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Des secouristes confrontés à «des scènes d’horreur»

Martin Laliberté a été le premier policier à arriver sur place

Plusieurs pompiers et secouristes ont fait face à un terrible constat à leur arrivée sur les lieux de l’accident : la majorité des occupants de l’autocar avaient péri.
Photo d’archives, Daniel Mallard Plusieurs pompiers et secouristes ont fait face à un terrible constat à leur arrivée sur les lieux de l’accident : la majorité des occupants de l’autocar avaient péri.

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Lorsqu’il est arrivé comme premier policier sur les lieux de l’accident au bas de la côte des Éboulements, Martin Laliberté ignorait tout de l’horrible scène à laquelle ses collègues et lui seraient confrontés.

 

« Je me suis stationné, je suis allé voir ce qui se passait. Et j’ai constaté l’ampleur de ça. J’ai “callé” la cavalerie, j’ai dit envoyez le maximum d’ambulances, de mâchoires de vie, de pompiers », raconte le policier de la Sûreté du Québec (SQ), maintenant à la retraite.

Déjà, quelques citoyens se trouvaient tout près de la carcasse de l’autocar de la compagnie Autobus Mercier – propriété d’André Mercier, de Thetford Mines –, qui s’était écrasé violemment sur le côté, dans un précipice.

Secouristes impuissants

L’ancien maire de Saint-Joseph-de-la-Rive, Pierre Tremblay, en faisait partie. « On n’entendait pratiquement rien, seulement des petits murmures », se rappelle-t-il.

Ce lourd silence en disait long : 44 des 49 occupants n’avaient pas survécu à l’impact, après que l’autocar eut manqué la fin de la « dangereuse » côte des Éboulements.

Le curé de l’endroit, qui s’est précipité sur place, leur a donné l’absolution générale.

Les gens apprirent vite que les passagers provenaient tous de Saint-Bernard, un petit village beauceron de 2000 âmes.

« Des scènes d’horreur sont apparues »

<b>Martin Laliberté</b><br />
Policier à la retraite
Photo Stevens LeBlanc
Martin Laliberté
Policier à la retraite

Martin Laliberté a fait ce qu’il a pu pour chasser les curieux, alors que les secouristes s’apprêtaient à en extirper les victimes.

« [...] à un moment donné, il y a des scènes d’horreur qui sont apparues, puis il y a des mains devant les yeux des enfants qui se sont mises. Il y a des personnes qui n’ont pas aimé ce qu’elles ont vu, puis elles ont quitté », confie l’homme.

Par dizaines, ambulanciers, policiers, pompiers et bénévoles ont uni leurs efforts, en nourrissant un mince espoir de trouver des survivants. Il y en a eu cinq, blessés grièvement.

À gauche de la scène, les dizaines de corps allongés sur l’herbe, couverts de bâches, témoignaient de l’ampleur du drame, qui raflait le sombre record de « pire tragédie routière du Canada ».

« Un peu une fierté »

« Tu restes déçu de ne pas en avoir sauvé plus, mais je suis sorti de là en me disant que j’ai fait le meilleur que j’ai pu, retient Martin Laliberté.

« On regarde le résultat de l’intervention 20 ans plus tard, et je pense qu’on a bien travaillé, dit-il. De voir que tout le monde a travaillé en équipe pour faire le maximum pour ces gens-là, c’est un peu une fierté aujourd’hui », note-t-il sobrement.

 

La tragédie

Le matin du 13 octobre 1997, lundi de l’Action de grâce, un groupe de 48 personnes âgées de Saint-Bernard-de-Beauce prenait la route à bord d’un autocar de la compagnie Autobus Mercier en direction de L’Isle-aux-Coudres, pour y célébrer « Noël en automne », une excursion organisée par l’Âge d’or du village. Presque arrivé à destination, à 13 h 50, l’autocar a manqué la fin de la côte des Éboulements, près de Saint-Joseph-de-la-Rive. Le poids lourd a violemment terminé sa course dans un ravin, à une dizaine de mètres au bas de la route. L’accident routier, toujours le plus meurtrier de l’histoire du Canada, a fait 44 morts, dont le chauffeur. Des cinq survivants, l’un a rendu l’âme le mois suivant.

 

UNE MORGUE À LA MALBAIE

Des femmes difficiles à identifier

Pierre Carrier, qui était à l’époque coroner pour Charlevoix et directeur des services professionnels de l’hôpital de La Malbaie, se rappelle que lors de la première vague d’identification des victimes – qui s’était déroulée toute la nuit à cet hôpital –, les 30 femmes avaient été plus difficiles à identifier. « Les hommes avaient des porte-monnaie dans leurs poches, mais les femmes, avec des sacs à main, c’est moins commode », fait-il remarquer. Après cette nuit hors du commun, du soutien psychologique avait été offert à son personnel. « Quand j’ai entendu une infirmière dire, autour de la 21e victime : “Ça va-tu arrêter ?”, je me souviens de m’être dit : “Oups, il faut qu’on s’occupe de notre monde” », raconte M. Carrier.

Identification des victimes

« Certains s’effondraient »

Pour les enquêteurs de la Sûreté du Québec – maintenant à la retraite – Guy Lamontagne et Pierre Lamontagne, l’étape la plus poignante était assurément l’identification des victimes par les familles. Cette lourde tâche avait été accomplie le lendemain du drame, après que les corps eurent été transférés par camion réfrigéré de La Malbaie jusqu’au cimetière Saint-Charles, à Québec. « C’est ce que j’ai trouvé le plus dur. Certains s’effondraient », confie Guy Lamontagne, qui avait travaillé la veille sur les lieux de l’accident. « Les gens arrivaient... Y en a que tu voyais leur cœur battre à travers leur chemise », illustre son collègue, Pierre Lamontagne.

SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE

Des pompiers marqués à jamais

La vingtaine de pompiers des Éboulements appelés à intervenir sur les lieux de l’accident étaient tous des pompiers bénévoles. Le chef de l’époque, Antoine Bradet, reste profondément marqué. Vingt ans plus tard, il regrette le peu d’aide psychologique que lui et son équipe ont reçue, après avoir vécu des moments extrêmement difficiles auxquels ils ne pouvaient être préparés. « Quand je me vois, je me dis que sûrement qu’il y en a d’autres qui auraient pu recevoir plus d’aide, affirme l’homme. C’est de ma faute, j’aurais dû m’occuper beaucoup plus de mon équipe, elle n’aurait pas dû être suivie juste pendant deux petites rencontres, poursuit-il. Il aurait dû y avoir des suivis, exiger des rencontres tous les 30 jours... Mais j’étais seul. Ce n’était pas écrit dans le plan d’urgence qu’après, il fallait qu’il y ait un suivi très serré. [...] Moi, j’étais responsable de mon équipe, et il y a quelqu’un qui aurait dû être responsable de moi », se désole-t-il.