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Les 5 à 7 de profs

Femmes festives
Illustration Fotolia

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C’est la saison des ouragans. Continuellement sur le qui-vive. Assises sur le bout de notre chaise. Sans jamais même prendre le temps de nous adosser.

Nous sommes prêtes. Pour affronter les bourrasques. Les pluies torrentielles. Esquiver les arbres, les poubelles volantes.

Notre classe. Ce bunker. Où nous sommes barricadées depuis un mois. En sortir enfin et regarder tout autour.

Au ralenti. Comme dans un film apocalyptique et que les protagonistes sortent des décombres poussiéreux et fumants. Constater que personne n’est mort. Des genoux qui saignent. Sans plus. Nous avons survécu à la Rentrée.

Parler d’autres choses que d’école et décanter devient donc absolument nécessaire. D’où la tenue d’un 5 à 7, en gang.

Nous sommes toutes plus que mûres pour cette pause.

Avant que les vers nous grugent, comme pour les pommes. Avant que nous tombions au sol. Avant de finir pourries. Au pied d’un arbre. Avant d’être croquées par un chevreuil.

Vivement ce moment entre nous. Cet exutoire pour parler d’autres choses que d’école. Parce que depuis 30 jours, c’est notre seul sujet de conversation. Au dîner, à la récréation. À la salle de bain, à travers la porte. Et ce n’est pas une blague. À la maison. Au souper. Au coucher, sur l’oreiller.

Changer de disque. Enfin.

Santé !

Faux. Complètement faux.

Des enseignantes ensemble ne discutent QUE d’école. Tout le temps. Même autour d’un verre de vin. C’est juste un peu moins, disons, filtré comme propos.

Nous abordons bien d’autres sujets pour trois ou quatre minutes. Mais tout nous ramène toujours à l’école.

Comme dit Raôul Duguay, toute est dans toute.

Tout y passe. Les collègues bizarres (évidemment absentes à cette soirée, ne faisant pas partie du club sélect).

Les décisions des décideurs. Nos budgets-classe. Et photocopies. Ces miettes de pas grand-chose. Ces bouts de chandelles ridicules. Qui nous donnent l’impression que quelqu’un, quelque part, rit de nous.

Et qui nous font mettre la main dans notre poche constamment. Même pour notre bibliothèque de classe. Quelle aberration quand même !

Je me demande si les médecins paient leurs bistouris ou leurs sarraus. Bref.

Nos élèves. Les plus compliqués comme ceux dont on a trouvé la clé. Les carences criantes de certains et leurs parents si difficiles à rejoindre et à impliquer.

Le budget techno qui n’est pas venu longtemps avec nos tableaux interactifs. Et qui commencent à lâcher.

L’accès aux services.

Rencontre au sommet

Dans ce genre de soirée, nous avons les idées claires. Une opinion sur tout et toutes les solutions. Pour tous les problèmes.

C’est fou tous les dossiers qui se règlent !

À nous écouter, on pourrait penser que les sommités mondiales de la pédagogie sont réunies autour d’une même table.

Dommage. Il ne manque que le Ministre. Nous aurions tant à lui dire. À lui expliquer. Sur tellement de choses.

À quel point nous voulons y croire à ces milliards en éducation.

En voir les impacts. Réels. Palpables. Vérifiables. Dans nos écoles. Notre classe. Auprès de nos élèves. Et maintenant. Comme dans ces pubs qui passent à la télé en ce moment.