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L’équipe de Justin Trudeau plus faible que prévu

Les libéraux viennent d’arriver à mi-mandat

Les experts s’entendent pour dire que le plus difficile reste à faire pour le gouvernement de Justin Trudeau, qui a privilégié les mesures symboles en première moitié de mandat.
Photo d'archives, Toma Iczkovits Les experts s’entendent pour dire que le plus difficile reste à faire pour le gouvernement de Justin Trudeau, qui a privilégié les mesures symboles en première moitié de mandat.

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OTTAWA | Dossiers mal gérés, gestion de crise déficiente et contradictions: l’équipe libérale s’avère plus faible que prévu, alors que le gouvernement Trudeau est arrivé à mi-mandat jeudi dernier, estiment des experts.

« Après deux ans au pouvoir, on s’aperçoit que l’équipe libérale est moins forte qu’on aurait pu le penser au départ », affirme Frédéric Boily, professeur de sciences politiques de l’Université de l’Alberta.

Le spécialiste en droit constitutionnel Frédéric Bérard partage cet avis. « C’est un constat qui va de soi, dit-il. C’est un gouvernement avec beaucoup de jeunes ministres sans expérience. »

Le ministre des Finances Bill Morneau, « englué » dans sa réforme de la fiscalité des PME annoncée en plein été, n’est pas à la hauteur de la tâche, selon M. Boily. « On s’attendait à ce qu’il prenne beaucoup plus de place dans le gouvernement », dit-il.

La ministre du Patrimoine Mélanie Joly a elle aussi échoué à défendre ses dossiers, comme la nouvelle politique culturelle favorisant Netflix au détriment des joueurs locaux, poursuit le chercheur.

Axé sur l’image

Pour l’instant, grâce à « beaucoup de poudre aux yeux » et une forte présence sur les réseaux sociaux, le gouvernement Trudeau a réussi à colmater les brèches, soutient M. Bérard.

Ce dernier se réjouit néanmoins du changement de ton opéré par les libéraux à Ottawa, par rapport à l’époque des conservateurs de Stephen Harper, qui « divisaient pour mieux régner ».

« Justin Trudeau veut rassembler pour régner. Je pense que beaucoup de Canadiens s’identifient plus à cette approche », dit-il.

Mais il n’en demeure pas moins que sous les libéraux, la « forme » l’emporte souvent sur le « fond », croit M. Bérard, notamment sur l’environnement.

« C’est le fun des photos en kayak durant la journée de la Terre, mais si deux jours avant t’es allé faire la promotion des sables bitumineux en disant qu’on serait fou de s’en passer, ça ne prend pas la tête à Papineau pour voir la contradiction », lance-t-il.

Vent de face

Pour le politologue de l’Université Laval Éric Montigny la gestion de crise constitue la principale faiblesse du gouvernement Trudeau.

« Lorsque les choses sont scriptées et prévues, il est en contrôle de son message. Mais lorsqu’il fait face à de l’imprévu ou à des crises, sa réaction laisse à désirer », soutient-il, citant les enjeux liés à l’arrivée massive de migrants illégaux et à la réforme de la fiscalité des PME.

Parce qu’il s’est contenté de mesures essentiellement symboliques jusqu’à présent pour marquer sa différence avec l’ancien régime, le gouvernement Trudeau entame la seconde moitié de son mandat avec un « vent de face », poursuit M. Montigny.

« Habituellement, les gouvernements se servent de leur capital politique en début de mandat pour entamer les réformes les plus difficiles », explique-t-il.

Les libéraux de Justin Trudeau soufflent deux bougies au moment où un récent sondage place les conservateurs d’Andrew Scheer au coude à coude dans les intentions de vote à l’échelle nationale.

