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«J’aurais aimé ça mourir avec mon mari»

L’une des survivantes a eu cette pensée après l’accident, mais chérit les moments passés avec ses six enfants

Lucille Fortin-Labrecque, l’une des survivantes, s’ennuie toujours profondément de son mari, Simon Labrecque, qui a péri dans l’accident. La dame de 84 ans est bien entourée de ses six enfants, qui résident près de chez elle, en Beauce.
Photo Stevens LeBlanc Lucille Fortin-Labrecque, l’une des survivantes, s’ennuie toujours profondément de son mari, Simon Labrecque, qui a péri dans l’accident. La dame de 84 ans est bien entourée de ses six enfants, qui résident près de chez elle, en Beauce.

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« Toutes les semaines, je pense à lui. » Les années passent, mais pour Lucille Fortin-Labrecque, l’une des deux seules survivantes de l’accident des Éboulements toujours en vie, la tragédie a laissé des traces indélébiles, lui arrachant du jour au lendemain l’homme de sa vie.

« Ça devait être terrible, la journée de l’accident, dit-elle, en pensant à toutes les familles qui avaient appris dans quelles circonstances atroces leurs proches avaient péri.

Simon Labrecque
Photo Stevens LeBlanc
Simon Labrecque

« Parce que moi, c’est terrible encore, en tout cas. Avoir perdu mon mari... On s’aimait. C’était un amour vrai », raconte-t-elle, admettant pleurer régulièrement, malgré les 20 années qui se sont écoulées.

La dame de 84 ans, douce et discrète, a accepté de se livrer pour la première fois depuis cette journée fatidique, qui a changé le cours de sa vie il y a 20 ans.

Frôler la mort

Le 13 octobre 1997, à 13 h 50, l’autocar dans lequel elle était assise aux côtés de son mari, Simon Labrecque, a plongé dans un précipice en dévalant la côte des Éboulements.

Grièvement blessée, Mme Fortin-Labrecque a miraculeusement survécu – les médecins ont eu peur de la perdre à deux reprises dans les heures qui ont suivi le drame, se rappelle sa fille.

Mais son Simon, lui, n’a eu aucune chance, comme 43 autres occupants de l’autocar.

Aucun souvenir

« Je voyais mon mari qui regardait dehors par les fenêtres. Sa sœur lui avait dit : “J’espère que vous allez avoir un bon conducteur”, parce qu’il y avait une place dangereuse sur notre route », se rappelle Mme Fortin-Labrecque.

Après, la femme n’a plus aucun souvenir. « Je ne me souviens de rien. Je ne me souviens pas d’avoir eu mal. Ça s’est fait vite », mentionne-t-elle.

« Mes enfants m’ont dit après : “Maman, papa te tenait dans ses bras” », ajoute l’octogénaire, qui avait été hospitalisée à l’Enfant-Jésus, tout comme les quatre autres survivants.

« Tes enfants ont besoin de toi »

La dame, qui réside toujours seule dans sa maison de Saint-Bernard, n’a conservé aucune séquelle physique de l’accident.

Mais son cœur, lui, souffre encore d’avoir perdu l’homme de qui elle était tombée follement amoureuse, au début des années 1950.

« Je me demande comment ça que c’est arrivé, confie-t-elle. J’ai déjà dit que j’aurais aimé ça mourir avec mon mari, j’aurais été avec lui. Mais mes sœurs m’ont dit : “Tes enfants ont besoin de toi” », souligne celle qui enchaîne, en riant, que c’est maintenant elle qui a besoin de ses six enfants.