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Nicole Bélanger - Les rois mongols: une ado rebelle raconte la crise d’Octobre

Nicole Bélanger
Photo Martine Doyon

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À l’occasion de la sortie sur grand écran du film Les rois mongols, réalisé par Luc Picard, les Éditions Québec Amérique proposent une réédition du roman éponyme qui a donné vie au film. Ce roman truculent raconte les années 1970 et la crise d’Octobre du point de vue d’une ado rebelle.

L’histoire débute en octobre 1970, alors que deux enfants d’un quartier défavorisé de Montréal se réfugient dans un chalet isolé avec leurs cousins pour ne pas se retrouver en familles d’accueil, lors de la maladie du père. Inspirés par les événements politiques qui secouent la province, ils ont décidé de kidnapper la grand-mère de leur voisine pour l’utiliser comme monnaie d’échange contre leur propre liberté.

Le drôle de quatuor et leur otage se retrouvent bien vite au cœur d’une formidable tourmente qui fait écho à une actualité qui parle de terrorisme, d’invasion de l’armée et de la Loi sur les mesures de guerre.

Quarante-sept ans après la crise d’Octobre, Nicole Bélanger fait donc revivre les événements qui ont profondément marqué le Québec, dans une nouvelle édition revue et corrigée d’un roman initialement paru en 1995, Salut mon roi mongol!.

« J’avais 8 ans en 1970. J’étais dans Hochelaga et le bureau du maire Drapeau était sur la rue Sherbrooke, donc il y avait toujours des militaires qui gardaient le bureau. Aller faire “le roi mongol” aux militaires, on faisait ça... On allait niaiser les militaires. Je me rappelle d’avoir vu beaucoup de camions et de jeeps qui circulaient dans le secteur, et du couvre-feu. On n’avait pas le droit de sortir le soir. Et tout ce qu’on voyait à la télé. Quand j’ai vu l’ouverture du coffre et que j’ai vu le corps ensanglanté de Pierre Laporte, j’ai compris ce que ça voulait dire, la mort. »

Inspirée de l’histoire de sa famille

L’histoire du roman est donc inspirée, au départ, de celle de sa famille, assure-t-elle. « Il y a du vrai, il y a du faux. On avait beaucoup de fun, dans la ruelle. On était un peu comme des enfants sauvages, livrés à nous-mêmes. Puis il y a eu la crise d’octobre, les militaires. Mon papa était malade. Ça a été une période d’une grande intensité, à tous les niveaux. Une période qui a amené beaucoup de peur: peur de perdre mon papa, peur d’être placée. Pour une enfant de 8 ans, c’était une période complètement déstabilisante et épeurante: comprendre que la mort, c’est peut-être ce qui va arriver chez nous... »

Le jeu du salut au « roi mongol » qu’elle évoque, et qui est devenu le titre du roman et du film, était un mélange de déguisements et de railleries qui se faisait avec les jeunes de sa famille. « On devait dire “Salut mon roi mongol” trois fois, sans rire. C’était vraiment difficile ! »

« On y croit »

Au cours de sa carrière, Nicole Bélanger a réécrit ce roman maintes et maintes fois, pendant 20 ans, pour en faire une adaptation cinématographique. « C’est fou... j’aurai passé ma vie sur ce récit ! »

Elle a visionné le film réalisé par Luc Picard (à l’affiche le 22 septembre), qu’elle trouve « extraordinaire ».

« Les jeunes sont tellement justes, on y croit. Tous les acteurs sont fabuleux et ils ont tous dit qu’ils avaient vécu quelque chose de grand. Je pense que c’est un petit bijou qui vient toucher les gens profondément. Les personnages sont passés par le filtre créatif et émotif de Luc et le ton n’est pas le même. Ça marche et c’est vraiment très touchant. »

» Nicole Bélanger est auteure de romans, de nouvelles et de bandes dessinées. Elle a scénarisé plusieurs longs et courts métrages, dont Les rois mongols, son premier-né littéraire.

» Le film Les rois mongols, réalisé par Luc Picard, prend l’affiche le 22 septembre.

EXTRAIT

« Tout cela s’est passé à une époque pas si lointaine qu’on a appelée la Révolution tranquille. C’était tellement tranquille qu’on ne s’est pas aperçus tout de suite qu’il y avait une révolution. Dans ce temps-là, la cigarette n’était pas encore cancérigène, presque tout le monde fumait et c’était très poli d’en offrir aux autres. Les gens s’invitaient entre eux pour souper même si ce n’était pas Noël. Les familles étaient plus grandes aussi, et on avait des tonnes de cousins et de cousines avec lesquels s’amuser. On pouvait même se payer le luxe d’en détester quelques-uns, comme le cousin Denis à qui on donnait toujours le rôle du chien Macaire quand on jouait à Quelle famille. »

- Nicole Bélanger, Les rois mongols