 

Des promesses tenues

Les experts s’entendent pour dire que le plus difficile reste à faire pour le gouvernement de Justin Trudeau, qui a privilégié les mesures symboles en première moitié de mandat.
Photo Fotolia

1. Plus d’argent pour la classe moyenne : Les libéraux ont réduit le taux d’imposition de 1,5 % pour le revenu imposable de 44 700 $ à 89 401 $. À l’inverse, ceux qui jouissent d’un revenu de plus de 200 000 $ par année payent maintenant 33 % d’impôt fédéral, au lieu de 29 %. À cela s’ajoute la création d’une allocation familiale plus généreuse pour la vaste majorité des Canadiens.

2. Plus de femmes aux commandes : Comme promis, Justin Trudeau a nommé autant de femmes que d’hommes à la tête des différents ministères, une première dans l’histoire du pays. Pourquoi a-t-il tenu parole ? « Parce qu’on est en 2015 », avait alors simplement répondu le premier ministre, sourire en coin. La réplique, devenue célèbre, a été relayée aux quatre coins de la planète.

3. Des juges bilingues à la Cour suprême du Canada. Le gouvernement Trudeau a mis en place une nouvelle procédure pour nommer les juges qui siègent au plus haut tribunal du pays. Celle-ci inclut un nouveau critère de sélection des nouveaux magistrats : le bilinguisme fonctionnel. Reste à voir si la qualité de la langue des futurs juges sera au rendez-vous.

Les experts s’entendent pour dire que le plus difficile reste à faire pour le gouvernement de Justin Trudeau, qui a privilégié les mesures symboles en première moitié de mandat.
Photo d'archives, AFP

4. Accueillir plus de réfugiés syriens. La crise des migrants syriens s’est invitée dans la dernière campagne électorale en 2015 comme un coup de tonnerre, après la diffusion de la photo du petit Alan Kurdi retrouvé mort sur une plage de Turquie. Les libéraux ont alors promis d’agir en accueillant 25 000 réfugiés. Ce nombre a bel et bien été atteint, quoique deux mois après l’échéancier promis.

5. Adopter un plan national sur l’environnement. Après des discussions tendues, le fédéral et les provinces – à l’exception de deux – sont parvenus à s’entendre sur l’adoption d’un cadre pancanadien de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Manitoba et la Saskatchewan ont jusqu’à la fin de l’année pour s’y joindre. Si elles résistent, le plan fédéral, qui comprend une taxe sur le carbone, s’appliquera à elles de force.

 

Des promesses rompues

1. Des déficits exponentiels : En campagne électorale, Justin Trudeau a surpris tout le monde, y compris ses adversaires, en promettant des déficits « modestes » de 10 millions pour investir dans l’économie, suivi d’un retour rapide à l’équilibre budgétaire. Finalement, le déficit a presque triplé, et il n’y a pas l’ombre d’un retour au déficit zéro en vue.

Les experts s’entendent pour dire que le plus difficile reste à faire pour le gouvernement de Justin Trudeau, qui a privilégié les mesures symboles en première moitié de mandat.
Photo d'archives, Sun Media

2. Réformer le système électoral. Les libéraux sont carrément allés marcher sur les platebandes du NPD en promettant de modifier la façon dont les Canadiens élisent leurs députés au palier fédéral. Justin Trudeau a finalement laissé tomber l’engagement de rendre le mode de scrutin plus juste. Il avait pourtant martelé sur toutes les tribunes que l’élection de 2015 serait la dernière organisée selon un scrutin uninominal à un tour.

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Photo d'archives, AFP

3. Abandonner les F-35 hors de prix. Les libéraux étaient censés renoncer aux chasseurs F-35 à cause de l’explosion des coûts et lancer sans tarder un appel d’offres ouvert et transparent pour remplacer la flotte de CF-18 désuets. L’appel d’offres en question se fait toujours attendre et l’option de faire l’acquisition des F-35 est toujours sur la table.

4. Un gouvernement moins transparent. Malgré les promesses « d’ouverture » et de « transparence » des libéraux, le gouvernement fédéral est aujourd’hui plus opaque qu’il ne l’était lors de la dernière année au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper, a conclu la commissaire à l’information du Canada. De plus, la réforme de l’accès à l’information proposée par les libéraux de Justin Trudeau est carrément une « régression », estime la commissaire.