’il y a une contre-manifestation. Toutefois, l’objectif est surtout de nuire au message de La Meute.

« Le but, c’est surtout d’empêcher les groupes haineux d’avoir le monopole de la mobilisation citoyenne. Le but c’est qu’ils ne soient pas confortables », a expliqué François Deschamps de Bienvenue aux réfugiés.

De son côté, le porte-parole de La Meute assure que, s’il y a des débordements, ils ne viendront pas de son « clan ».

« Tout le monde a droit de s’exprimer. On est pour la liberté d’expression. Nous, on est un groupe non violent. On est un groupe ordonné », a indiqué Sylvain Brouillette.

Le Service de police de Québec souligne être prêt, mais ne dévoilera pas sa stratégie pour encadrer les manifestants. « On va toujours demander à la population de demeurer calme », a avisé Étienne Doyon, porte-parole du SPVQ.

Les camps s’expriment

« L’affaire des banderoles haineuses d’Atalante rappelle peut-être à beaucoup de gens que la lutte contre la discrimination et le racisme est un éternel recommencement »

— François Deschamps, le porte-parole de Bienvenue aux réfugiés

« Dans tous les mouvements, à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, vous avez des franges plus portées sur la violence, ça c’est clair. Mais, je pense qu’au niveau de la violence au Québec et au Canada, ça reste plutôt marginal. Nous ne sommes pas dans la situation américaine »

— David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent (OSR)

« Pour ce qui est du racisme, c’est faux. On est loin d’être un groupe raciste. On est contre le racisme et la violence, contrairement à ce que d’autres véhiculent. Il y a des sujets plus chauds et les gens sont parfois enragés de voir ce qui se passe. Alors, oui, il peut y avoir des dérapages »

— Sylvain Brouillette, de La Meute

« Je trouve complètement aberrant que certains tentent de limiter la liberté d’expression et d’association de gens qui pensent autrement qu’eux »

— Rémi Tremblay, de la Fédération des Québécois de souche

Liberté d’expression - Une «contre-manifestation souhaitable»

Il faut se lever contre les idées de La Meute qui alimentent l’anxiété et les discours de l’extrême droite, soutient le codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent (OSR).

« C’est correct dans un système démocratique que les gens représentant La Meute puissent faire des manifestations. Ça montre que la liberté d’expression fonctionne », a mentionné David Morin, le vice-doyen aux études supérieures et aux affaires internationales à l’Université de Sherbrooke ainsi que codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent (OSR). « Mais, c’est hautement souhaitable et réjouissant de voir qu’il y a des gens qui vont se lever contre les idées qu’ils défendent. »

L’expert soutient que l’enjeu majeur n’est pas de taire le discours anti-immigration, mais de faire en sorte qu’il ne soit jamais normalisé et traduit comme n’importe quel discours dans la sphère publique. « Il faut corriger les faussetés souvent abusives des discours de mouvements populistes, dont la Meute fait un peu partie », a signifié M. Morin.

Extrême droite

La Meute est souvent dépeinte comme un mouvement d’extrême droite, près des groupes Atalante et de la Fédération des Québécois de souche, qui nourrissent la haine.

« Il y a un mouvement groupusculaire auquel appartiennent Atalante et la Fédération des Québécois de souche. Ils sont assez proches des idées de l’extrême droite, comme on trouve en Europe », a-t-il illustré. Ce sont des petits groupes qui se font et se défont, avec un discours très radical. »

Or, La Meute refuse cette étiquette. Et, selon M. Morin, ils n’ont peut-être pas tort, précisant que ce groupe ressemble plus aux mouvements populistes d’Europe, plus nationalistes et identitaires.

« Ils sont plus conservateurs au sens politique du terme et qui, effectivement, est composé de toutes sortes d’individus », a expliqué le vice-recteur.

Toutefois, ces mouvements groupusculaires et ces mouvements populaires se rejoignent sur certains thèmes, a émis l’expert.

« Notamment sur le thème de l’immigration qui alimente toutes les peurs », a-t-il dit. Je suis bien prêt à les croire les chefs de La Meute lorsqu’ils disent qu’ils ne sont pas racistes. Mais ce qu’ils doivent comprendre, c’est que leur discours, à l’heure actuelle, alimente celui de l’extrême droite et que les solutions qu’ils proposent, qui ne sont pas des solutions, vont contribuer à détériorer le climat social, a signalé M. Morin. Ils sont en train d’alimenter un sentiment d’anxiété chez les gens. »