/entertainment
Navigation

La classe de Mme C.: histoire de cœur

La prof Fotolia
Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Je regarde fixement mes élèves entrer un à un dans la classe. Assise, les épaules tombantes. J’ai la motivation dans les talons.

Le verdict est tombé.

Au terme d’une discussion impromptue avec mon voisin, M. Tout-le-Monde, j’ai formellement été reconnue coupable. À la limite d’être une peu naïve, aussi.

Encore.

Entre deux tas de feuilles d’automne, il me partageait ses réflexions sur ma profession. Sur ce qu’il entend et lit depuis la rentrée.

Responsables de notre sort

Il ne comprend pas.

Pourquoi je passe des heures à m’éreinter après des meubles lourds laissés au milieu de ma classe pendant le grand ménage estival. À frotter.

Il dit que c’est de notre faute, les profs. Que nous acceptons de faire le travail des autres, sans rien dire.

Que nous devrions nous tenir debout. Arrêter d’en faire autant.

M. Tout-le-Monde ne comprenait pas non plus pourquoi la plupart des enseignants mettent chaque année la main dans leur poche pour leurs élèves.

Pour des boîtes de mouchoirs. Des crayons à tableaux neufs. Le dernier livre de Simon Boulerice. Une balle sensorielle. Courir les ventes de garage pour une table d’appoint.

Et me conseillait de ne rien acheter qui dépasse le budget, point final. Que ça réglerait le problème une fois pour toutes.

Et ajoute que personne ne nous forçait à payer quoi que ce soit !

Que nous étions coupables. Responsables de notre sort.

Nous sommes Coupables

Je dois l’avouer. M. Tout-le-Monde a raison. Nous en faisons beaucoup.

Alors oui. Nous sommes coupables.

Coupables d’aimer nos élèves. De vouloir le meilleur pour eux.

Je sais. C’est quétaine dit comme ça. Racoleur aussi.

Ce que M. Tout-le-Monde ne sait peut-être pas, c’est qu’en éducation, tout passe par le canal du cœur.

Et c’est de là que vient la compassion. La bienveillance.

Genre d’affaires nécessaires pour travailler avec des petits humains pas toujours faciles.

Comme le fils de M. Tout-le-Monde d’ailleurs. Mais je ne lui ai pas fait le commentaire.

Genre d’affaires qui font que nous pouvons tenir cette école à bout de bras.

Les racines de notre profession s’abreuvent dans les sources très proches de celles qui irriguent un cœur de mère, de père. Ou en tout cas de celui d’un être significatif pour les élèves.

Ce qui guide, oriente inévitablement la façon que nous avons de tant nous investir.

Et ça, beaucoup au-dessus de nous l’ont compris.

Est-ce un signe d’un manque de caractère, d’absence de colonne vertébrale, que de faire fi du maigre budget de classe ? D’acheter la récente nouveauté en littérature jeunesse ?

D’offrir une classe propre, jolie à ses élèves, à la rentrée ?

De faire ce qu’il faut pour que le petit morveux de la classe ne passe pas l’automne à se moucher dans son chandail ?

Est-ce vraiment nous, les profs, les coupables ? Sérieusement ?

Rosalie m’extirpe de mes pensées : « Ça va, Mme Marie-Hélène ? »

Elle me sourit. Avec ses yeux bleus. Son nez retroussé.

Oui. Ça va. Nous allons faire une belle journée. Retourne à ta place. J’ai une belle histoire à vous raconter...