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Des pompiers bénévoles marqués à jamais

Le chef pompier de l'époque regrette le peu d'aide reçue

Le Journal a rencontré 20 ans plus tard le chef pompier des Éboulements de l'époque, Antoine Bradet, sur les lieux de la tragédie.
Photo Sophie Côté Le Journal a rencontré 20 ans plus tard le chef pompier des Éboulements de l'époque, Antoine Bradet, sur les lieux de la tragédie.

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Habitués à éteindre des feux, les pompiers volontaires des Éboulements ont vécu un véritable cauchemar, le 13 octobre 1997. Vingt ans après l'accident qui a fait 44 morts, le chef pompier de l’époque reste profondément marqué, et regrette le peu d’aide psychologique que lui et son équipe ont reçue.

«C’est un peu comme moi, ils se sont tus [après la tragédie], raconte Antoine Bradet, parlant de la vingtaine de pompiers bénévoles qui ont dû apprendre à vivre avec des souvenirs extrêmement difficiles, après avoir sorti des dizaines de victimes sans vie de la carcasse de l’autocar.

«Certains ont pris de la boisson, d’autres sont allés voir des médecins... mais on a la mauvaise habitude de cacher», soulève le garagiste de métier, qui est devenu en l’instant de quelques minutes, cette journée-là, un véritable superviseur de catastrophe.

M. Bradet l’admet sans détour, les responsabilités qu’il a dû assumer cette journée-là ont dépassé ses limites.

«Le traumatisme que j’ai gardé de tout ça, c’est tout le stress. Je suis crispé, s’il arrive quelque chose. Par exemple, quand il est arrivé la tragédie de Lac-Mégantic, ça m’a fait revivre le passé», explique l’homme, à fleur de peau.

«C’est de ma faute»

M. Bradet, qui avait reçu l’année suivante une médaille de l’Assemblée nationale pour son travail bénévole sur les lieux du drame, regrette de ne pas avoir réclamé à l’époque davantage d’aide pour son équipe.

Malheureusement, souligne-t-il, il n’était pas outillé pour faire face à un drame d’une telle ampleur.

«Quand je me vois, je me dis que sûrement qu’y en a d’autres qui auraient pu avoir plus d’aide que ça», mentionne-t-il.

«C’est de ma faute, j’aurais dû m’occuper beaucoup plus de mon équipe, elle n’aurait pas dû être suivie juste pendant deux petites rencontres. Y aurait dû avoir des suivis, exiger des rencontres tous les 30 jours... Mais j’étais seul. Ce n’était pas écrit dans le plan d’urgence qu’après, il fallait qu’il y ait un suivi très serré et rapproché. [...] Moi, j’étais responsable de mon équipe, et y a quelqu’un qui aurait dû être responsable de moi.»

Laisser à lui-même

Sans le demander clairement, il a lui-même tenté d’obtenir de l’aide après coup.

«Mais ils n’ont pas détecté qu’il fallait que je parle des heures et des heures pour vider ce qui s’est passé en dedans», soutient l’homme, qui a quitté ses fonctions de pompier bénévole il y a de nombreuses années, après un accident lors d’un feu.

Le spectre du 20e anniversaire, confie-t-il, réveille de douloureux souvenirs en lui.

«Les séquelles sont présentes, mais on passe à autre chose [après 20 ans], affirme M. Bradet. Aujourd’hui, je vis très bien, mais je n’aime pas que ça revienne. Il faut essayer de ne pas y penser. C’est pour ça que je n’aime pas le 20 ans.»