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Leur firme pourrait perdre ses contrats

Québec va examiner si SMi, dont deux dirigeants ont été arrêtés mardi, peut encore avoir des deniers publics

Bernard Poulin, photographié mardi soir à sa sortie du quartier général de la Sûreté du Québec, figure toujours comme président de la firme de génie SMi, selon le site web de l’entreprise. Un des hommes d’affaires les plus prospères dans le domaine de l’ingénierie au Québec, il a été accusé de corruption, fraude et complot.
Photo Agence QMI, Maxime Deland Bernard Poulin, photographié mardi soir à sa sortie du quartier général de la Sûreté du Québec, figure toujours comme président de la firme de génie SMi, selon le site web de l’entreprise. Un des hommes d’affaires les plus prospères dans le domaine de l’ingénierie au Québec, il a été accusé de corruption, fraude et complot.

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Une des plus grosses firmes de génie-conseil du Québec pourrait perdre le droit d’obtenir des contrats publics, parce que deux de ses principaux dirigeants sont accusés de corruption.

Québec a entrepris hier des vérifications pour déterminer si le Groupe SM international (SMi) et ses filiales pourront continuer de faire affaire avec le gouvernement et les villes.

<b>Dany Moreau</b><br />
VP chez SMi
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Dany Moreau
VP chez SMi

Le président fondateur de SMi, Bernard Poulin, a été arrêté mardi par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), tout comme Dany Moreau, vice-président, Infrastructures, de l’entreprise.

Les deux hommes sont accusés de fraude, complot et corruption dans les affaires municipales, pour leur participation alléguée à un réseau de partages de contrats publics à la Ville de Montréal totalisant 160 M$. Six autres personnes ont aussi été arrêtées, dont l’ex-président du comité exécutif Frank Zampino, qui était jadis l’homme de confiance de l’ancien maire Gérald Tremblay.

Contrairement à Zampino, c’est la première fois que Poulin, 66 ans, fait face à la justice dans une affaire de corruption alléguée. L’entreprise que l’ingénieur et homme d’affaires a fondée en 1972 est devenue une des plus importantes au Québec.

Selon son site web, elle compte 1000 employés et ses projets en cours totalisent 18 G$.

142 contrats à Montréal

SMi fait notamment des affaires d’or au municipal. La Ville de Montréal, que Poulin et Moreau sont accusés d’avoir fraudée entre 2001 et 2009, a accordé au moins 142 contrats totalisant près de 61 M$ à SMi ou ses filiales depuis 2012.

Trois de ces contrats ont été octroyés en août dernier. Leur légalité n’est pas contestée actuellement, mais «si des irrégularités sont constatées, le contrôleur général recommandera que des mesures soient prises», explique le porte-parole Gonzalo Nunez.

Le ministère des Transports, le ministère des Ressources naturelles et la Commission scolaire de Montréal figurent aussi parmi les clients de SMi.

C’est l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui détermine si une entreprise a le droit de conclure des contrats publics. SMi avait le feu vert gouvernemental depuis 2014, mais ce laissez-passer est maintenant compromis.

L’accusation suffit

Hier, Sylvain Théberge, porte-parole de cette organisation, a confirmé à notre Bureau d’enquête que l’AMF a transmis le dossier de SMi à la division vérification de l’UPAC pour que son cas soit réévalué.

« C’est au niveau de l’UPAC que les vérifications d’intégrité sont effectuées. Ils nous feront une recommandation et la décision finale va revenir à l’AMF », a dit M. Théberge.

Il n’est pas nécessaire qu’un individu soit reconnu coupable pour que son entreprise perde le privilège de recevoir l’argent des contribuables.

« La loi nous permet de révoquer sur la simple base d’une accusation », précise Sylvain Théberge.

Par exemple, en mars 2015, l’AMF a révoqué l’autorisation de la firme d’informatique EBR inc. sept jours après qu’un de ses deux dirigeants eut été arrêté par l’UPAC.

Les dirigeants de SMI n’ont pas souhaité accorder d’entrevue hier pour expliquer s’ils comptent prendre des mesures particulières.

« C’est prématuré de s’avancer, vu les circonstances. L’entreprise accuse encore le coup », a expliqué Jean-Alexandre D’Etcheverry, de la firme de relations publiques NATIONAL.

— Avec la collaboration de Andrea Valeria

 

Le Groupe SMi en bref

  • Fondé en 1972
  • 20 bureaux au Canada, dont à Montréal, Sherbrooke, Toronto et Vancouver
  • 8 bureaux à l’étranger, dont aux États-Unis, en Colombie, en Algérie, à Abu Dhabi, en Suisse et au Luxembourg
  • 1000 employés
  • Actif dans 35 pays
  • 16 milliards $ de projets en cours

« L’intégrité et la réputation en matière de déontologie sont pour nous des valeurs précieuses », indique l’entreprise sur son site web.

Source: Groupe SMi