/weekend
Navigation

Une enfance dans le Mile-X

Nicola Ciccone
Photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Après avoir écrit deux romans – Étoile enfant et Dans les yeux d’Ophelia, l’auteur, compositeur et interprète à succès Nicola Ciccone raconte, dans Cuore, son enfance dans un Mile-X pauvre, dur et multiculturel. Il y adorde sa famille, son adolescence, la mort de son père et ses débuts dans la chanson.

L’artiste québécois d’origine italienne se dévoile comme jamais dans ce récit écrit au « je ». Il le fait par chapitres courts, composés comme autant de partitions de musique, avec les nuances qu’il faut, le rythme qu’il faut, une voix très juste et énormément d’émotion. Intelligent, intéressant, soigné, parfois poignant, souvent très amusant.

<b><i>Cuore</i></b><br />
Nicola Ciccone<br />
Éditions Libre-Expression, 160 pages
Photo courtoisie
Cuore
Nicola Ciccone
Éditions Libre-Expression, 160 pages

On apprend que Nicola est né prématurément et que le médecin lui donnait 5 % de chances de survie, qu’il a été victime d’intimidation à l’école et se faisait taxer avant d’apprendre à se battre. Que sa mère a appris à parler français en écoutant Richard Garneau commenter La soirée du hockey. Et qu’au début de sa carrière, tout le monde massacrait son nom.

Le Mile-X – aujourd’hui un des quartiers les plus hip de Montréal – n’avait rien de glamour quand Nicola était enfant. « C’était le coin très pauvre et très dur de la Petite-Italie. C’était le vrai visage de Montréal, le vrai visage urbain. C’était quasiment une favela dans ce temps-là. Les enfants étaient souvent laissés à eux-mêmes : moi, j’ai eu la clef au cou à 7 ans. » Il devait marcher 3 km pour rejoindre l’école et sa mère le suivait en cachette pour s’assurer qu’il ne se perde pas en chemin.

« Quand j’avais 15 ans, que je sortais de chez nous avec une tuque sur la tête, ma chemise de chasse, ma barbe, mon tatou, j’étais victime de profilage. Aujourd’hui, c’est rendu cool... mais dans mon temps, ça ne l’était pas. »

Une musique salvatrice

Nicola, dont les parents sont originaires des Abruzzes, a grandi au milieu des usines, aux côtés d’un grand nombre d’Italiens, de Québécois dits « pure laine », et de gens de partout dans le monde qui portaient tous des surnoms. Lui aussi : on l’appelait Testa Dura. Têtu.

« Quand j’ai commencé ma carrière, je ne disais pas que je venais d’un milieu pauvre. Je ne voulais pas que les gens m’aiment parce qu’ils s’apitoyaient sur mon sort. Je voulais qu’ils m’aiment pour mes chansons. Quand j’ai sorti L’Opéra du mendiant, mon premier disque, je ne voulais pas en parler. »

La musique, ajoute-t-il, a sauvé sa vie. « La chanson, c’était mon ticket, mon billet de loto. C’est peut-être pour ça que je suis tant attaché à la langue française et à la musique : je pense que ça m’a permis de changer, de changer de monde et de faire des choses qui étaient plus proches d’une vie normale. »

Homme de cœur

S’il a connu la pauvreté matérielle, nul doute que Nicola Ciccone est un homme de cœur, un passionné, un résilient, un grand travailleur qui croit aux valeurs empreintes d’amour et de générosité. « Je fais des choix de cœur », confirme-t-il. « Les gens que j’aime sont aussi des gens de cœur. La générosité est une de plus belles qualités au monde. Mon livre, c’est l’histoire d’une trentaine de cœurs qui ont appris à mon livre comment battre. »

Nicola Ciccone connaît la fragilité du destin. « On ne choisit pas où on vient au monde, où on grandit. On choisit la mesure de nos rêves et on essaie de les pourchasser au maximum. Des fois on est chanceux et on en attrape une couple. J’ai été chanceux. »


► Nicola Ciccone a publié Étoile enfant et Dans les yeux d’Ophelia.

► Il sera en spectacle à l’église de Sainte-Lucie-des-Laurentides le 21 octobre et au Cabaret du Casino de Montréal en février 2018.

► Site officiel : www.nicolaciccone.com